Job, XXXIX
Et là, seul, entouré de membres palpitants, De rochers d'un sang noir sans cesse dégouttants, é Trouvant sa volupté dans les cris de sa proie, Bercé par la tempête, il s'endort dans sa joie 1 .
Les diverses parties de la description sont fondues. Au lieu des bonds hardis et formidables où s'emportait l'imagination biblique, nous avons ici un déve- ' loppement oratoire, trop oratoire, surchargé d'épi-' thèles, un peu lent et monotone. Pourquoi? Parce que l'imitation est trop directe. Lamartine ne se contente pas de s'inspirer du texte de la Bible : il le traduit en le délayant. Pour en rendre la force, il intercale une comparaison, dont la douceur fait ressortir l'énergie de la peinture.
Un seul trait du tableau — le dernier — n'est pas dans la Bible ; ici le texte est oublié et nous suivons le grand vol de l'aigle planant dans les espaces :
Bercé par la tempête, il s'endort dans sa joie.
C'est le vers large, éclos soudain dans une imagination de poète, quand il se laisse directement émouvoir par ce qu'il voit.
L'inspiration du Psalmiste est vigoureuse, mais attachée à la réalité. L'imagination de Lamartine s'en