‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 205 sur 218 · Prem. Mcd · texte numérisé non relu

Prem. Mcd

môle discordant, et l'impression qui s'en dégage est confuse, par l'excès même des détails uniformément éclairés. A vrai dire, on ne sait ce dont il faut le plus s'étonner : de la richesse extraordinaire de certains tableaux, si amoureusement dépeints, ou de leur monotonie qui émousse notre attention trop dispersée. Si ces descriptions n'ont pas le charme propre aux poésies de Lamartine, c'est que les images qui se lèvent des choses sont trop rapprochées et trop nettes. Les formes aux contours accusés ne disposent pas aux enchantements du rêve. L'imagination ne trouve pas l'occasion de répandre les souvenirs qui flottent dans le paysage intérieur. L'art grec par exemple ne pouvait séduire le poète, car l'impeccable sûreté des lignes arrêtait l'essor de ses rêveries. Aussi son chapitre sur Athènes est-il incohérent : les critiques sont présentées nettement, avec l'Apreté des enthousiasmes brusquement déçus: les éloges sont vagues, apprêtés, exprimés dans une langue molle, surchargée d'épithètes qui ne vivent pas. On sent qu'il, se travaille à composer une description attendue par le lecteur, mais le charme s'envole parce que l'admiration est contrainte 1 .

Ainsi les contours précis, qu'une lumière trop vive

Voyage en Orient, tome I, p. 94-114.

fait saillir, déconcertent les élans de la vie sentimentale. Il faut au poète le jour du soleil méridional qui baigne les objets d'une lumière blanche et molle où ils semblent vibrer et flotter, mieux encore les teintes du crépuscule, les paysages éclairés de lueurs pales, où les yeux devinent plus qu'ils ne perçoivent les formes. Il s'y meut plus librement, parce qu'il a besoin, pour s'épanouir, de ces espaces mystérieux où éclosent spontanément les images des rêves. Voilîk pourquoi il trouve à la pftleur un charme particulier, celui qui convient non seulement aux sentiments d'un cœur mélancolique, mais aussi à ceux qui le soulèvent et l'enivrent d'émotions surnaturelles, ce La teinte du marbre sied seule aux belles statues vivantes comme aux statues mortes... L'âme, la passion, la piété, l'enthousiasme et la douleur sont pales 1 . »

. Lia qualité des images se ressent toujours du milieu ondoyant où elles apparaissent. Puisque l'expression la plus subtile ne peut rendre complètement la

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