‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 209 sur 218 · Xaphaël, LXXIII · texte numérisé non relu

Xaphaël, LXXIII

t. Ibid.

sible et continu, les choses dignes de signifier la vie du poète se parent d'une beauté qui résiste au temps, et le symbole sort de l'âme môme, produit par une sorte de cristallisation intérieure, créé par l'énergie combinée du rêve et du souvenir. Ainsi se lève du fond de la mémoire une image plus riche de substance poétique et plus chargée de vie sentimentale que l'objet vague et frôle qui se dresse devant les yeux. Les vers de Lamartine nous offrent d'innombrables exemples de symbolisme. Pour rendre le chant de son unie profonde, il s'est servi des formes de la nature avec une aisance souveraine. Nul n'a plus intimement associé les aspirations du cœur aux apparences des choses. 11 a plongé l'urne dans l'infini d'où elle émane et il en a traduit les intimes métamorphoses par les images qu'elle reflète sur le décor de l'univers : c'est une transposition infiniment assouplie et subtile, qui montre une singulière fluidité et malléabilité d'imagination des sens.

Il y a des symboles en quelque sorte constants, comme le cygne et la lyre, — le cygne qui évoque des images de blancheur, de pureté, de mystère, de vol enthousiaste, de glissement sur une onde calme qu'on dirait éternelle, — la lyre qui représente la voix du cœur et l'harmonie du monde. Il est facile de distinguer les cas où ces formes sont de simples compa-

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raisons, et ceux où elles désignent les mouvements de l'âme.

En parlant de son ami de Vigne t, Lamartine s'exprime ainsi :

Comme un cygne à la plume noire, Sa pensée aspirait au ciel 1 .

L'âme triste de son ami lui parait se détacher du monde et partir dans un vol hardi pour soustraire au contact des souillures matérielles les ailes de son imagination.

Sur le lac Léman, l'ombre de Byron promène encore sa mélancolie, et le poète voit briller sur les ondes agitées par l'orage l'éclat du cygne que le voisinage du mont Blanc fait resplendir :

On dit que, quand les vents roulent ton onde en poudre, Sa voix: est dans tes cris et son œil dans ta foudre : . Une plume du cygne enlevée à son flanc Brille sur ta surface à côté du mont Blanc*.

• L'image du cygne se mêle ici à celle du mont Blanc pour représenter magnifiquement l'immortalité poétique.

Il en est de même pour la lyre. Le « Barde de la

i. Ree. Poét., A M. le comte de Virieu.

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