Lettre du 26 juin
Une âme impétueuse, une âme de feu vit dans ce poème avec ses colères et ses ravissements. À lire ces ardentes paroles, le jeune homme éprouva une . sorte d'ivresse, et la flamme de la poésie biblique échauffa son imagination.
En suivant avec curiosité ce long travail de traduction si utile dans sa subtilité pour pénétrer l'originalité d'une langue, il déposa dans sa mémoire un grand nombre d'images, prêtes à se lever pour symboliser avec éclat quelque sentiment. Les chants du poète Hébreux retentirent en lui « comme des notes éparses d'un air oublié \ » Nous allons voir que ce * . ;
retentissement se fait entendre souvent dans sa pensée j
et dans ses vers, }
Le prophétisme est par essence l'état d'inspiration. Le prophète c'est le vates qui chante ce que Dieu lui révèle. L'esprit du prophète vit au milieu des mystères dont il éclaire les énigmes. Il est le confident de Dieu. Le monde qui l'entoure est une matière . \\
qu'il fait entrer à son gré dans les combinaisons de
1. Recueillements Poétiques, Lettre-préfacoàM. Bruys-d'Ouilly.
ses chants. Il est toujours ce que le poète est, par accident, aux heures joyeuses de l'inspiration, ce II est le plus lyrique, le plus pieux et le plus pathétique à lia fois des hommes qui chantèrent leur propre cœur ici-bas 1 . »
Tous ces chants partent dune âme que la pensée de l'éternel emplit tout entière. C'est dans la Bible que Lamartine trouva la poésie dans son expression la plus pure et dans ses élans les plus directs. Il crut dès lors que le poète est l'interprète de Dieu, et que son art, dans ses manifestations les plus hautes, doit se fondre dans un sentiment divin.
Il fut touché surtout par la tristesse des accents bibliques. 11 y entendait la plainte de l'Ame humaine devant les misères de la vie. Dans les cris d'effroi du prophète, les lamentations de Job, et les découragements de l'Ecclésiaste, s'exprimaient magnifiquement toutes les amertumes de son existence inquiète. Aussi a-t-il pu écrire plus tard : « La mélancolie ne date ni de Virgile, ni de l'école romantique de notre temps, ni de M. de Chateaubriand, ni de nous: elle date de la poésie sacrée de la Bible'. » Cette poésie montrait la petitesse de la créature dans