‹ Lamartine: poète lyriqueChapitre 22 sur 218 · Prem. Méd. t La Poésie sacrée · texte numérisé non relu

Prem. Méd. t La Poésie sacrée

l'adaptation. Qoand le poète imite de près le texte de la Bible 1 , sa traduction, quelquefois adroite, est d'ordinaire froide et embarrassée :

Ah ! périsse à jamais lé jour qui m*a vu naître ! Ah! périsse à jamais la nuit qui m'a conçu,

Et le sein qui ma donné l'être, '

Et les genoux qui m'ont reçu!

11 y a quelque redondance dans l'expression ; la Bible dit plus sobrement :

« Périsse le jour où je suis né et la nuit dans laquelle • il a été dit : un homme a été conçu ! »

Dans la suite on voit aisément l'effort de la traduction pour être exacte :

Que du nombre des jours, Dieu pour jamais l'efface!) Que, toujours obscurci des ombres du trépas, Ce jour parmi les jours ne trouve plus sa place ! Qu'il soit comme s'il n'était pas!

« Que les ténèbres et l'ombre de la mort l'obscur- i cissent: que les nuées l'environnent, et qu'il soi* plongé dans l'amertume ! — Que cette nuit soiP emportée par un tourbillon de ténèbres ! Qu'elle ne soit pas comptée dans les jours de l'année, et qu'elle soit effacée dans le cercle des mois. »

l. Job, m.

Les mêmes expressions se retrouvent; mais l'image la plus forte n'est pas traduite. Ce n'est pas que Lamartine recule devant les métaphores hardies :

Là, j'ai dans l'ombre un lit tranquille, Lit préparé pour mes douleurs.

tombeau, vous êtes mon père!

El je dis aux vers de la terre:

Vous êtes ma mère et mes sœurs.

« J'attends, j'attends que le tombeau soit ma demeure : j'ai un lit préparé dans les ténèbres. — J'ai dit au ver du sépulcre : tu es mon père ; à la corruption : tu es ma mère et mes sœurs \ »

Mais ce réalisme assurément l'incommode. 11 est trop contraire à la marche naturelle de son imagination. Le poète est plus à Ptiise quand il s'agit de décrire Faction de Dieu sur les astres, les gestes de sa toute puissance sur le monde. L'image grandiose du texte est ici transportée dans la traduction sans effort :

C'est sa main qui traça les sentiers de l'aurore, Qui pesa l'Océan, qui suspendit les cieux:

Pour lui l'abîme est nu, l'enfer même est sans voiles: Il a fondé la terre et semé les étoiles:

Et qui suis-je à ses yeux?

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