‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 12 sur 42 · L APOTRE · texte numérisé non relu

L APOTRE

de l'âme, et la paresse matérielle ou lâcheté du corps. L'âme et le corps, engourdis parla volupté, se complaisent dans le sommeil et refusent à Dieu un pas et une pensée, s'ensevelissant dans un tombeau plus dilTicile à ouvrir que celui de Lazare.

SEPTIÈME EMIŒTIEN

IIUMILITI;. — LA POLITESSE « MASQUE DE L llUMlLITi: ». — TROIS SORTES d'iIUMILITK. — l'iIUMILIIK, « c'eST TOUTE LA VIE CHRÉTIENNE ».

Nous avons vu que le péclié, sous toutes ses formes, prenait toujours sa racine dans l'orgueil. Si donc nous voulons éviter le niai, nous devons baser notre vie sur le principe opposé et faire de riiuniilité la règle invariable et universelle de toutes nos actions.

Si l'orgueil était sans frein, s"il pouvait se développer librement au dehors, toute société deviendrait impossible ; les hommes, emportés par celle passion envahissante, seraient sans cesse en état de lutte et s'entre-détruiraient.

Aussi la société s est-elle efforcée de paralyser l'action funeste de l'orgueil, non par l'humilité elle-môme ( le monde n'est point dans la vérité\

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mais par la ressemblance de l'humilité : la politesse. Elle en a fait comme une loi qui réprime les saillies de l'amour-propre, le contraint ù se déguiser, à s'effacer, à se sacrifier quelquefois pour la plus grande facilité des relations sociales, et a donné pour sanction à cette loi le ridicule, qui poursuit impitoyablement l'orgueil grossier et maladroit.

Mais la politesse n'est pas une vertu, c'est un voile tiré sur l'orgueil qui joue son jeu derrière et intrigue sous le masque, n'osant agir ù visage découvert.

Le chrétien, qui sait que l'humilité ne consiste pas en de vains dehors, mais dans la répression intime et sévère de l'orgueil, ne s'en tiendra pas à la pratique menteuse des conventions du monde. 11 fera un premier pas dans l'humilité en acceptant intérieurement, et sincèrement cette loi générale qui réprime l'amour-propre et s'exercera ensuite dans des rencontres particulières à combattre son ennemi.

Ce monde est plein d'amertumes et de contradictions.

Il ne se passe pas de jour où l'homme dont la vie est la plus paisible et la mieux abritée n'éprouve quf'hiuo froissement, quelque mortification, et pour peu qu'un s'engage dans le monde, ces épreuves abondent et se multiplient, à mesure <iue le cercle de nos rapports s'agrandit.

Celle source inépujsE^ble do souITrances pour

GG LAMliNXAlS A LA CUK.NAlt:

l'amour-propre devient un trésor de mérites pour le chrétien qui sanctifie ses épreuves par Tlmmilité, et réprime son orgueil en lui défendant tout murmure, toute révolte contre ses soulTrances. Cette sainte résignation aux épreuves de la vie est le second degré dans la pratique de l'humilité.

Mais les Saints ne se sont pas contentés de celte vertu passive.

Ils savaient que la perfection chrétienne consiste dans le plus grand développement de l'humilité, et, pour arriver à cette perfection, ils allaient audevant des humiliations, des mépris, des souiïrances de tout genre.

Nous sommes trop loin delà vertu éminente des Saints pour sortir comme eux des prati(iues ordinaires et nous dévouer aux cruelles épreuves qu'ils ont f mhrassées. Mais nous ne devons pas renoncer pour cela à les imiter.

La pratique constante de l'humilité dans les petites choses fortilie l'âme et atTaiblit d'autant la puissance de l'orgueil. L'âme croissant ainsi insensiblement en force et en courage peut se mesurer cha(jue jour (avec) des ditlicullés nouvelles, et s'élever graduellement à la plus haute humilité.

L'humilité, c'est toute la vie chrétienne; c'est la lutte générale contre le principe mauvais dans toutes ses transformations.

L'orgueil étant le père du mal i le principe de tout

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péché fi] ), il ne peut y avoir de salut que dans la victoire remportée sur l'orgueil, et celte victoire ne peut être remportée que par le principe opposé, l'humilité.

C'est pourquoi nous disons que l'humilité embrasse toute l'étendue de la vie chrétienne.

Il n'y a (donc) pas à balancer entre ces deux chefs, rOrgueil et l'Humilité, la Chair et l'Esprit, Satan et Michel. (Quis ut Deus?) Il faut prendre généreusement son parti, et ne point flotter entre ces deux rivaux : il n'y a pas de vertu dans l'irrésolution.

Et qui sait si, au dernier jour, Dieu trouvera l'homme flottant plus près de lui que de Satan?

Embrassons donc l'humilité résolument et efforçons-nous de nous anéantir nous-mêmes, (en vue) de celui qui (étant le Très-Haut) a bien voulu s'anéantir pour nous : Exinanivil semelipsinn, formam servi accipiens (2).

(1) Inilium omnis peccali est superbia. 'Eccli., x, 15.) (2/ Philip., n, 7.

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