‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 128 sur 218 · Nouv. Méd., Commentaire d'Ischia · texte numérisé non relu

Nouv. Méd., Commentaire d'Ischia

le rayon ou la flamme, impalpables comme l'air, l'âme a une existence singulière dont nous allons, d'après le poète, déterminer la nature.

Elle est caractérisée d'abord par son intensité même qui lui donne un pouvoir mystérieux de création. Elle a une force de préhension souveraine, une clairvoyance qui déconcerte notre raison si fragile. Elle a des pressentiments qui éclairent l'avenir et que l'expérience vient souvent justifier. Elle éprouve des désirs qui suscitent dans le monde des acles qui les réalisent. Nous nous plaisons d'abord à ces mirages du monde intérieur dont l'éclat nous enchante dans la solitude de nos songes ; mais le monde qui nous entoure finit par se ranger sous L'empire de sa beauté. Ainsi, du fond de nous-mêmes, se projettent dans l'infini, ù travers nos pressentiments et nos désirs, des lueurs fugitives, mais suffisantes pour éclairer l'énigme des choses. Pendant que notre raison sommeille dans l'obscurilé, l'âme, armée de ses illuminations intérieures, jette sur le monde un regard dominateur. Elle crée pour nous la vérité ; sans elle, nos croyances sonl incertaines et les vérités de la

m LAMARTINE, POÈTE LYRIQUE.

science sont conquises incomplètement : « Tant qu'on n'aime pas, on ne comprend pas , . » Ses pensées sont des instincts sublimes ; ses désirs éclairent le monde de l'immuable ; ses besoins sont « des prophéties, )) et ses aspirations « prouvent une atmosphère*, )) l'atmosphère des essences célestes où elles pourront s'épanouir. De même, c'est dans l'âme qu'est la source de toute beauté. « Sans systèmes et sans efforts, et avec celte merveilleuse habileté de la nature qu'aucun artifice ne peut égaler 3 , » une âme ardente, en s'exprimant, exprime la beauté des choses. Son chant est h. la fois primitif et savant, ses naïvetés sont pleines de profondeur. L'amour est f aussi l'effet d'un mirage. « L'amour et l'amitié ne ; sont au fond que l'image d'un être réciproquement ; entrevue et doublée dans le cœur d'un autre être. Quand ces deux images se confondent tellement que les deux n'en font plus qu'une, l'amitié ou l'amour sont complets*. »

Très intense est donc cette vie intérieure, et l'on comprend que le poète la sente portée sur des ailes brûlantes et projetant des rayons enflammés. Dans

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