L ORATEUR
tueux du sang français qu'on nous représente comme impatient de couler après une trêve de vingt-cinq ans, comme si la paix qui est le bonheur et la gloire du monde pouvait être la honte des nations ! Prenez garde de donner une pareille épée pour jouet à un pareil peuple ! »
La forme de ces discours est d'un magnifique éclat. La période se déroule, ample, harmonieuse. Des images superbes et simples, inattendues et pourtant naturelles, éclairent soudain tout un développement. Ou encore des formules inoubliables le l'ésument : « La France s'ennuie «.... « Le parti des bornes — » Cela explique que cette éloquence ait été plus goûtée hors du Parlement qu'à la Chambre : « J'ai l'instinct- des masses », disait Lamartine. Le fait est que la foule aime les mots qui font image, les grandes envolées, un certain lyrisme de la parole. Elle est sensible aux qualités proprement littéraires de l'éloquence.
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L'éloquence mène Lamartine à Thistoire ou plutôt l'histoire n'est pour lui qu'une suite et une autre forme de l'éloquence. C'est à ce point de vue qu'il faut se placer pour apprécier son Histoire des Girondins : elle continue — et elle renforce — son action oratoire. Les circonstances dans lesquelles il entreprend de l'écrire le montrent surabondamment.
Lamartine, en 1843, est un mécontent; il a passé brusquement à l'opposition ; et dans l'opposition il ne trouve pas la place qu'il ambitionne, la première. Désespérant d'obtenir par la parole l'influence qu'il souhaite, il recourt à un autre moyen, qui est de remuer l'opinion en réveillant chez elle la foi aux principes de la Révolution. Son objet est donc un objet d'application immédiate; c'est le contraire même du désintéressement qu'exige la véritable méthode historique. Il veut, sous d'autres noms et dans un autre cadre, présenter au public sa propre
politique. Tel sera en effet le double caractère de son récit : oratoire et lyrique.
Non certes que I^amartine ait rien négligé pour ^
faire une œuvre vraiment historique. Il procède, 1
comme toujours, avec une entière bonne foi. D'abord, ;
il se documente, autant du moins que pouvait le \
faire, à une époque moins férue d'érudition que i
la nôtre, un écrivain abordant sans préparation ' les recherches savantes . 11 utilise les histoires
antérieures à la sienne, celles de Thiers et de j|
Mignet, et les compilations telles que le recueil j
de Bûchez et Roux, oîi se trouve découpé le Moni- \
teuv. Il demande des communications sur des points |
de détail. Il s'enquiert de la tradition orale et con- )
suite les survivants du grand drame : il aima toujours [
mieux s'instruire en causant et en regardant qu'en ■■
lisant. lise peut qu'il ait fait ce travail à sa manière, *.
qui était rapide et sommaire; il l'a fait en toute con- \
science. *
Mais, une fois les matériaux ainsi recueillis, il s'en ^
considère comme le maître. Non seulement il les {
altère sans le faire exprès, en y transportant ce génie .^
de l'inexactitude qui est en lui, mais il y a mieux : il i
s'en sert comme d'un point de départ; il est persuadé ^
que les documents sont tout juste des indications |
propres à le mettre sur la voie et que son imagination '\
ainsi dirigée peut retrouver directement la vérité, t
Ils sont l'occasion pour lui de manifester sa faculté '>
d'intuition. ;
C'est ainsi qu'il recompose, à mesure qu'il les \
rencontre, les grandes scènes et les tableaux de la Révolution. Il les montre comme il les voit, choisissant parmi les faits ceux qui s'accordent avec sa vision personnelle, écartant les autres, groupant ces traits autour de son idée qui agit à la manière d'une idée créatrice.
Son lyrisme éclate aussi bien dans la façon dont il présente les personnages et dans la conduite de son sujet. Dans cette histoire, où il ne cesse d'être présent de sa personne, il ne juge les acteurs que par une secrète comparaison avec lui-même. Le portrait du protagoniste est toujours, sous divers noms, le portrait de l'auteur peint par lui-même. 11 s'est d'abord miré dans Mirabeau, puis dans Vergniaud : « Ses traits majestueux et calmes annonçaient le sentiment de sa puissance. Aucune tension ne les contractait. La facilité, cette grâce du génie, assouplissait tout en lui : talent, caractère, attitude.... Sa phrase avait les images et les harmonies des plus beaux vers. S'il n'avait pas été l'orateur d'une démocratie, il en eût été le philosophe et le poète. Son génie, tout populaire, lui défendait de descendre au langage du peuple, même en le flattant. Il adorait la Révolution comme une philosophie sublime qui devait ennoblir la nation tout entière sans faire d'autres victimes que les préjugés et la tyrannie. Il avait des doctrines et point de haines, des soins de gloire et point d'ambition. Le pouvoir même lui semblait quelque chose de trop réel, de trop vulgaire pour y prétendre. Il le dédaignait pour lui-même et
|g2 LAMARTINE.
ne le briguait que pour ses idées. La gloire et la postérité étaient les deux seuls buts de sa pensée.... » Est-ce de Vergniaud qu'il s'agit, est-ce de Lamartine?
Pour héros Lamartine a choisi les Girondins; c'est qu'il croyait reconnaître sa propre politique dans leur politique. Il les admirait parce qu'ils étaient éloquents et qu'il les croyait libéraux, généreux et braves. Chemin faisant, il s aperçoit qu'ils n'étaient ni moins intéressés, ni moins égoïstes, ni moins sectaires que ceux qui les ont renversés ; ils ont été seulement moins habiles et plus timides. Cette découverte faite, il les abandonne ; il change de héros en cours de route et finit par se ranger du côté des Montagnards. C'est ainsi qu'il est amené à faire de Robespierre un portrait qui étonne et • détonne :
« La vie de Robespierre portait témoignage du désintéressement de ses pensées ; cette vie était le plus éloquent de ses discours. Sa pauvreté était méritoire, car elle était volontaire. Objet de tentatives nombreuses de corruption de la part de la cour, du parti de Lameth et du parti girondin, pendant les deux assemblées, il avait eu tous les jours sa fortune sous la main : il n'avait pas daigné l'ouvrir. Appelé par l'élection ensuite aux fonctions d'accusateur public et de juge à Paris, il avait tout ' repoussé, tout résigné, pour vivre dans une pure et fière indigence. »
L'auteur s'est d'abord mis dans son œuvre; après
quoi, son œuvre a déteint sur lui et Ta converti. L'œuvre est ainsi deux fois personnelle. Dénuée de toute valeur historique, elle a été, à l'époque où elle parut, le plus entraînant des pamphlets.
Son éloquence, qui avait fait de lui l'historien qu'il a été, devait faire encore de Lamartine un journaliste, et souvent admirable. Qu'il nous suflise de parcourir la collection du Conseiller du Peuple fondé au mois de mars 1849, et qui devait durer jusqu'au 2 décembre 1851. C'était une brochure paraissant tous les mois et divisée en deux parties : une première contenant des articles de doctrine sur la politique intérieure et sur la politique extérieure exclusivement rédigés par Lamartine; une deuxième intitulée : Almanad, politique, où les événements étaient passés en revue et commentés.
Ce qui frappe, tout de suite, c'est l'abondance et la variété des sujets que traite Lamartine. Droit | constitutionnel, économie politique, droit pénal, finances, questions militaires, diplomatie, il n'est rien qui lui soit étranger, rien qu'il ne se sente en état d'aborder. Pour tous les problèmes, il a une solution prête. C'est la caractéristique même du journaliste : l'aptitude, ou, si l'on préfère, l'assurance à discuter les questions les plus diverses. Il y était servi par une remarquable faculté d'assimilation et aussi par la souplesse et la redoutable imprécision de son style.
Tous ses articles ont un même tour, qui est le tour oratoire. A les lire, il semble qu'on ait sous les yeux le texte de discours prononcés à la tribune. Procédés d'argumentation, transitions, mouvements, tout y est d'un orateur.
Aussi bien les meilleurs de ces articles présententils une des principales qualités des discours de Lamartine. De même que Lamartine orateur excelle à dégager une question de ce qui l'enferme dans l'actualité, de même Lamartine journaliste sait la traiter du point de vue de tous les temps. Relisez, par exemple, une page sur le danger créé par l'instituteur. Lamartine qui a vécu à la campagne, dans son coin de Bourgogne, sait quel personnage peut être, dans un milieu d'illettrés, l'instituteur. Et justement il s'inquiète — en 1840, déjà I — de ce pouvoir qu'a un mauvais instituteur pour répandre autour de lui les idées les plus nuisibles : « Les instituteurs communaux, écrit-il, sont devenus dans plusieurs départements des foraentateurs de haine, de division, de discordes, d'exécrables passions, de stupides doctrines anti-sociales entre les classes de citoyens. Ils se sont laissé séduire comme des hommes sans jugement, ou entraîner comme des hommes sans conscience et sans moralité à toutes les absurdités prétendues sociales et à toutes les perversités prétendues démocratiques que les factions socialistes, communistes, terroristes et démagogiques ont voulu semer dans l'esprit du peuple pour le pervertir, pour faire de la propriété un
crime, de la République une anarchie, de la société un chaos — Ils se sont faits les missionnaires de cette nouvelle religion qui consiste à nier Dieu, à diviniser la nature, à adorer le plus brutal sensualisme, à renverser les autels, à arracher les
bornes des champs, à supprimer la famille Ils se
sont institués les grands prêtres de ce culte de démolisseurs... »
C'est en matière de politique extérieure que Lamartine est un journaliste incomparable. L'ancien diplomate, le ministre des Affaires étrangères de la seconde République qui avait, en 1848, rédigé l'admirable « manifeste aux puissances » apporte dans ces questions, avec une rare compétence, un tact et une largeur de vues qui contrastent avec notre habituelle indifférence à tout ce qui se passe hors de nos frontières. Là encore, il est exceptionnellement clairvoyant. A une époque où on élait aveugle aux menaces que devait faire peser sur la France une Allemagne unifiée et forte, il a eu le mérite de signaler le péril : « Si vous armez pour encourager la Prusse à tirer lépée contre l'Autriche, écrivait-il en décembre 1850, vous refaites l'unité allemande, la plus funeste invention contre la France que le génie des chimères ait pu concevoir pour vous rapetisser, en grandissant une seule Allemagne. » On voit comment l'oi'ateur, l'historien, le journaliste se complètent et ne font qu'appliquer à d'autres sujets le lyrisme du poète.
Mais le poète a décidément fait place au prosateur; et, ce qui le prouve bien, c'est en prose qu'il traduira désormais ce qui naguère avait fait la matière de sa poésie. Les souvenirs de son enfance lui avaient inspiré les Préludes et Milly; la figure de Graziella était apparue dans le Passé et dans le Premier regret', Todyssée de Tabbé Dumont était devenue Jocelyn. Ce sont précisément les épisodes qui vont composer les Confidences.
On sait comment, depuis la fin du xviii'' siècle, s'est établi, pour les écrivains, l'usage de se raconter eux-mêmes. Ces autobiographies sont, la plupart du temps, des panégyriques ou des plaidoyers, où la vérité est volontairement altérée. Rien de semblable chez Lamartine. Témoin dans sa propre histoire, il n'a pas cherché à nous tromper. Toutefois il n'a pas cru non plus qu'il fût, dans un tel sujet, tenu à une exactitude rigoureuse. Il nous a conté sa jeunesse telle qu'elle lui apparaissait à distance, après que le temps avait fait son œuvre, qui consiste toujours
à simplifier et à épurer. Il était à cet âge où le regret que nous avons de notre jeunesse lui prête une séduction singulière. Nous y découvrons un charme que nous nous reprochons secrètement de n'avoir pas su reconnaître quand nous pouvions en jouir. Nous nous y revoyons tels que nous aurions voulu être. Lamartine, loin de s'en défendre, s'est prêté à ce sentiment nostalgique. Sous cette influence, il a tout idéalisé.
Ce sont autant de tableaux, faits de détails réels, mais composés, arrangés d'après une idée dominante et fondus dans une teinte qui en parfait la signification. De son enfance passée dans le vallon de Milly sous les regards d'une mère attentive et tendre, il avait conservé une impression de fraîcheur et de pureté : avec ses souvenirs, il compose une idylle dont il est lui-même le héros. Milly fournit le cadre champêtre; le père a mine de patriarche; la mère, les sœurs, sont toute bonté, toute beauté, comme il convient à des personnages d'idylle. Nul plus que Lamartine lui-même ne bénéficie de ce parti pris d'universel d'optimisme : « J'étais alors un des plus beaux enfants cjui aient jamais foulé de leurs pieds nus les pierres de nos montagnes où la race humaine est cependant si saine et si belle ». Pas une ombre au tableau, pas une tristesse, pas une rudesse. Que deviennent les brusqueries, les violences, les révoltes de l'enfant difficile à conduire? Elles disparaissent dans l'atmosphère idyllique qui ne les comporte pas. Son premier amour pour une
petite bourgeoise de Mâcou devient le délicieux épisode de Lucy L. avec la fraîcheur de son rêve ossianique et brumeux, et son rendez-vous dans la nuit à la douteuse clarté de la lune. La plus médiocre aventure de jeunesse, dont il semble qu'il ait, à Tépoque, compris la banalité et l'insignifiance, devient un roman d'amour entre deux jeunes gens, presque deux enfants. La cendrillon napolitaine, touchée par la baguette de l'écrivain, se change en la fille ingénue et sauvage du pêcheur de Procida. Très habilement, et pour remédier à la pauvreté de l'analyse des sentiments en un pareil sujet, il donne une grande valeur au décor, choses de la mer, couleur italienne, pittoresque à la Léopold Robert. Le souvenir de Paul et Virginie est ici tout voisin; et c'est à dessein que Lamartine l'a évoqué. Dans la maison du pêcheur, il lit à la pauvre famille assemblée la naïve et brûlante idylle de Bernardin de Saint-Pierre : « Avant que je fusse arrivé au milieu de l'histoire, la pauvre enfant avait oublié sa réserve un peu sauvage avec moi. Je sentais la chaleur de sa i^espiration sur mes mains. Ses cheveux frissonnaient sur mon front. Deux ou trois larmes brûlantes tombées de ses joues tachaient les pages tout près de mes doigts. » L'enfant assistait à l'éveil de son âme et l'aventure d'une autre lui révélait ses propres sentiments. C'est une autre Virginie en effet, plus rustique, plus près de la nature, plus impulsive. Pour la rendre plus touchante, Lamartine en a fait une victime de l'égoïsme
masculin; il a imaginé qu'elle était morte préraalu l'éraent. De même, tout ce que nous savons du curé de Bussières nous le fait tenir pour un assez pauvre homme, sur qui, il est vrai, couraient dans le pays de méchants bruits ; il va devenir un penseur discutant avec Lamartine les grands problèmes, achevant dans le recueillement une existence commencée par le roman. C'est ainsi que Tillusion modifie sans cesse le souvenir. Les Confidences sontelles davantage une autobiographie romancée ou un roman personnel? En tout cas elles continuent la veine lyrique du poète retraité dans la pi^ose.
Veut-on saisir du reste toute la différence entre l'illusion qui idéalise êtres et choses et le parti pris qui les fausse, il n'est que de comparer les Confidences et Raphaël. Poursuivant le chemin de sa vie, Lamartine arrive à l'épisode d'Aix. Il s'agit, cette fois, tout en contant une histoire de passion, de l'innocenter. Le conteur est gêné. Au lieu d'une idylle enfantine, il s'agit d'un roman dont l'héroïne a trente-deux ans. Nous voudrions reconnaître ici la vérité humaine et l'exacte psychologie, Lamartine y a substitué une convention qui nous laisse déçus. Il l'a compris lui-même et il l'a reconnu. Dans le Cours familier de littérature, venant à parler du Lys dans la vallée de Balzac, et par un de ces retours sur lui-même dont il avait l'habitude, il 'ajoute : « Gela me ressemble quand, voulant associer l'hypocrisie du monde au délire de la passion, j'écrivis ce livre à moitié vrai, à moitié faux, intitulé
Rcipluiël. Le public se sentit trompé et m'abandonna. Je l'avais mérité : la passion est belle, mais c'est à la condition d'être sincère. Ou renoncez à peindre Tamour, ou sacriflez-le à la vertu. » Ce sacrifice, Lamartine ne s'est pas résigné à le faire ; cela a gâté son livre.
Du roman personnel au roman humanitaire la , transition à cette époque était aisée. Et le passage avait été effectué par d'autres, notamment par George Sand. Aux alentours de 1848, la littérature s'occupait beaucoup de l'ouvrier, de ce qu'il était, de ce qu'il devrait être. Lamartine suivit le mouvement. Déjà, dans Joçelyn, en maint endroit, il avait tracé des tableaux de la vie du peuple. Dans ses romans populaires, cette peinture de l'existence quotidienne des humbles tient toute la place. Le sujet de Gene£ici'e, c'est la vie d'une pauvre fille qui, pour sauver l'honneur de sa sœur, s'est faite servante. Le roman vaut par une sympathie vraie, par un réalisme ému. On en a retenu un morceau qui méritait de devenir célèbre, l'admirable prière de la servante, chef-d'œuvre de noblesse et de simplicité : « Mon Dieu, faites-moi la grâce de trouver la servitude douce et de l'accepter sans murmure, comme la condition que vous nous avez imposée à tous en nous envoyant dans le monde. Si nous ne nous servons pas les uns les autres, nous ne servons pas Dieu, car la vie humaine n'est qu'un service réciproque. Les plus heureux sont ceux qui servent leur prochain sans gages, pour l'amour de
VOUS. Mais nous autres, pauvres servantes, il faut bien gagner le pain que vous ne nous avez pas donné en naissant. Nous sommes peut-être plus agréables encore à vos yeux pour cela, si nous savons comprendre notre état; car, outre la peine, nous avons Thumiliation du salaire que nous sommes forcées de recevoir pour servir souvent ceux que nous aimons. Nous sommes de toutes les maisons, et les maisons peuvent nous fermer leurs portes; nous sommes de toutes les familles, et toutes les familles peuvent nous rejeter; nous élevons les enfants comme s'ils étaient à nous, et, quand nous les avons élevés, ils ne nous reconnaissent plus pour leurs mères; nous épargnons le bien des maîtres, et le bien que nous leur avons épargné sen va à d'autres qu'à nous. Nous nous attachons au foyer, à larbre, au puits, au chien de la cour, et le foyer, l'arbre, le puits, le chien nous sont enlevés, quand il plaît à nos maîtres; le maître meurt, et nous n'avons pas le droit d'être en deuil! Parents sans parenté, familières sans famille, filles sans mère, mères sans enfants, cœurs qui se donnent sans être reçus ; voilà le sort des servantes devant vous ! Accordez-moi de connaître les devoirs, les peines et les consolations de mon état; après avoir été ici-bas une bonne servante des hommes, d'être là-haut une heureuse servante du maître parfait! »
Comme dans Geneviève — et comme dans Jocelyn — c'est le sacrifice qui est le sujet même du Tailleur de pierres de Saint-Point. Claude, le tailleur de
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pierres, a volontairement quitté la maison maternelle et s'est contraint à vivre une rude et douloureuse existence, afln que son frère aveugle pût épouser leur cousine Denise qu'ils aiment tous les deux. Ce roman renferme peut-être encore de plus belles pages descriptives que Geneviève — la description du vallon de Saint-Point et celle de J'ermitage de Claude, sorte de réplique en prose du tableau de la solitude autour de la grotte des Aigles — et on ne saurait trop dire combien le sens de la vie rustique y est profond et vivant l'esprit religieux. Seulement, Claude, pour un homme taciturne, est vraiment par trop phraseur. Et, h l'entendre citer les noms de Pythagore, de Platon et de Confucius, on sent trop que ce n'est pas un artisan de village qui parle : ce tailleur de pierres n'est que le porte-parole de l'auteur.
Lamartine n'avait d'ailleurs pas en lui la faculté de création impersonnelle qui fait le romancier. Et il avait soixante ans. A cet âge, on se souvient, on se repent, on formule son expérience de la vie, on dégage la leçon des spectacles auxquels on a assisté, on donne des conseils aux générations qui viennent. C'est ce que va faire Lamartine, dans un dernier ouvrage, écrit sous le fouet de la nécessité, où il faudrait aller reprendre mainte page curieuse, piquante, émouvante.
Le Cours familier de littérature est une revue mensuelle dont Lamartine est le seul rédacteur.
La publication fut continuée pendant dix années;
elle conn^rend 128 Entretiens. Le plan est des moins rigoureux et le lien qui rattache un Entretien à l'autre est des plus lâches. Lamartine se propose de faire devant le public un inventaire des richesses littéraires de l'humanité. Il commence aux poèmes indiens. Il y a des Entretiens sur Dante, le Tasse, Shakespeare, comme sur Cicéron, Tacite, Aristote. Il y en a sur les beaux-arts, sur la statuaire avec Michel-Ange, sur la peintui^e avec Léopold Robert, sur la musique avec Mozart. Que dans cette critique, improvisée et fantaisiste, il entre souvent plus de fantaisie que de critique, cela ne fait pas de doute ; qu'il y ait beaucoup de remplissage, même sarks compter les citations, et énormément de fatras, comment n'en pas convenir? Mais chaque fois qu'un événement récent sollicite son attention, Lamartine s'empresse de le traiter et de laisser là son inventaire, le moins méthodique qui soit. Il s'interrompt d'analyser Sacountala et de commenter Tacite pour nous parler de l'écrivain qui vient de mourir, ou dont le nom vient de reparaître : Musset, Vigny, Balzac. Les funérailles de Béi'anger lui sont une occasion de rappeler les relations qu'il a eues avec le chansonnier. Il nous conte ce qu'il a entendu dans le salon de Mme Récamier et dans celui de Mme de Girardin. Il évoque mainte circonstance de sa vie. Le Cours familier est cela même, sous une forme nouvelle, plus libre, plus variée, et moins romanesque : la continuation de ses Souvenirs. Ce sont ses Mémoires d' Outre-Tombe^ mais avec une
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différence essentielle. En écrivant ses Mémoires, Chateaubriand est sans cesse soucieux de l'effet, à jjroduire, et toujours préoccupé de justifier sa conduite et de magnifier ses actes. Lamartine, sans ostentation mais avec franchise, chaque fois que l'occasion s'en présente, reconnaît ses fautes et s'en accuse. Ainsi pour son intervention, le 22 février. ^dans la réunion chez Odilon Barrot, Ainsi pour certaines pages des Girondins : « J'ai été téméraire et malheureux dans le regard jeté sur l'intérieur de la jeune reine. Rien n'autorise à lui imputer un tort de conduite dans ses devoirs d'épouse, de mère, d'amie. Tout est juste dans mon jugement sur le crime de la République à l'égard de Louis XVI ; une seule phrase m'y blesse : il y eut une puissance sinistre dans cet échafaitd, concession menteuse à cette école historique de la Révolution qui a attribué un bon effet à une détestable cause, et qui prétend que la Terreur a sauvé la Patrie. Honte sur moi pour cette complaisance! J'ai été indigné contre moi-même en relisant ce matin la dernière page des Girondins sur l'ensemble de la Révolution, et je conjure mes lecteurs de la déchirer eux-mêmes, comme je la déchire devant Dieu, devant la postérité. » Combien sont-ils qui aient la grandeur d'âme de se donner à eux-mêmes de pareils démentis, et de mettre le respect de la vérité au-dessus de leur amour-propre?
Au contraire encore des Mémoires d' Outre-Tombe où l'on note une continuelle aigreur, Lamartine
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peut se rendre à lui-même cette justice qu'il est sans *i amertume : « On tordrait aujourd'hui mon cœur f comme une éponge, sans qu'une goutte de haine ou "^ même de fiel en tombât sur aucun nom vivant ». Et ;. le fait est qu'à l'adresse même de ceux qui lui ont ; été le plus hostiles, son impartialité est complète. J Est-ce à dire qu'il ait répandu sur l'univers entier j une insipide bienveillance? Nullement. Lui, qui n'ai- ; mait pas l'ironie, il a su très bien apercevoir les ridi- i cules, noter les travers; çà et là éclatent des portraits et des scènes enlevés avec une sorte de raillerie puissante. L'entretien sur Joseph de Maistre pourrait s'intituler : « Comment on devient prophète ». \ Que dire de cette impression d'une première j entrevue avec Lamennais : <f Je trouvai un petit \ homme presque imperceptible, ou plutôt une flamme ■ que chassait d'un point de la charabi'e à l'autre le i vent de sa propre inquiétude »? Ailleurs il saura ; montrer le désastre de la fameuse lecture de Moïse j à l'Abbaye au Bois et la misère de cette quête aux \ applaudissements. ^
Lorsque la critique de Lamartine se fait sévère, ce n'est pas le résultat d'une rancune personnelle, c'est le signe d'une opposition de nature et d'esthétique. Sainte-Beuve, par dépit de n'être que le plus grand critique de son temps, s'est toujours montré avare d'éloges pour les poètes et pour les romanciers. Lamartine ne marchande son admiration ni à Victor Hugo ni à Vigny, ni à Sainte-Beuve même ou Laprade. ni à Mistral dont il annonce la Mireille
DEUNIÈRES OEUVRIi.'
clans un Entretien dithyrambique. Le seul poêle de qui il ait parlé en termes dédaigneux, c'est Musset : il faut dire à sa décharge qu'il ne Tavait pas lu. Lorsque, à Toccasion de la mort de celui qui avait été le poète de la jeunesse, il écrivit le iS'^ Entretien consacré à la Littérature légère et qui commence ainsi : « Vive la jeunesse, à la condition de ne pas durer toute la vie! » il est vrai, si invraisemblable ^que cela puisse paraître, qu'il n'avait pas lu les Nuits ! Il les lut dans l'intervalle de cet Entretien au suivant; et celui-ci est une sorte d'amende honorable et de réparation. Quant aux Entretiens consacrés à Béranger, on s'étonne un peu qu'ils débordent d'un tel enthousiasme. Que le chantre d'EIvire ait célébré celui de Lisette, on en éprouve quelque scandale. Mais la politique les avait rapprochés. Béranger avait été le premier à tendre la main à l'auteur des Girondins. Leurs relations étaient devenues intimes. II ne se passait presque pas de jour qu'ils ne s'allassent promener ensemble au Bois de Boulogne. Les passants ne reconnaissaient pas toujours l'homme de 48, triste avec son profil escarpé de vieil aigle; mais pas un seul n'aurait manqué à saluer sous le large chapeau et les boucles de cheveux blancs qui encadraient sa face de faux bonhomme, le chansonnier national.
Ce qui nous intéresse le plus dans le Cours familier, — où se trouve l'admirable pièce la Vigne et la Maison, — c'estàcoup sûr Lamartine lui-même. Nous le retrouvons avec les traits primordiaux de sa nature.
mais aussi tel que la vie Ta façonné et avec les retouches derexpérience! Cette leçon de la vie, qui prend une singulière intensité quand on la voit professée par ce grand utopiste qu'a été Lamartine, c'est une espèce de terreur que lui inspire l'esprit d'utopie. L'utopie, il l'avait touchée du doigt, il l'avait vue à l'œuvre, en 1848. Une espèce d'épouvante lui en est restée. Maintenant il n'éciùrait plus les Girondins. Il remonte à l'origine des modernes paradoxes anti-sociaux et il la trouve dans Jean-Jacques Rousseau, contre lequel il prend nettement parti, l'accusant d'avoir inculqué à toute la bourgeoisie de France « le fanatisme de l'absurde ». C'est au même point de vue qu'il se place pour critiquer le Chatterton de Vigny, mais surtout les Misérables de Victor Hugo. La critique des Misérables est très nette et, en son temps, fît scandale. Victor Hugo affectait de n'y voir « qu'un essai de morsure par un cygne ». Le fait est que Lamarlinn a dit le mot juste sur cette « épopée de la canaille », qu'il aurait préféré voir signée d'Eugène Sue. Et il en a indiqué les dangers dans les meilleurs termes : « La plus terrible et la plus meurtrière des passions à donner aux masses, c'est la passion de l'impossible. Ne trompez pas l'homme, vous le rendriez fou et quand, de la folie sacrée de votre idéal, vous le laisseriez retomber sur l'aridité et la nudité de ses misères, vous le rendriez fou furieux. » Il ne faut prêcher au peuple ni la révolte ni la résignation, mais bien plutôt l'acceptation de la force des choses.
Ajoutons qu'on ne connaît pas vraiment Lamartine quand on ne Ta pas étudié dans ses lettres. Admirable de sincérité, cette correspondance où une grande àrae se peint au jour le jour, et chaque jour suivant rémotion de l'heure et la couleur du temps, n'est pas seulement un document d'une valeur inappréciable pour la biographie psychologique de l'homme ; par sa variété, par la finesse de l'analyse personnelle, par l'abondance des idées, par l'élégante simplicité 'de la forme, et quelquefois par l'éloquence jaillie spontanément, elle prend une grande valeur littéraire, et, tout incomplète soit-elle, se place au premier rang de la littérature épistolaire.
Les plus intéressantes de ces lettres sont, à coup sûr, celles qui furent écrites pendant les années de jeunesse. Dans les périodes inquiètes, au cours des longues journées de rêverie, le solitaire de Milly éprouve le besoin de s'épanciier, de se raconter, de confier au papier ses réflexions, ses projets, ses appréhensions et ses espoirs devant l'avenir. C'est toute sa vie intérieure, si intense, qui se projette dans ces incomparables confidences. A mesure que Lamartine trouve à dépenser sa sensibilité dans sou œuvre, son activité dans les obligations grandissantes de sa vie extérieure, ses lettres se font plus rares et plus brèves. Mais il arrive que le moindre billet soit éclairé soudain par un aveu, un cri de souffrance, une trouvaille de mots. On ne l'a pas assez remarqué, Lamartine a cette qualité essentielle de l'épistolier, celle qui consiste à se mettre
en harmonie avec l'état d'esprit de son correspondant. C'est pourquoi il faut mettre à part les lettres à Aymon de Virieu. C'est là que Lamartine donne de lui-même l'expression la plus complète et la plus haute. Avec ce correspondant, auquel il a fait une place unique dans sa confiance, il n'est point de sujet si intime, point de question si ardue qu'il n'aborde. Il trouve en lui un esprit capable de le comprendre; d'ailleurs, ils diffèrent d'opinion sur assez de points pour donner lieu à la discussion; la contradiction stimule la pensée de Lamartine et la contraint à se découvrir tout entière, à s'exprimer dans toute sa force. Pour un autre de ses amis, Guichard de Bienassis, seront les confidences épicuriennes. Au beau-frère de Monlherot iront, soit en prose, soit même en vers gaiement improvisés, des lettres insouciantes et enjouées de bon compagnon. Les lettres à quelques femmes d'élite sont charmantes : en mademoiselle de Canonge, Lamartine a trouvé une confidente pour ces heures douloureuses où le souvenir de la tendresse maternelle nous fait un besoin d'être plaints par une femme ; à Mme de Raigecourt, il s'adresse sur le ton d'une gratitude respectueuse. A la correspondance déjà publiée il manquait un chapitre : les lettres adressées par le poète à sa fiancée, puis à sa femme. Nous en avons publié quelques-unes. Par leur abandon, leur variété, leur tendresse respectueuse, elles font également honneur à celui qui les a écrites et à celle qu'il y prend pour confidente et pour conseillère.
L'influence de Lamartine a été considérable. On n'y a pas fait suffisamment d'attention parce que luimême s'est défendu d'être un maître et un chef d'école. On ne l'a pas mesurée à sa véritable étendue, parce que d'autres se sont attribué des nouveautés dont l'initiative lui revient. Le fait est que si le Nix*" siècle a eu une poésie lyrique — et c'est peutêtre son plus beau titre de gloire littéraire — il le doit à Lamartine. En passant par cette âme pure et harmonieuse, les grands thèmes lyriques ont repris leur vertu, recouvré leur résonance, sont redevenus capables de variations à l'infini. De nouveau les sources de la poésie ont jailli. Ainsi tous les poètes modernes, et ceux mêmes qui semblaient le moins préparés à recueillir son inspiration, sont ses tributaires.
C'est seulement lorsqu'il s'est pénétré de la poésie nouvelle apportée par Lamartine, que Victor Hugo rompt avec la tradition du xviii'^ siècle et secoue le joug de la convention qui pèse sur les Odes, d'ailleurs catholiques et royalistes comme les Méditations. Au Pèlerinage de Childe-Harold il a emprunté quelques-uns des traits des Orientales; aux pièces politiques de Lamartine la première idée des Châtiments; à Jocelyn et à la Chute d'un ange, l'idée même de la Légende des Siècles, la poésie de l'énorme et les visions en dehors des temps. Vigny lui doit l'exemple d'une expression précise en vers des idées philosophiques. Musset, qui lavait si allègrement raillé et de qui la Ballade à
la Lune est une sorte de transposition ironique du Soir, imite les Préludes dans la iV«/J d^ Octobre et le Premier regret dans Lucie.
Auguste Barbier eût-il écrit la Cavale s'il ne s'était souvenu du Bonaparte des secondes Méditations^
Si l'on voulait établir des rapprochements de détail et relever les vei's qui, à peine modifiés, sont passés dans Fœuvre des poètes les plus divers et qu'on retrouve là où on s'y attendait le moins, les citations pourraient être multipliées quasiment à l'infini. Tous les poètes du xix'^ siècle ont eu la poésie lamartinienne dans les moelles.
Un filon un peu étroit et très pur, auquel on réserve parfois le privilège de représenter la poésie proprement lamartinienne, part des Premières Méditations et des Harmonies, traverse l'œuvre de Victor de Laprade et celle de Sully-Prudhomme et reparaît dans la dernière tentative de rénovation poétique à laquelle nous ayons assisté. Car lorsque, fatigués de la déclamation de Hugo ou des excès de pittoresque des parnassiens, les poètes appelés décadents ou symbolistes souhaitèrent de réintégrer dans les vers la rêverie et de ra^pprocher la poésie de la musique, c'est à Lamartine qu'ils se rattachaient, ramenant la poésie au point d'où, au commencement du siècle, elle était partie, pour prendre son essor. Mais, encore une fois, ce n'est là qu'un aspect parti- ,culier, le prolongement un peu étroit d'une œuvre magnifiquement riche et diverse.
On a été longtemps injuste pour Lamartine. 11 n"a
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pas eu seulement à subir les réactions qui toujours, et du moins pour un temps, discréditent la littérature d'hier. Mais le poète s'était fait homme politique. De toutes manières le politique nuisit au poète. Il Tentraîna dans sa déroute. C'était un vaincu; on s'était détourné de lui; le souvenir de la révélation qu'avaient apportée les Méditations survivant seul au naufrage d'une gloire désertée, on tenait Lamartine pour Félégiaque monotone et monocorde auquel il ^ avait été interdit par la nature même de son génie de dépasser la région des brumes et des rêveries mélancoliques. Ce qui caractérise au conti'aire Lamartine plus qu'aucun autre de ses contemporains, c'est, chez l'homme, une richesse de dons inépuisable, et c'est, chez l'écrivain, une extraordinaire puissance de renouvellement. Ses premiers vers sont un écho de la poésie galante du xviii'' siècle et nous reportent au temps des Bernis et des Berlin, de Dorat- Cubières et de Parny. Bientôt, dégagé de cette première manière, le poète, réalisant l'œuvre vers \ laquelle tendait chez nous le travail de la sensibilité et de l'imagination depuis de si longues années, devient le chantre des grandes émotions de l'âme devant l'amour et la mort, devant la nature et devant Dieu. Grâce à lui, ce mouvement, qui pouvait se dissiper et s'évanouir sans avoir donné aucune œuvre durable et sans s'être inscrit dans l'histoire de la littérature, se concrète dans une forme immortelle. Maître de l'élégie, le poète échappe à son atmosphère de tristesse, pour célébi'er l'amour
triomphant et dire la plénitude du bonheur. Puis entrant résolument dans la voie qu'avait indiquée Fauteur du Génie du christianisme, il devient le poète chrétien des Harmonies. Cette poésie de la vie intérieure va, sous le coup des événements de 1830, se changer en poésie politique et répéter l'écho des luttes publiques. L'orateur perce dans le poète; entre l'aventure d'un lointain voyage et les premiers débats parlementaires, il trouve le moyen d'exécuter une partie des projets qu'il avait en tête et donne le modèle tout, au moins, du roman en vers. Enfin, abordant de front l'épopée, il se lance en dehors des temps, et dans une œuvre étrange s'essaie à la poésie tour à tour philosophique et apocalyptique. Désormais, chez lui l'action l'a emporté définitivement sur le rêve. Le poète cède à l'orateur qui prend place parmi les plus grands et, sans cesser d'être orateur, s'improvise historien. De l'œuvre achevée en quelques années, du roman historique ou de l'histoire lyrique, il sort un mouvement si puissant, un tel ébranlement se propage, qu'un trône en est renversé et les destinées du pays sont changées. Modérateur de cette Révolution qu'il a contribué à déchaîner, Lamartine en est bientôt, par l'effet d'une loi inéluctable, la victime. Grand encore par l'immensité de sa chute, il retrouve en lui assez de verve, de fraîcheur d'imagination, d'abondance et de ressources pour être, tour à tour, écrivain de souvenirs personnels, romancier populaire, critique, historien, journaliste.
JJevant une telle puissance de génie, pensée et sensibilité, rêve et action, caractère de Thomme égal au mérite de l'écrivain, on n'hésite pas à saluer en Lamartine non seulement un des plus féconds initiateurs de notre littérature, mais un des exemplaires qui font le plus d'honneur à notre race et à l'humanité.