Harm., livre IL Souvenirs d'enfance
Le réel ne lui semblait digne de l'art qu'à la condition de se charger de vie sentimentale et d'apparaître dans un lointain propice aux évocations. Certes il s'est complu souvent à dépeindre, avec une minutie d'artiste préoccupé des couleurs, les attitudes changeantes des choses. Dans le Ressouvenir du lac Léman ', nous trouvons des sensations délicatement notées, des paysages fixés par un œil subtil, des coins de nature rendus dans des vers sobres et pleins : nous voyons se déployer devant nous la symphonie en blanc des Alpes, la montée lumineuse de la Jungfrau, la marche calme de la lune dont les lueurs ondoient sur le lac ; mais ces tableaux n'ont rien de proprement lamartinien ; nous savons bien que le poète était capable, comme tant d'autres, de donner de l'éclat à ses descriptions. Ce n'est pas là que son génie lyrique fait entendre son accent original. Même sa sincérité se laisse alors surprendre. Nous sentons trop les artifices de sa manière : on dirait qu'il cherche à surpasser, par les habiletés de son coloris, la splendeur des descriptions de Chateaubriand. Par exemple, dans le Voyage en Orient, les images sont accumulées et brillent d'une lumière trop violente. Les couleurs sont posées sur les objets dans un pêie-