Prem. Méd., L'Isolement
Aussi ces chants nostalgiques se terminent-ils par des élévations de l'âme vers l'infini. La mélancolie de l'exil s'apaise par la prière dans ce retour vers la source d'où tout part et où tout aboutit. La lamentation finit dans l'allégresse d'un hymne d'amour.
L'Ame, en vivant, en sortant d'elle-même, fait sentir au monde sa puissance. La nature n'a été pour Lamartine qu'un symbolisme où se traduit sa vie intérieure. Tout ce qui symbolise le mieux l'âme humaine, l'air, les rayons, la flamme, les reflets de la lumière, les nuances de la couleur, est vraiment pénétré d'âme. Le monde est une immense pyramide: en bas, la matière, dépourvue de pensée, lente à se mouvoir, aveugle et terne, enchaînée dans une forme mal ébauchée ; puis, a mesure qu'on s'élève, une existence de plus en plus dégagée, souple et ardente, avide de lumière et toute joyeuse à se répandre dans les hauteurs où se déploient les aspirations sans entrave, les pensées sans raisonnement.
La valeur de l'âme se mesure, a l'énergie dont elle dispose pour transformer Jes qbjet^xtérieurs en symboles de beautés. Une pensée terne et sans force se laisse envahir par le monde : elle s'y perd, sans
laisser de trace, dans une suite de petites sensations monotones. Une âme créatrice fait sentir sa maîtrise par l'abondance et la richesse des métamorphoses dont elle revêt les aspects de l'univers. Ainsi le poète se promène dans la nature comme dans son royaume ; il déplace et combine ses formes pour traduire son rêve; et ses pensées s'élèvent et s'épanouissent à travers les choses dans la joie et dans la liberté.
L'univers n'est donc que la forme extérieure que prend l'Ame du poète. C'est elle qui décore les apparences terrestres des couleurs qui les rendent séduisantes. Nos allégresses se répercutent sur le monde qui se pare pour encadrer notre bonheur.
Pourquoi Tout brille»t-il ainsi dans les airs et dans moi? Jamais ces champs d azur semés de tant de flammes. Jamais ces sables d'or où vont mourir les lames^ Ces monts dont les sommets tremblent au fond des cieux, Ces golfes couronnés de bois silencieux, Ces lueurs sur la côte et ces chants sur les vagues . ^N'avaient ému mes sens de voluptés si vagues*,
Pendants les nuits consacrées à l'amour, le flambeau qui décore le paysage intérieur se confond avec la lune dont les rayons réjouissent l'espace :