FECIT
Ils constituent donc un témoignage de la présence de Lombard à Rome en 1538. Nous trouvons dans ce recueil d'assez nombreuses études d'après les marbres antiques ; les dessins d'un torse, vu de face et du dos; une figure féminine acéphale, drapée ; un croquis au trait du groupe de
Laocoon ; deux grandes études à la sanguine d'après une statue de femme acéphale, très fermement dessinées ; un croquis de deux figures de femme et de vases avec la mention : Algardino del Cardinal di la vallo in roma. D'autres statues dessinées à la sanguine, en grand format, très soignées, appartiennent à cette même catégorie ; parmi ces dessins l'un porte cette note de la main de Lombard : Semele statua di marmo al Jardina del Cari Cœsis in Rama , il quel statua e Maggiore che il vivo. Cette statue est dessinée de deux côtés. Sur un autre croquis représentant trois figures drapées qui se trouvent près d'une statuette posée sur un socle où l'on voit en bas-relief la louve allaitant Romulus et Remus, on lit la note suivante :
De lare de Constantin à Rome,
Puis des croquis de médailles, de camées, de basreliefs, etc., appartenant sans aucun doute à la catégorie des études faites en Italie.
Je trouve dans ce recueil plusieurs dessins faits évidemment d'après des manuscrits du moyen âge, peintures murales ou peintures de manuscrits. Une série de dessins à la plume se rapporte à la légende d'un saint évèque, peut-être saint Nicolas de Myre, ou de Lazare venu à Marseille avec sainte Madeleine. On retrouve, même dans cette reproduction un peu sommaire, le caractère archéologique de l'œuvre originale qui doit appartenir au xiii* ou au xiv* siècle. Deux figures drapées, à peu près de même style, sont accompagnées d'une note très effacée, où l'on peut lire cependant : Queste figure sono a sinistra in un monasierio Dy stato benedictini, etc. Une figure isolée, dans le costume des
ducs de Bourgogne, appartient au même ordre de dessins. Quelques études sont copiées d*après les maîtres de la première renaissance. Parmi celles-ci il y a lieu de remarquer : croquis d'Adam et d'Eve chassés du paradis terrestre, d'après la peinture de Raphaël aux loges du Vatican ; une sainte Cécile, inspirée de la peinture du même maitre, conservée au Musée de Bologne ; Apollon et les Muses, croquis élémentaire d'après la peinture des Chambres du Vatican; une figure de vieillard, de l'Ecole d'Athènes, couché sur les marches du temple et absorbé dans l'étude d'un problème (Diogène). Après ces études faites sur les œuvres de Raphaël, il convient de citer une sainte Famille, dessinée à la plume, assez soignée ; le socle sur lequel est posé l'Enfant Jésus porte cette indication : tyciano
INVETOR
Aucun des croquis d'après les maîtres de la renaissance ne porte de date, ni de signature.
Les dessins par lesquels l'artiste cherche à fixer sa pensée en vue de ses peintures et des travaux auxquels il compte donner une forme plus complète, semblent nombreux dans ce recueil. Ce sont tantôt des compositions, croquis encore informes, destinés à indiquer les places des groupes et des figures, tantôt des dessins plus arrêtés de l'ensemble du tableau à exécuter, ou bien encore l'étude de figures et de groupes isolés. Voici ceux de ces dessins qui semblent particulièrement intéressants :
1. Un dessin représentant /a Flagellation^ dans lequel on voit, au premier plan, un prêtre à genoux, les mains jointes. Il est sous le patronage de saint Lambert, debout derrière lui, en costume épiscopal. Je crois y reconnaître le premier jet d'une peinture, peut-être un
volet de triptyque, dont le prêtre, représenté dans l'attitude de la prière» était le donateur.
2. Composition lavée au bistre et dessinée à la plume, d'un grand nombre de figures, représentant Melchisédech offrant du pain et du vin en présence d'Abraham, qui, suivi d'une foule de guerriers, assiste, agenouillé, à cette offrande. Ce dessin est signé Lambert Lombard,
3. Croquis du Christ dépouillé de ses vêtements, et des soldats jouant sa tunique aux dés.
4. Deux sanguines représentant une femme à genoux, un bourreau tient le glaive prêt à lui traucber la tête (martyre de sainte Catherine). Dans l'un des dessins, le bourreau tient le glaive de la main gauche. C'est sans doute cette erreur qui a porté l'artiste à refaire exactement le dessin en contre-épreuve, traité avec un peu plus de soin dans les détails que le premier.
5. Joli dessin représentant un prêtre à genoux, sous le patronage de saint Jérôme accompagné du lion, son attribut; projet d'un volet de triptyque.
6. Deux croquis du Christ descendu de la croix sur les genoux de la sainte Vierge ; l'un de ces dessins est signé Lamb, Lombard,
7. Descente de la croix, sanguine. Le corps du Cbrist repose sur les genoux de sa sainte Mère ; sainte Madeleine baise les pieds du Sauveur, tandis que d'autres figures s'empressent autour du divin crucifié. Dessin plein de noblesse, mais gâté par de stupides contours à la plume tracés par une main maladroite.
C'est un premier jet de la composition peinte à fresque à l'église Saint-Paul, dont j'ai retrouvé les vestiges en 1875.
8. Crucifiement. Dans la région supérieure mais au second plan, on voit le Christ en croix, et, à sa droite le bon larron ; la figure du mauvais larron y était dessinée d'abord ; elle a été efiacée ensuite, le dessin ayant été remanié et offrant de nombreux repentirs; un groupe de cavaliers entoure la croix.
Plus bas, dans une zone inférieure où les figures sont dessinées dans des proportions plus grandes, la Sainte Vierge évanouie est soutenue par un groupe de femmes qui l'entourent. L'une d'elles
dans laquelle on reconnaît sainte Madeleine, se détourne pour contempler le Sauveur en croix. Une figure d'homme debout et presque vu du dos, semble diriger ses regards dans le même sens. Tout au bas du papier, Tartiste a repris d'une manière très sommaire, en le modifiant, le groupe des saintes femmes et de la Vierge. Ce dessin porte les traces de carreaux qui ont servi au transport, et, sans doute, à l'agrandissement.
Ce thème des femmes s'empressant autour de la Vierge évanouie, se retrouve un grand nombre de fois dans les dessins de Lombard.
Je ne m'arrêterai pas à signaler les scènes d'apôtres ni d'autres figures isolées qui se rencontrent dans ce recueil, mais il me semble intéressant de noter une composition dont il n'existe plus qu'un fragment, le reste ayant été déchiré; c'est un croquis de la Calomnie d'Apelle, ce sujet auquel Raphaël, Biccio, Albert Diirer et tant d'autres peintres se sont essayés et qui, deux siècles plus lard, devait inspirer G. Lairesse. Dans le croquis de Lombard, les noms des figures allégoriques sont indiqués calomnia, invidia, innocentia, frauda...
Il faut encore noter quelques fragments particulièrement intéressants par le soin que l'artiste a mis à les traiter, des groupes sur lesquels il étudie certaines parties de ses peintures, sans pour cela avoir recours au modèle vivant. Il y a lieu de remarquer parmi ces études :
Deux figures drapées (dessin à la plume et au bistre) paraissant causer avec animation. On y lit la date 1552 L. L.
Deux jeunes gens tenant des urnes; détails d'une étude pour les noces de Gana? Sous l'une des urnes on lit 1552, Lambertus
Lombard
A la plume et lavé de bistre.
Deux hommes drapés qui, s'appuyant sur un tronc d*arbre, causent ensemble. Beau dessin à la plume et au bistre, très vivant et très ferme. Les figures ont 37 centimètres de hauteur. L'artiste ne s'est pas contenté de cette étude; un second dessin reprend, à peu près exactement, la plus importante de ces deux figures.
Un personnage lisant. Dessin daté et signé 1533. L, Lomb.
Un groupe de femmes occupées à recueillir des objets qui se trouvent à terre (les Israélites recueillant la manne au désert?), derrière elles des hommes et des bêtes de somme portant des sacs et des récipients divers.
Deux figures, Tune debout, Tautre représentant une femme prosternée comme une Madeleine au pied de la croix ; dessin à la plume et au bistre.
fecit.
Passons à la catégorie de dessins que Ton peut regarder comme des études faites sur nature ; elles sont assez rares dans Fœuvre connue du maître.
1. Très jolie académie d'un jeune homme assis, dessin à la sanguine, évidemment d'après nature ; d'une intelligence des formes et d'une sûreté de crayon remarquables.
2. Deux figures d'hommes nus, derrière lesquelles s'en trouve une troisième drapée ; ces figures ont été dessinées sur papier brun, à la plume d'après le modèle vivant.
3. £tude pour une figure de l'apôtre saint André; dessin très étudié de Obo20 de hauteur.
4. Portrait d'un homme vu de face à peu près. Ce dessin est signé L. L. /.
5. £tnde à la sanguine représentant un bras, évidemment dessiné d'après nature, dans des mouvements peu variés; l'artiste cherchant l'attitude qui répondait le mieux à sa pensée.