IV
Ainsi le souvenir est le grand évocateur des images.
A son prisme divin le présent effacé
Se colore des feux dont brillait le passé 1 .
Seul le passé existe pour le poète ; car le passé c'est le rêve, c'est le poème des légendes de l'&me, c'est la féerie des formes idéales créées par l'imagination. Le présent, en prenant sa place dans le paysage intérieur, s'y pare des éléments de beauté que la mémoire conserve précieusement. Si le rêve a >c cette prédominance, s'il se pose ainsi sur la réalité pour en spiritualiser les apparences, c'est qu'il enveloppe une plus grande énergie de vie morale et esthétique : il est la réalité même élevée au rang de symbole par la collaboration des souvenirs et des images qui se prêtent le mieux à son idéalisation.
Lamartine voyait donc les choses sous l'angle du rêve et de la légende. Il appartient à la famille de ces poètes pour lesquels la poésie réside dans le mystère.