ibid
2. « Aux sentiments qu'éprouve un poète, il s'ajoute aussitôt une haute vibration, et comme un battement d'ailes, qui les transporte dans la sphère idéale où tout s'ordonne et s'embellit. » Gh. de Pomairols, ouv. cité, page 251.
et l'oblige à répandre, dans l'élan des pensées et des sentiments qui surabondent, toutes les formes de sa vie intérieure. Ses descriptions ont alors le mouvement d'un hymne ; les mots se pressent tumultueusement, les termes abstraits plus compréhensifs se mêlent aux images et aux métaphores ; la phrase se gonfle d'énumérations et se termine presque toujours par une prière, un appel à Dieu. Le poète nous parle « de l'abîme de pensées, de mémoires, d'images, de délices et de mélancolie, de vie et de mort, dans lequel la vue de celte vallée et de cette demeure submergeait mon front... Recevant de chacun de ces objets un souvenir, une image, un son de voix, une personne, une voix à l'oreille, une vision dans les yeux, un coup au cœur, je fondis en eau... Je jetai enfin, comme l'âme fait toujours quand elle est trop chargée, mon fardeau dans le sein de Dieu. . . Je me mis à genoux dans l'herbe... Je priai longtemps, je crois, si j'en juge par l'innombrable revue de choses, de jours, d'heures douces ou amères, de visions apparues, embrassées et perdues, qui passèrent devant mon esprit ! . »
Ici l'intensité de l'émotion qui sort du passé, c'està-dire du paysage intérieur, est trop forte. La des-
1, Lectures pour tous, pages 17-18.
cription ne saurait rendre l'afflux des sentiments ; le poète abandonne l'allure lente de la rêverie, et se laisse envahir par le cours précipité des images. Dans l'impuissance des moyens ordinaires de son art, il note simplement, dans des phrases désagrégées, la succession de ses souvenirs : on croit entendre une série de cris dont l'ensemble forme une sorte d'hymne enthousiaste et enfiévré. « Il n'y a pas de langue humaine h la mesure de ces sensations produites par ces jeux de la toute-puissance divine : la masse d'un fleuve à qui son lit manque tout à coup ; la profondeur incommensurable de l'abime qui l'engloutit;... la nappe transformée à vue en vapeurs qui se dispersent au vent de leur propre volatilisation, et qui fuient aux quatre coins du ciel comme une volée d'oiseaux gigantesques, ou qui se cramponnent aux flancs perpendiculaires de la montagne, comme des Titans précipités cherchant à se retenir aux corniches du firmament ; les transparences vertes ou azurées des langues d'eau que la rapidité, l'impulsion et le poids du fleuve arqué en pont sur l'abîme, au moment où elles rencontrent tout à coup le vide, semblent cristalliser ; la lumière du soleil levant qui les transperce, et qui s'y fond en mille éclaboussurés avec les éblouissements du prisme ; le choc en bas, lit en haut, l'orage éternel, la transe sublime
qui serre le cœur, et qui ne trouve pas même un cri pour répondre à ce foudroiement de l'esprit. Cette scène n'a pas de mots, mais elle a des évanouissements, des vertiges, des tourbillons, des frissons et des pâleurs pour langage 1 . »
Nous verrons les mêmes tranformatiohs de l'objet décrit quand Lamartine dépeint les personnes. Ces peintures sont tantôt des souvenirs, tantôt des rêveries, quelquefois des visions. Ici la métamorphose est même plus complète : l'imagination du poète apparaît nettement comme l'illumination du paysage intérieur.
Voici un portrait de jeune fille dans les Nouvelles Confidences. Son charme particulier ravit encore lo poète, et, pour l'exprimer, il évoque du fond de sa mémoire les images les plus lointaines et le souvenir des émotions éprouvées jadis dans les régions où il a promené ses rêves. Le tableau semble bien chatoyant, quand on pense que l'écrivain veut reproduiro les traits d'un personnage qui vit devant lui ; mais il