‹ Lambert d'AvignonChapitre 25 sur 37 · PL · texte numérisé non relu

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loing temps avait eu desir de venir où il estoit

et de souffrëmmort pour la foy et pour soub-,

tenir verité. Et entre plusieurs aultres parolles, ait demandé pardon au peuple, disant que s’il avait ditrne presché chose de quoy il despleust à eulx ou Qu'ils en fussent mal édiffiés, 1l leur en crioit mercy. « Niantmoins, dist-il, que je n’aie presché ne dit chose que sainct Augustin et sainct Ambroise n’ayent premierement presché : et pour ce, si j'ai presché faulx, ils ont donc que faulcement presché! L'on ait dit que je suis lutherien, tenant la fo:

Luther : mais je prens sur ma mort et sur 4 part de paradis que jamais Luther je ne vis ; ne ne tiens rien de luy ne de sa doctrine, et m'en vais mourir sur cela. » Et plusieurs aultres parolles disait le poure homme, qui donnoient cause de pl orer. Puis fut mené au pal contre lequel on le vouloit asseoir sur une planche; mais il. ne voult, ains dit et priait qu’il fust droit; disant qu il seroit encore trop à son aise et que le Saulveur avoit plus souffert pour luy; et luy meisme aydoit au bour-

riaul à se mettre à pointet avoit grant couraige.

Puis eslevoit ses mains joinctes en hault; et, en Criant par plusieurs fois et à haulte voix :

Le nom de Jhesus me soit en ayde ! Sans dire aultre chose, mourut et rendit l’âme. A l’occasion de quoy, le peuple, tant de ceulx de

Mets estant presens que de Vyc, auxquelx il «avoit fait tant de biaulx SeTMONS, furent grandement esmus et dollens.

Or oyés chose merveilleuse et qu’il en advint. Vous debvés scavoir que alors en la cité de Mets estoient tous, grans et petits, desirant en scavoir des nouvelles. Maïs quant la vérité fut congneue et que l’on sceust au vrai qu'il estoit brulé, sans ouyr ne desclairer son procès, Dieu sçait le murmure qui alors fut espécialement du menu peuple, et en furent rendues tant de ; arolles qu'on en feroit ung gros livre. Et n'estoient les chainoines de la grant église alors pas trop assurés du peuple; et, avec ce, en prinrent ledit seigneur de Sainct Afithonne avec ledit maistre d'hostel en si grant hayne qu’il n’est à croire, et meismement tous ceulx qui avoient esté tesmoins etfavorisans à cestuy fait. Si avint que au leudemain, qui fut vendredi, treiziesme jour duditmmois, sur le tairt {1}, ledit de sainct Anthonne arrivait à Mets, accompaigné de sergens; mais dès qu’il fut aperçeu du peuple, il fut resgairdé du travers et en desdaing, et luy eussent desjay les aulcuns voulluntiers couru sus, s'ilz eussent osé ! Et de fait, la nuyt en suivant, furent Îles verrieres de sa maison en partie rompues et

(1) Sur Le tard, vers la nuit.

despecées, on ne seult de qui. Au leudemain, qui fut samedi, quatorziesme jour dudit mois, a ‘corapaigné de seigneur Nicolle Roussel, alors maistre eschevin de Mets, vint ledit seigneur en la grant église d’icelle cité pour ouyr messe, en laquelle se trouvairent plusieurs vignerons (1) et aultres de plusieurs mestiers et gens mal informés ; car, sans licence de leurs supérieurs, ont assailli de parolles ledit de sainct Anthonne. Et jay ce qu'il fust du plus g'ant sang de France, non resgairdant à ce qui en porrait advenir, luy ait dit tout plein d’injures : les uns l'ont appelé Pillaite, les aultres Anne ou Caïphe. Et de fait, apres plusieurs grosses et villaines parolles, l'ont voulu assaillir au corps; et jay lui eussent fait ung grant desplaisir, si ce n’eust esté ledit seigneur maistre eschévin qui à bien grant peine le saulvait; car, à toute haste, le bouttoit (2) et conduisit hors par derrière et le menoit en son hostel de sainct Anthonne sus les mollins, et fist tant, par doulces parolles, qu’il apaisantait aulcunement leur fureur pour celle fois. Mais, assés tost après, se rassemblairent iceulx mutins à grant nombre et de rechief sont venus

(1) C'était en effet parmi les vignerons et les marchands que le protestantisme avait fait le plus de progrès.

(2) Poussait.

devant icelle maison sur les mollins, en laquelle alors estoient venus plusieurs chiefs de ‘seigneurs de la cité, lesquelx eurent'une merveilleuse peine pour saulver ledit seigneur avec ses biens ; car leur fureur creust si tres fort que je croy que s’il fust esté tenu par eulx, ilz l’eussent mis à mort et descouppé en pièces. Et jay ce que, pour les apaisanter, l’on leur jettaist par les fenestres pain et aultres viandes, ils ne se voulaient contenir et de fait se eslevoient les aulcuns de parolles contre leurs seigneurs. Touttesfois on fist tant, à bien grant peine, que ledit de sainct Anthonne fut mis hors de sa maison par derriere et mené en l’hostel du seigneur Philippe de Raigecourt. Et puis tantost, à toute haste, en habit dissimulé, fut monté à cheval et conduit par le seigneur Philippe Dex, avec plusieurs soldoieurs de la cité dehors, par la porte des Allemans; ne jamais ne fut ledit seigneur bien assuré jusques qu’il vint à Pont à Mousson là où iltrouvait le duc Anthonne auquel il racontait de ses nouvelles.

Quand le bruit de ce hutin {1) fut espandu par la ville, plusieurs aultres et à grant nombre, qui n’avoient que perdre et qui estoient à demy enraigiés, tant pour la famine quialors

(1} Tumulte, émeute.

regnoit, comme pour la mort dudit augustin, se vindrent joindre avec les premiers ; et là de rechief ont trouvé aulcuns des seigneurs de la cité, lesquelx eulrent bien grant peine de s’en deffaire et de saulver les biens dudit de sainct Anthonne, disant : « Messieurs, vous ne faictes rien ici; le lieu est poure et n’y pouvés rien conquester. » Et en toute humilité firent tant lesdits seigneurs qu’ilz se sont despartis de ce lieu. Mais, après ce despart soudain se sont advisés iceulx mutins de la maison au gouverneur de Gorze ; et, tout à une voix se sont escriés : (Allons, allons chez le maistre d’hostel! » Et alors, tout à une tourbe, s’en sont passés parmi la grant église et par la plaice devant icelle, sans crainte de nulluy, et comme gens enraigiés, avec palz et massues, sont venus assaillir la dicte maison en laquelle alors ne demouroit personne que le seigneur Nicolle, chaippellain dudit de Gorze, lequel à peine se saulvait. Et ainsi, en celle fureur, comme dit est, ont incontinent abatu la grande porte de la court de leans et sont entrés dedans. Ce!a fait, sans plus attendre, sont courus au butin, qui mieulx mieulx, les ungs au bled, les aultres entrairent és chambres ausquelles ont eu prins plusieurs biaulx draps, tant de vellours, satin, Comme de laine qui là estoient, avec de moult riches tapisseries et de belles robes. Puis,

incontinent après ce fait et que l'on vit qu’ilz emportoient tout sans contredit, se y trouvairent si grant nombre de gens, femmes, hommes et enffans, tant de la cité comme du païs, à cause qu'il estoit samedi et jour de marchié, qu’il n'est à croire la presse qui estoit. Et dès tantost furent rompus les huis de leans, coffres, aîrches et armoires de tous costés, jay ce que aulcuns huis estoient de fer; car plusieurs mareschaux et serruriers, voiant les choses ainsi aller, y accoururent, et fut tout pillé et robé, or, argent monnoyé, grandes coupes et hanaps, taisses et aultres vaisselles, tant d'argent que du métal. Après furent prins tous les litz et autres linges emportés et trainés dehors. Et y avoit si grant presse devant et derrière et de tous costés, hault et bais, qu'il n’est à croire, qui ne l’auroit veu. Apres, furent emportés les coffres, les couches, tables tretiaulx et bancs, et tout desrompu, et tellement qu'il n’y demeuroit rien de bon que tout ne fust prins, ravi et descouppé : et meismement les vins du cellier, desquelx en y avoit environ trente six couves, tant viez que nouviaulx, tout fut prins et enmené, tant en gros comme en menu : et estoient les celliers si tres pleins de gens et de vin respandu et gaisté que l’on pe 8’y pouvait tourner, Puis, après que tout le meilleur fut dehors, ilz se prindrent au foin, à

l'avoine, au bois et au chairbon; et quant il n’y eult plus rien de bon, la cuaulté fut plus grande que devant; ear ils ont arraiché toutes les verrieres, descouppé les fenestrés pour avoir les fers; puis ont desallemé et arraichié les planches des chambres, osté les plombs des gargolles et chenaulx et osté tout, jusques aux imaiges de la chappelle ; car là ne demouroït neZ (1} que apres feu, saulf et reservé le teys de la maison. Et quant il n’y eult plus que prendre et que tout fut desrompu et dissipé, huis et fenestres, degrés et advis, avec les fourniaulx des Cheminées, ils se sont prins aux chambris (2) du jaridin pour avoir les montans ; et fut tout desrompu et le jairdin tout gaisté, tellement que c’estait la plus grande cruaulté du lieu que jamais homme veist, Et jay ce que le seigneur Philippe Dex et le seigneur Philippe de Raigecourt vinrent par deux fois devant la dicte maison, priant et requerant au peuple qu'ilz voulussent cesser et qu'il souf: fisait ; niantmoins il n’en voulurent rien faire et meismement y fut le seigneur Michiel filz à seigneur François le Gournais, avec le seigneur Gaspar, son frère, tous armés à cheval, pour Jesquelx paireillement ne firent rien; ains ont

(1) Pas plus.

(2) Treillages.

dé x L,

is 480 ‘.

les aulcuns encor pis fait la moitié, car, voiant que léans n’y avoit plus rien de bon, se sont

despartis et accoururent rompre la maison de

sainct Martin, située au bas des Grant Prescheurs, pour ce qu’elle appartenoit audit maistre d'hostel, à cause de ladicte abbaye qu'il tenoit et s’en disait abbé. Et d’icelle en fut fait comme de l’aultre, tellement que rien n’y demourait entier, et furent tous les biens dérobés et éemportés avec les escriptures et anciennes chartes; et y furent les aulcuns toute la nuyt en descoupant et pillant. Aulcuns autres se sont advisés que, en despit dudict de.saincet Anthonne et du maistre d’hostel, ilz iroient delivrer ce josne gallant qui estoit detenu en prison en la court l’evesque, et duquel je vous ai eu par cy devant parlé. Et fut force, pour les complaire, de leur delivrer les clefz de la prison et de leur mettre en mains le prisonnier, ou aultrement ils eussent tout desrompu : et fut celluy mené en l’hostellerie et festoié, et, au bout de deux jours, luy firent les seigneurs baïiller deux florins d’or en sa bourse et eult cong'ié de s’en aller.

a IV.

ee = CATALOGUE DES ÉCRIFS DE LAMBERT. ({)

I. — Rationes propter quas Minoritarum conds -versationem habitumque rejecit. Wittemberg,

1522, in-4v, réimprimé dans les Abronitiles litter. de chelhort he

I. — Evangelici in Minoritarum regulam comméntarii, quibus palam fit quid jam de ill quam de aliis monachorum regulis et constitutionibus sentiendum sit. s. |. et a. in-&e. — On ne connaît aucun exemplaire de la 1re édition, publiée à Wittemberg, en 1523. Il en parut une 3° à Strasbourg, en 1525, in-&?, augmentée d’une lettre Universis utriusque sexûs monachis et de deux cantiques, l’un Pro liberatione suâ, l’autre Contra sectas earumque otium et hypocrisim ac rapacem mendacitatem.

Cet opuscule a été traduit en allemand, 1524, in-4°; puis en français, mais avec des retran— chements,sous ce titre : Déclaration de la reigle

(1) Ce catalogue est emprunté à l'ouvrage de MM. Ha sur la France protestante, et à l'étude de M. le professeur Baum, sur Lambert.

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