Lettre à Alphonse Karr. Recueillements
promesses et fait le vide autour de l'âmeV x\
I quarante ans d'intervalle, Ulsolemeiit rejoint La Vigne et la Maison. Ici, c'est un jeune homme qui s'isole dans le souvenir d'un amour perdu, et c[ui aspire d'un désir inquiet à cet au-delà^leste, où peutj^ètre
ce qu'il a tant pleuré paraîtrait à ses yeux.
Là, c'est un vieillard, isolé dans une famille éteinte, dans un monde oublieux et qui se demande avec la confiance du cœur :
ne rejoindrons-nous pas tout ce que nous aimâmes au foyer qui n'a plus d'absent^?
vC'est la même sensation de solitude, à la fois douloureuse et chère ;'^ce sont les mêmes espé-
1. A M"» Hugo, A Alphonse Karr, Au Comte d"Orsay, La Vigne et la Maison, La Fille du Pécheur. Toutes ces pièces datent de 1856-1837, et sont réunies aux éditions actuelles des Recueillements.
2. La Vigne et la Maison, Recueillements, 262. Le même sentiment ramène les mêmes formules. Comparez « L'Isolement », Méditations, 4 :
Que me font ces vallons, ces palais, ces chaumières, vains objets, dont pour moi le charme est envolé !
Un seul être vous manque, et tout est dépeuplé. Et « La Vigne et la Maison », Recueillements, 255 : Que me fait le coteau, le toit, la vigne aride, que me ferait le ciel, si le ciel était vide ! Je ne vois en ces lieux que ceux qui n'y sont pas.
LA POESIE ET LA VIE
rances en la vie immortelle, qui rendra le passé à ceux qui le pleurent; mais, dans ces « Méditations )) d'arrière-saison, on n'entend plus gémir ; la solitude y est accueillie virilement, avec une joie hautaine et un peu âpre :
Je suis las des soleils, laisse mon urne à l'ombre; le bonheur de la mort, c'est d'être enseveli.
J'ai vécu pour la foule et je veux mourir seul \
Est-ce donc dans cette résignation désabusée, dans cette solitude presque farouche que devait finir la poésie lamartinienne? X'avait-il pas écrit au seuil de sa vieillesse : « Je sens que je redeviendrais volontiers à la fin de mes jours ce que je fus aii commencement : un poète, un adorateur, un chantre de la création... Mes hymnes ne contiendraient que le nom infini, et mes vers, au lieu d'être des retours sur moimême, des plaintes ou des délires personnels, seraient une note sacrée de ce cantique incessant et universel, que toute créature doit chanter, du cœur ou de la voix, en naissant, en vivant, en passant, en mourant devant son créateur- ». C'est ce cantique qu'il avait commencé à quinze ans avec une exaltation