‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 2 sur 42 · INTRODUCTION VII · texte numérisé non relu

INTRODUCTION VII

Cinq ans plus tard (septembre 1833), Lamennais dut résigner ses fonctions de supérieur général ; il quitta même la congrégation qui dès lors ne fit plus guère que languir, son frère qui lui succéda n'ayant pas, en dépit de ses qualités éminentes, ce qu'il fallait pour le remplacer.

Bientôt la Société de Saint-Pierre fit place à celle des Missionnaires diocésains ou Prêtres de rimmaculée-Conception. Le beau rêve était évanoui.

J'invite le lecteur à ne point perdre de vue cette situation spéciale de Lamennais. Durant les cinq années qu'embrasse cette publication, nous avons alFaire, non pas seulement à un prêtre, mais à un religieux, à un chef d'ordre qui est, en même temps, maître de novices. A part quelques exceptions, Montalembert entre autres, tous les jeunes gens réunis à La Chênaie, pendant celte période, se destinent au sacerdoce et sont d'ores et déjà affiliés à la Société de Saint-Pierre.

Cette publication se divise en trois parties. On étudiera successivement le Père, l'Apôtre, le Moraliste.

Pour étudier le Père, j'utiliserai les souve-

Mil ÎNTnODUCTION

nirs de Maurice de Guéria et de Dubreil de Marzan; j'invoquerai aussi les témoignages de Dom Guéranger, des abbés Blanc et Houet, mais par-dessus tout je reproduirai les passages les plus saillants de la correspondance Lamennais-Bore que Ion pourrait intituler : « Dialogue entre l'amour paternel et l'amour filial. » Les habitants de La Chênaie formaient une famille d'élite dont tous les membres étaient unis par les liens les plus étroits ducœur, outre les liens religieux,

Mais elle était du monde où les plus belles choses Ont le pire destin,

dirai-je avec le poète.

Le Père nous conduira à l'Apùtre qui du reste ne s'en sépara jamais. Apùlre, Lamennais l'était alors dans toute l'acccplion du mot, et il voulait jue chacun de ses disciples le fût aussi. De là ces enseignements sublimes dont M nourrissait leur âme, en même teuq)S(|ue leur intelligence. Ces jeunes llammes .illumées à la sienne devaient, dans son intention, projeter partout la lumière de la foi, et répandre le feu de la charité évangéli(|ue jusqu'aux extrémités

INTRODLCTION IX

du monde, et non pas seulement jusqu'à celles de l'Europe.

Chaque année, avant la reprise des études, quand la petite famille, dispersée lors des vacances, se trouvait de nouveau réunie, Lamennais lui faisait faire une petite retraite et lui adressait de courtes allocutions dont celles qui suivent sont le spécimen. Je les ai publiées, une première fois, avec une foule d'autres documents inédits, provenant de la succession de M. llouet, le dernier survivant de l'école de LaCliènaie. Ces E/itrelic/is sur la vie spirituelle ayant été très goûtés, je les détache de cette masse de documents où il sont comme noyés, pour les placer dans leur vrai cadre et leur donner le relief qu'ils méritent.

Pour dessiner le moraliste, je me suis borné à glaner, çà et là, dans des lettres, la plupart inédites, adressées à dos personnes qui recouraient à Lamennais pour apprendre de lui, qui était si peu homme du monde, à se guider dans le monde, et en général dans la vie. Plus d'une fois, il lui est arrivé de donner les mômes conseiU. (Imiis les mêmes t<M'me>^, à des gens (|iii

iN.t. .r s,.,n.;,u, ce lue ^eillJJlO, a s> un étouner.

INTRODl'CÏION

Même lorsqu'il laissait sa plume galoper, la bride sur le coti, suivant une expression de M""= de Sévigné, et c'est ce qu'il faisait le plus habituellement dans sa vaste correspondance, alors qu'il écrivait en moyenne, d'après son propre témoignage, une quinzaine de lettres par jour, les phrases se présentaient toutes faites et il n'avait aucun scrupule à redire dans une lettre ce qu'il venait d'écrire dans une précédente, ni à employer les mêmes formules. C'est ce dont se convaincra quiconque prendra connaissance de cette correspondance volumineuse. Lamennais ne sut jamais improviser qu'en parlant ou qu'en écrivant à des amis, mais alors il devenait un virtuose incomparable.

Comme la plupart des lettres, sinon toutes, d'où j'extrais les réflexions morales qui forment cette troisième partie, sont datées de La Chênaie, le titre que je prends me parait pleinement justifié. C'est bien le « Lamennais à La Chênaie » que j'étudie, durant son généralat, si peu connu jusqu'ici, c'est-à-dire durant les cinq années les plus fécondes, et par là même les plus belles de sa vie. Je dis les plus fr coudes, car les germes déposés, durant ce laps de temps, dans les

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