‹ Lambert DaneauChapitre 25 sur 136 · Voy. ci-dessus, p. 36, a. i · texte numérisé non relu

Voy. ci-dessus, p. 36, a. i

Nous ignorons les noms de ceux qui furent massacrés.

Voici les noms de quelques-uns de ceux qui se réfugièrent à Genève. Cette liste est certainement incomplète, puisque Daneau n'y figure que comme témoin certifiant l'identité d'un autre réfugié, et qu'il était pourtant arrivé à Genève avant le 10 octobre 157^, ainsi que nous en donnerons la preuve dans un prochain chapitre. Ajoutons que ces Registres des Réfugies étant fort mal écrits, il se pourrait que malgré nos efforts nous eussions mal lu tel ou tel nom.

157^. Septembre à décembre. Jean Rouget, François de Gosteires , praticien et notaire d'Autry, près Gien; Jacques Boulon ; Barnabe Fousset; Savary Hamart(L. Daneau, témoin); Adam Durand, marchand de soie.

i573. Janvier à juin. Etienne Havet; Denys Armenaud, ministre à Gien; Nathanaël Flété; Guy Treppereau; Pierre Boulard; Sylvain Garnier, constellier.

En ce qui concerne Daneau, il dut s'enfuir précipitamment et perdit à cette occasion, et pour la seconde fois, ses livres et quelques-uns de ses manuscrits. 11 s'en plaint dans une*lettre à Josias Simler, du 23 mars 1576 (Cf. lettre n° 29), où il dit aussi que les continuelles agitations, les guerres incessantes qui se sont succédé pendant les douze années de son ministère lui ont fait perdre le fruit de bien des lectures.

Daneau ne devait pas revenir à Gien comme ministre, mais il paraît y avoir fait quelques voyages. Il y revint môme dès le commencement de l'année 1573 *. On l'y trouve encore vers le milieu de l'année 1574 ". Peut-être cherchait-il à recueillir les débris de sa fortune presque perdne (Cf. lettre n° 30).

1 . Le 1" janvier. Voy. la dédicace de son ouvrage : Elenchi Haereticonmi, etc.

2. Le 28 mai, Daneau écrivait, à Gien, la dédicace à Fr. Daniel de son Traité des Sorciers. Ce traité fut aussi publié en latin. La dédicace au lecteur est également datée de Gien, et elle a été écrite le 1" juillet 1574.

Son ancienne église le redemancTa pourtant. Voici une note tirée des Registres de la vénérable Compagnie des pasteurs de Genève, qui le constate en même temps qu'elle indique la raison qui l'empêche de se rendre à cet appel.

6 juillet 1576. Aussi M. Daneau a proposé que M. de Bèze avait reçu des lettres de l'église de Gyen, laquelle aussy luy avait escript aux fins qu'il s'en retournast avec le messager venu exprès. De quoy il se serait excusé sur son indisposition, laquelle l'empesche de pouvoir plus servir au ministère, espérant que son église se contentera de sa réponse bien fondée et

très raisonnable

L'église de Gien dut effectivement renoncer à Daneau. On a vu plus haut que M. de Fontaines y fut envoyé.

Au reste elle fut rapidement reconstituée. Nous allons emprunter à l'un des ouvrages déjà cités de Jean Bruneau {Lettre aux catholiques de Gien) un dernier fragment qui en donne la preuve.

Après sa « réversion », Jean Bruneau fit entendre aux principaux de ladite religion prétendue réformée, « qui estoient tous effarouchez et estonnez » de cette réversion, qu'il était « prest amiablementde conférer avec leurs ministres, ou autre

d'entre eux des causes de mad. réversion Ce que l'un mesd.

amys feit, mais au lieu de vouloir par eux entrer en conférence avec moy et m'ouyr soit de vive voix, ou par écrit, entrèrent en invectives et malédicences, excogitants toutes choses faulses pour rendre mad. réversion odieuse à ceux de leur party, de peur qu'ils ne fussent touchez de quelque désir de m'ouyr ou devoir ce que j'en avoisescrit. Et lors les Princes de leur Synagogue qu'ils appellent ministres anciens et diacres, desquels est composé leur Consistoire députent J'un d'entre eux auquel il donne charge de m'appeler aud consistoire. Je remonstre à cet adjourneux et chicaneux (comme ils appellent les prestres qui citent par-devant les officiaux) que je ne recognois-

sais luy pour ancien, ni son c(insisLoire pour consistoire. Estant néantmoins prest à luy et à ses ministres faire entendre de vive voix ou parescritles causes de mad. réversion, je ne compare à cette assignation ; au moyen de quoy ils donnent défaut t à leur mode et font réciter ou réadjourner sur led. défault pour le prouffict duquel ils me prétendent excommunier, si ja ne l'ont fait ; mais en toute ceste procédure ne m'a esté donnée coppie d'exploit et n'a esté pris aucuns record, ce qui semblait toutes fois estre requis, et cela est cause que je ne puis vérifier l'abus manifeste et malversation qu'ils commettent contre les Edicts et Ordonnances du Roy, et contre la requeste qu'ils ont longtemps a présentée, par laquelle ils requièrent avoir la liberté de leur conscience », etc.

Cette Lettre est du 20 avril 1578 ; mais le ton général laisse supposer un fonctionnement régulier de l'Eglise réformée de Gien, et permet par conséquent de faire remonter la reconstitution de cette Église à trois ou quatre ans plus haut, soit vers 1574 ou 1575. Il est môme possible que Daneau, pendant tel ou tel de ses séjours, y ait contribué ^

Avant de quitter l'Église de Gien, nous devons encore mentionner quelques personnages cités par l'abbé Vallet. Ce seront d'abord le vice-bailli Girard et le lieutenant général Fortet. Le premier, remarquable par sa cruauté envers les prêtres, avait, lui aussi, à l'instar du capitaine La Borde, enterré des prêtres tout vifs, coupé la tête à plusieurs autres, et renouvelé le jeu des martyrs. On comprend sans peine qu'une aussi tragique histoire ne pouvait être employée seulement une fois contre les huguenots. Mais ce qui étonne davantage, c'est que l'abbé Vallet n'ait pas réfléchi au nombre prodigieux de prêtres qu'il faisait égorger par les réformés dans un même endroit, et qui, surtout après le départ des minimes, ne

i. Voy. lettre 26.

pouvait aucunement correspondrô au nombre réel, évidemment beaucoup plus restreint. Le lecteur voudra bien remarquer encore que dans les divers récits de tous ces abbés et chanoines, il est toujours question de prêtres martyrisés, et pour ainsi dire jamais de laïques. Or si les réformés ne martyrisèrent point de laïques, cela ne prouve assurément pas qu'ils ne tuèrent point de prêtres, mais c'est une présomption en leur faveur contre les récits que nous avons rapportés. On se figure difficilement, en effet, tant de modération unie à tant de cruauté. A moins pourtant que les ecclésiastiques historiens dont nous parlons n'aient pas jugé digne de leur attention, ni digne de mémoire, le martyre subi par de simples laïques.

Au contraire le lieutenant général Fortetse convertit*, et il aida de ses propres mains à réparer ou à reconstruire les églises démolies durant les troubles. Les minimes, en particulier, eurent une grande part à ses faveurs. Aussi fut-il surnommé : le Père des minimes.

L'abbé Vallet cite encore parmi les convertis un certain marchand, nommé Jérôme Duport, et enfin l'avocat Jean Bruneau.

Nous n'avons plus maintenant, et avant de terminer ce long chapitre, qu'un seul nom à citer. C'est celui d'une dame Charrié que les catholiques jetèrent dans la Loire en octobre 15.68 parce qu'elle aimait mieux mourir que renoncer au calvinisme.

Et puisque nous avons eu à parler d'une manière peu favorable, comme valeur historique, des Notices de l'abbé Vallet, qu'il nous soit permis, pour montrer que l'homme valait mieux que l'ouvrage, de citer les réflexions dont il fait suivre ce qu'il raconte de cette dame Charrié : « Ne valait-il pas mieux, dit-il, la laisser vivre pour lui donner le temps de se convertir, et est- ce être catholique que de précipiter dans l'abîme , d'après

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