Trots poètes Italiens, page 99. Paris, Lemerre
poète se voit dans le passé à travers les mensonges de ses souvenirs. Toutefois son étude sur Pétrarque semble plus appuyée, plus précise : elle est faite sur le texte même qui n'est jamais oublié. On peut dire que le poète qu'il lisait si avidement pendant sa jeunesse, lui apparaissait déjà comme « une âme sonore, mélodieuse, une sensibilité profonde et délicate douée par la nature et par l'art du don de confondre sa passion profane avec la passion sainte pour l'éternelle beauté 1 . » Il voyait déjà dans l'histoire de Laure un « mythe de l'amour*, » et dans le poète qui en déroulait les mystères « une puissance de sentiment 3 . »
La substance de la poésie de Pétrarque a passé dans les Méditations avec sa grâce et sa lumière, et son pouvoir de s'insinuer dans la nature pour revêtir sa passion des formes de l'univers. En reprenant cette conception de l'amour, en la traduisant à travers ses affections personnelles et les habitudes de son art original, Lamartine s'élève à une sorte de métaphysique, car cet amour fait partie de la religion : il est la religion même. Son culte pour Elvire et Julie a eu tous les caractères de la passion : mélancolie, regret du