‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 142 sur 218 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

avant même'd'avoir agi, — la mélancolie d'un Dieu égaré parmi les hommes, et qui, attristé par l'inconsistance de notre vie et s'enfermant dans la solitude de ses songes, ne se fait connaître aux hommes que pour déplorer leurs agitations d'un jour et regretter les félicités éternelles.

Cette attitude diflfère par là de celle d'un Goethe, d'un Byron ou d'un Chateaubriand. Werther souffre aussi de ses aspirations infinies, mais sa souffrance est rendue plus cuisante par le souvenir de sa passion. René voudrait saisir un insaisissable idéal, mais, dans sa recherche dont la vanité l'exaspère, il est surtout poussé par la conscience du malheur où l'a plongé son amour. Harold essaie d'apaiser sa soif insatiable de bonheur par la variété de ses passions et l'étrangeté des spectacles qu'il se donne ; mais, dans la mélancolie dont il se targue, on sent plutôt le désespoir d'un révolté que la tristesse d'une pensée toujours déçue par le mirage d'un bonheur intangible 1 . La mélancolie de Lamartine est moins tourmentée. C'est la plainte qui s'exhale spontanément d'une Ame qui sent en elle l'infini, et en a éprouva l'inoubliable ébranlement, dans les rêves qui se réa-

i . Voir la pénétrante étudo do James Darmcstctor sur Bjron, dans les Essais de Littérature anglaise. Paris, Dclagrave.

lisent dans sa vie 'intérieure, ou dans la silencieuse allégresse des solitudes ! .

Le sentiment qui agite le plus fortement l'âme du poète dans sa vie solitaire et mélancolique, c'est la nostalgie du ciel. Il répète en effet dans ses poèmes que l'homme est un exilé, déchu de sa gloire et traînant à travers la vie l'inconsolable douleur du bonheur perdu. Un vague souvenir de son existence antérieure semble remonter a sa pensée, et, dans une vision rapide des paysages édéniques, il sent à la fois l'intensité des joies primitives et l'upreté de son infortune présente.

Tout mortel est semblable à l'exilé d'Eden*... Qu'était-ce que la vie? Exil, ennui, souffrance, Un holocauste à l'espérance 3 .

- A-t-on souvent parlé de l'amertume de l'exil avec une mélancolie plus poignante : /

1. M. Faguct (puv. cité, pago 87) a rendu ainsi la môme idée : « Ses amours sont des contemplations attendries, ses mélancolies sont comme des reves d'ange exilé, ses souffrances ne s'expriment point par des cris, mais par d'harmonieux soupirs et des murmures qui chantent.» - 2. Prem. Aféd. t L'Homme.

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