‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 206 sur 218 · Sou'v. et Portr., 1. 1, p · texte numérisé non relu

Sou'v. et Portr., 1. 1, p

nuance d'un sentiment ou d'une pensée, puisque tout mot précis est une barrière, et que toute épi thè te trop nette enclôt l'émotion comme si elle était finie, Lamartine répand ordinairement sur les images les tons simples de nos songes, une coloration à la fois lumineuse et éteinte, lumineuse par les mots qui les expriment, éteinte par le lointain vaporeux d'où elles semblent surgir. Comme il veut rendre ses émotions moins par l'éclat des mots que par reflet qu'elles produisent, sa palette est simple et dédaigne les curiosités verbales : deux ou trois traits, purs, moelleux, transparents, posés doucement sur la phrase, suffisent pour envelopper l'image et l'évoquer devant les yeux splendidement. Ainsi l'expression sentimentale est plus spontanée que l'expression de la beauté pittoresque. En d'autres termes, les images rendent plutôt la force de l'émotion éprouvée que l'intensité de la sensation visuelle.

Le poète semble préférer souvent aux couleurs nettes si recherchées par l'art réaliste l'emploi d'un substantif abstrait qui rend mieux l'essence permanente des choses que leurs apparences fugitives.

Saluons la splendeur divine Qui se lève dans le lointain 1 .

Aon*. *&*., Le Passé.

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L'image est à la fois moins précise et plus riche de souvenirs. Ce qu'elle a de vague donne à l'émotion une sorte de caractère infini. De même pour dépeindre la lumière de la lune, le poète se sert d'un terme abstrait (clarlé) auquel il ajoute une épithèle qui décrit moins sa couleur que son mouvement : « les clartés ondoyantes, la molle clarté 1 . »

L'emploi de certains pluriels éveille aussi dans l'esprit des images qui ne diminuent la netteté de la vision que pour renforcer la puissance du sentiment:

« Les voûtes éternelles", — Une scène de ruines et de méditations 3 , — Au fond des solitudes 4 , — L'ombre des cités 5 , — Des mondes de bonheur*. »

C'est surtout dans le choix des adjectifs que se révèle la tendance du poète à charger ce qu'il voit de tout ce qu'il a senti. Tantôt ce sont des épUhètcs très vagues, très simples, mais riches de sens, et comme pleines de toutes les émotions passées qu'elles représentent : « Collines élyséennes 7 , — Nocturnes

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