Cf. Œuvres de Léonard, tome I, page
Dans le Retour à la Solitude, Pierre Lebrun disait en 1807 *:
Couvre-moi tout entier de tes muettes ombres, Rassemble autour de moi des bois les plus épais, Des plus limpides eaux, des voûtes les plus sombres, La nuit, la fraîcheur et la paix.
Nous entendons un écho de ces paroles dans ces vers du Vallon :
Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée:
Du flanc de ces coteaux pendent des bois épais, Qui, courbant sur mon front leur ombre entremêlée, Me couvrent tout entier de silence et de paix.
Lebrun a chanté aussi, dans le Golfe de Naples (1818), le calme de la nuit qu'interrompt le bruit cadencé des rames :
Ce calme solennel qu'interrompt pour tout bruit L'accord des avirons qui tombent en cadence, lit, du sein des rameurs se hâtant en silence, Le chant du matelot qui monte dans' la nuit.
1. Quelques-uns do ces rapprochements ont été déjà rclovés.par M. Raoul Rosières, dans une étudo très nourrie qui a paru dans la Bévue Bleue (8 août 1891. Pourquoi on ne lit plus Lamartine.') Je rends hommage à l'érudition de M. Rosières et à sa critique pénétrante et hardie ; mais pourquoi se laisse- t-il aller à écrire ces lignes injustes que je voudrais cflacer : « Lamartine n'apportait au monde aucune pensée nouvelle. — Sa lyre... ne faisait entendre que des chants déjà entendus. » Depuis la Bible, depuis Homère, tous les beaux livres ne répètent-ils pas la mémo chanson ?
Ces vers sont très heureusement transposés dans le Lac:
On n'entendait *u loin, sur Tonde et sons les deux, Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence Tes flots harmonieux.
Ainsi, dans l'imagination si malléable de Lamartine, se déposaient les paroles harmonieuses qu'il avait écoutées dans la nature et à travers les livres des poètes. Sa voix, faite de tous ces échos, s'élève avec l'aisance dédaigneuse et triomphante du génie qui s'assimile tout ce qu'il emprunte. Une variation originale s'enroule délicatement autour du motif fourni par un chant déjà entendu. C'est que l'âme du poète est une harpe chargée de sons : l'inspiration poétique n'est que l'ébranlement de cette harpe, soit par un choc venu du dehors, soit à l'appel d'un souvenir.