Souv. et Portr., t. I, p
12. AW. Méd., Adieux à la Poésio. —M. do Pomairols a dît tro» finement : « Les comparaisons interviennent dans son stylo poétique eommo les allusions légères d'un esprit qui plane sur la nature. » Ouv. cité, pago 116.
cies et spiritualisées. On dirait que sur la transparence de ses mots flottent des reflets apaisés, des harmonies tendres. Dans ses phrases soupirées si mollement, on sent passer les mouvements de son âme que portent des images très souples, empruntées à ce qui coule, à ce qui vole, à ce qui plane. Ses vers font songer à des lueurs de clair de lune, aux parfums qui s'exhalent dans les nuits étoilées, au léger tournoiement des feuilles que pousse le zéphyr, au murmure a peine perceptible des flots d'un lac.
De ce qui précède nous pouvons conclure que dans les poésies de Lamartine, l'imagination est le support de la sensibilité : il faut y voir surtout le symbolisme de la vie de l'âme.
Le symbolisme, c'est la manifestation pittoresque de l'invisible : c'est la forme vivante du fond insondable. Le symbole, c'est la conquête et l'expression du mystère par l'art subtil des transpositions. La nature est un vaste symbolisme : l'artiste le plus grand est celui qui en saisit le mieux les ondoyants secrets par la chaleur de la sympathie et le sentiment des
correspondances. Surtout l'âme, avec les multiformes apparences que prend son poème intérieur* demande le secours d'un symbole.
Lamartine, si passionné de rêve et si avide de ré-\ pandre les images qui se levaient dans son Ame, voyait l'obstacle que le monde extérieur oppose sans cesse à l'expression du sentiment. En outre, le langage lui apparaissait comme «un métal réfrac taire f ,» dont la rudesse ne pouvait se plier aux mouvements de l'imagination. Il le voulait «vague, éclairé, élhéré, flamboyant, caressant comme des langues de flammes*,* » et il ne trouvait que des termes glacés, un vocabulaire à la fois anémié et rigide. Il avait surtout à lutter contre ce préjugé vulgaire qui fait de la nature la seule réalité, et confond la vie avec ce qui se meut devant nos organes. Appeler réalité ce monde flottant d'apparences qui nous environnent et qui re^votent sans cesse des formes que l'abstraction seule peut fixer! Ce contre sens, qui maintient l'existence humaine en harmonie avec les choses qui passent, fait la noble et incurable douleur du poète : il donne 1 éveil à son génie par la conscience qu'il lui impose de son isolement dans l'univers aveugle et sourd. Peu à peu, par la grâce d'un travail secret, insen-