Souv. et Portr., t. I, p
est très suggestif quand on se laisse aller au charme de ces évocations associées qui expriment moins le caractère de la forme que la qualité d'une âme. Ainsi défilent sous nos yeux, dans une revue rapide, des paysages d'Espagne ou d'Italie, des silhouettes de femmes d'Orient, des tableaux de peintres romains sur un fond assombri d'une forêt des Gaules ; nous entendons un écho des vers du Dante prononcés doucement par une femme de Sienne; dans l'air qui vibre autour de la jeune fille passent des souffles du vent du Midi, des rayons lumineux qui partent de la côte de Sorrente pour revêtir de splendeur sa grâce septentrionale. Le poète semble offrir à l'ombre de sa sœur une gerbe de ses souvenirs, les plus brillants et les plus odorants. « Ses cheveux, châtain foncé, étaient comme Mlés par le soleil de Naples ou d'Espagne. Ses yeux presque noirs, tant l'azur en était sombre, larges et à fleur de. tête, étaient recouverts par une frange de cils plus longs que ceux d'aucune femme que j'aie vue, excepté en Asie. • . Sa peau avait les tons chauds et colorés de foyer intérieur que les peintres romains donnent sous leur pinceau aux figures de Judith ou de Sophonisbe..... Cette carnation n'était pas de la moire, mais du velours de fraîcheur et de vie. La voix aussi avait un timbre plus mule et des vibrations plus pleines que chez ses
sœurs. On eût dit qu'elle parlait la langue du Dante avec l'accent de Sienne ou de Florence. En tout, c'était une jeune fille romaine éclose par un caprice du hasard dans un nid des Gaules, un souffle du ycnl du midi qui avait traversé les Alpes pour venir animer ce corps, un rayon de la côte de Sorrente ou de Portici, incrusté en chaleur et en splendeur sur un front dépaysé dans le Nord 1 . »
Pourquoi le poète exprime-t-il ainsi ses émotions passées? Parce que la beauté de la jeune fille « supérieure en reflet, » Ta ravi « par l'éblouissement*. » Ce reflet, c'est bien le rayonnement des images qui vivent sourdement dans le paysage intérieur.
Souvent la description suit le cours des rêveries. Quand le personnage à décrire éveille, par ses attitudes, non plus les spectacles entrevus dans la nature et conservés dans la mémoire, mais les apparitions qui s'élèvent dans les songes et les symboles où s'exprime le sens délicat et profond de leur énigme, alors le poète donne l'essor aux formes de ses rêves, et revoit les tableaux de sa vie ossianique. Les choses naturelles feraient évanouir le charme fragile de ces apparitions : ici interviennent les souvenirs des pays lointains ou imaginaires, les comparaisons