Prem. Méd. f préf
2. Philosophie et Littérature* Paris, Lemerre, 189%, pago 37. Ce Yolumç est extrait des Entretiens Littéraires*
l'univers. La vie humaine, réduite à sa faiblesse, est condamnée au malheur* En présence de Jéhovah, la vertu même n'est pas une sauvegarde. Au-dessus des êtres créés s'élève l'image auguste et terrible de Dieu. Dès son enfance, le poète a éprouvé le sentiment d'oppression et de mélancolie qui se dégage de ce livre où retentissent si lugubrement les échos de la douleur humaine.
Dans la Bible, la nature est d'abord considérée comme l'œuvre divine. L'homme qui la contemple dans la pureté de son cœur y entrevoit Dieu, et, dans la joie de son émerveillement, il se plaît à chanter ses beautés. Toutes les manifestations de la vie sont les gestes d'Elohim. Sa puissance apparaît surtout dans les phénomènes qui étonnent la faiblesse humaine, dans le fracas du tonnerre, l'éclat du soleil, le rayonnement mystérieux de la lune, la majesté de la voûte céleste. Quand la nature paraît s'agiter, elle exprime la colère divine; lorsqu'elle s'apaise dans le calme des nuits ou dans l'épanouissement des espaces ensoleillés, elle ressemble à un
grand être en prières: c'est que la nature est un temple où se pratique le culte de Dieu.
Ce panthéisme ' devait séduire Lamartine. Il offrait un appui à son imagination éprise de l'infini. L'univers s'animait, jouait son rôle dans le drame divin : en se déployant il révélait Dieu. On peut donc dire que le poète s'inspirait de la Bible, quand il représentait la nature dans une attitude d'adoration.
L'univers est le temple et la terre est l'autel ;
Les cieux en sont le dôme, et ces astres sans nombre,
Ces feux demi-voilés, pâle ornement de l'ombre,
Dans la voûte d azur avec ordre semés,
Sont les sacrés flambeaux pour ce temple* allumés*
Jéhovah de la terre a consacré les cimes :
Elles sont de ses pas le divin marchepied*.
L'imitation est encore sensible, lorsque le poète considère l'aimée comme un temple où l'amant vient déposer l'hommage de sa prière :
1. Go caractère do la poésie biblique a été mis en lumière par Hcrdcr dans son étude sur Y Esprit de la poésie hébraïque* publiée en 1782. « Le propre do cette poésie est do tout remplir par Jéhovah... Le tonnerre est sa voix, la lumière est son vêtement, les cieux sont sa tente, son palais, son tcmplo, son château fort... »