‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 211 sur 218 · Ibid · texte numérisé non relu

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seulement les friouvements de l'âme, mais aussi Faction de Dieu à travers le monde. Ainsi TEsprit Saint fait sentir sa puissance en' se manifestant par une série de symboles qui' ravissent le poète dans l'allégresse des extases sacrées ':- ..

Tantôt brise et rayons, tantôt foudre et tempêtes; Son terrible ou plaintif des harpes des prophètes, - Colonne qu'Israël voit marcher devant soi, Parabole touchante ou sanglant sacrifice, Sueur des Oliviers la veille du" supplice, Grâce et vertu coulant de ce divin calice,* - '-

C'est toi! c'est toujours toi 1 !. .-;

Quelquefois l'oubli des réalités terrestrçs; amène des rapprochements inattendus, qui surprennent si' on enlève au mot sa portée symbolique pour lui garder sa \aleur grammaticale. C'est ainsi que le poète imagine spontanément des sycomores pôur-embellir le cadre où ses rêveries se promènent ; l'expression n'a plus sa valeur réelle : elle revêt subitement, par le son qu'elle donne et sa forme plastique même, un caractère imaginaire où l'émotion trouve à se tra- . duire plus complètement'. Ici encore nous consta- •

i. Harm. % livre IV. A l'Esprit Saint. : -

2. Voir uno série d'anecdotes joliment contées par M. Sàrdou, ; dans son discours de réception a l'Académie Française 'Lamartine et Autran se promènent aux environs de Marseille « Admirable paysage! s'écrie Lamartino ; quelle majesté ont ces antiques sy.co- •

tons la prédominance de l'imagination sentimentale sur l'imagination plastique : la première trouvant son expression dans les transpositions d'un symbolisme capable d'idéaliser toutes les sensations, la seconde se complaisant dans les images nettes, qui sont la reproduction directe de la nature. Qu'est-ce à dire, sinon que la matière devient le support fragile des souvenirs du poète, la trame subtilisée autour de laquelle s'enroulent les épisodes de sa vie sentimentale?

Examinons quelques poèmes parmi les plus caractéristiques du génie de Lamartine. Qu'est-ce que le Lac, sinon le symbole de la nature immuable et toujours indifférente à nos désirs, symbole autour duquel il dispose ses rêveries? Il y voit l'emblème de l'éternité vide où le passé s'engloutit dans de sombres abîmes, et où s'évaporent les joies de nos amours. Dans une supplication ardente, il demande au lac de . garder les souvenirs du bonheur défunt dans ses coteaux, ses sapins et ses rocs sauvages, et il fait flotter sur ses eaux tous les rêves de sa vie intérieure qu'il symbolise dans les frémissements du zéphir, les échos qui se répercutent sur ses bords, les molles clartés

mores ! » Étonné, M. Àutran cherche les sycomores et ne voit que de petits mûriers rabougris. »

de la lune, les soupirs des roseaux et les parfums de l'air 1 .

£ La pièce des Harmonies qui a pour titre la Source

dans les Bois nous montre un nouvel exemple d'un motif sentimental s'enroulant autour d'une série d'images pittoresques. Toute l'existence du poète est décrite à propos du courant de cette source, dans un enlacement très délicat de peintures physiques et d'émotions ressenties. D'abord la description se distingue de l'effusion sentimentale ; puis les deux motifs se pénètrent et se fondent dans l'expression d'un sentiment unique. Le bruit de la source réveille les

T souvenirs du poète : sa mélodie fait lever les échos

du passé. Enfant, il jouait avec ses «vagues légères» et laissait « les songes flotter devant lui », comme s'ils s'exhalaient avec le chant des cascades. Plus tard, à l'ûge des tristesses, il venait oublier ses déceptions auprès de la source, mais ses larmes silencieuses « troublaient son miroir » et la fontaine semblait répondre à ses sanglots. A l'approche de la mort il sent la bonté de son onde, sa puissance fé-

1 . Jo relève celle fine appréciation dans un discours prononcé par M. Sullv-Prudliomme lors de l'inauguration do la slaluo de Lamartine a Passy. « Dans le Lae % la description à peine indiquée se fait comme d elle- mémo sur le fond doucement pâli de la mémoire ; elle y est une «nage évoquée avec une fidélité supérieure par la seule rêverie que .

"x>cmo suggère. »

condante, son rôle divin dans la création : il écoute à travers son murmure l'hymne qu'elle adresse au Créateur :

A chaque plainte de ton onde Je sens retentir avec toi Je ne sais quelle voix profonde Qui l'annonce et le chante en moi.

Mon cœur grossi par mes pensées, Comme tes flots dans ton bassin, Sent, sur mes lèvres oppressées, L'amour déborder de mon sein 1 .

Ainsi avec les flots de la source coulent tous les souvenirs et les rêves du poète ; les images pittoresques revotent successivement les émotions qu'il a éprouvées : l'habileté de l'artiste, à travers ce symbolisme spontané, est incomparable.

Ailleurs il donne u la voix du rossignol un pouvoir d'enchantement qui retentit dans la nature entière. C'est Famé même du poète qui emprunte à tous les soupirs qui sortent des choses leurs accents plaintifs ou joyeux, et elle entend leur écho dans le chant de l'oiseau qui symbolise l'hymne de l'univers.

Ta voix, qui peut-être s'ignore, Est la voix du bleu firmament,

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