‹ Lamennais à La ChênaieChapitre 26 sur 42 · CHAPITRE XVIII Pardon des injures · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII Pardon des injures

Pardonnez, pour qu'on vous pardonne, remettez pour (pion vous remette, car l'heure de rendre compte viendra, et comme vous aurez traité vos frères ainsi serez-vous traité. Une oHense, un tort vous irrite, vous blesse; il est là toujours devant vous dans votre souvenir implacable : Eles-vous donc si pur que vous n'ayez aucune dette semblable envers l)icu?

Qu'auriez- vous à répontlre lorsqu'il vous interrogera sur vos œuvres? Vous a-t-il commande d'en

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chercher la règle dans les mauvais trésors de votre cœur, l'orgueil, la rancune, l'insatiable cupidité, ou dans les saints devoirs d'un amour mutuel, dont le fruit est la paix...?

A la charité qui compatit vous substituez l'intérêt sordide, l'égoïsme qui se renferme en soi et pour qui la soufirance d'autrui n'est rien près d'un peu d'argent.

Quel prétexte ne vous suffit pas pour manquer de commisération, pour être sourd au cri du besoin, pour refuser d'aider votre frère, pour exiger de lui ce qu'il ne saurait payer? — 11 me doit. — C'est vrai, il vous doit selon la loi humaine. — Donc qu'il me livre son dernier vêtement, sa dernière dragme, dùt-il ensuite mourir de faim avec sa femme et ses enfants. — Ah! vous réclamez contre lui la loi humaine; vous l'en écrasez.

Soit, mais aussi, demain, le Juge vous courbera sous le poids de la loi divine. Croyez-vous donc que la voix du pauvre ne monte pas jusqu'à lui? Croyez-vous donc, quand vous le dépouillez, quand vous le chassez du réduit misérable que vous, riches, vous lui vendiez au prix de ses sueurs, quand vous le jetez sur la voie publi(jue, exposé au vent, à la pluie, au froid qui torture et qui tue, croyez-vous donc que tout soit fini, (jue ce mot : Ccsl mon droit, satisfasse à l'éternelle justice?

Un jour, qui n'est pas loin, vous viendrez, nus aussi, demander à êiro admis dans la demeure du

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Maître, demander qu'il vous remetle ce que vous lui devez, et le Maître dira : « Point de pitié pour celui qui n'a point eu de pitié! qu'on le livre aux exécuteurs, jusqu'à ce qu'il ait payé toute sa dette. »

CllAI'lTHE XIX Le mauvais riche

Viens, riche, et dis-nous ce que tues; dis-nous, si tu le sais, pourquoi cette sorte de réprobation prononcée contre toi par le Christ? Quoi, tu auras accompli les commandements, satisfait au précepte de justice, et néanmoins le royaume des Cieux te sera fermé?

Pour que l'entrée t'en soit ouverte, il faut que tu fasses plus encore? Oui, sans doute, il faut que tu fasse plus. Est-ce que la justice est tout? Est-ce que ses devoirs sont les seuls devoirs! La charité n'oblige-t-elle à rien? « Si votre frère et votre sœur sont nus, s'ils manquent de nourriture, et que quelqu'un de vous leur dise : Allez en paix, el puissiezvoiis être réchauffés el rassasiés, et cependant ne leur donner pas ce qui est nécessaire à leur corps, à quoi servira ce vœu stérile? Tu crois en Dieu, c'est bien; les démons aussi croient, et ils tremblent. Ce sont les œuvres qui justifient. Et maintenant, riches, pleurez et hurlez dans les misères qui

VOUS adviendront; car vous avez thésaurisé la colère pour vos derniers jours (1). »

Comprenez donc la parole du Christ, comprenez que la richesse fascine, endurcit, dessèche dans le cœur les sources du bien; qu'elle n'est donnée que pour la répandre; qu'autrement, c'est la vie de son frère qu'on ravit et qu'on s'approprie.

Et comme la richesse saisit l'homme parle fond de ses entrailles, s'incorpore à lui de telle sorte que bien rarement a-t-il la force de s'en diHachcr, malheur, malheur au riche 1 11 vient à Jésus, il est prêt à tout, aucun commandement ne l'effraye, il a obéi à la loi depuis son enfance : que lui manque-t-il? Une seule chose, l'amour. Jésus lui dit : Que votre richesse soil aussi celle du pauvre^ et il s'en va, triste, parce qu'il possédait de grands biens.

Il s'en va. Où? i.à où s'en alla le premier fratricide.

CI1.\PIÏRIÎ w Société nouvelle

Près de consommer sa mission, Jésus annonce une société nouvelle, et en pose les fondements. Les penjjles, jusqu'à lui, possession d'un ou de plusieurs maîtres, leur appartenaient comme autant

(J) Cf. S^ùnt Jiiotiues, lï,

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de troupeaux. Partout la tyrannique domination de quelques-uns, la servitude des autres, opprimés au nom de la force, ou sous le prétexte insolent d'une supériorité de nature. Princes et grands pesaient sur tout le monde de tout le poids de leur orgueil et de leur rapacité. Jésus vient mettre un terme à ce profond désordre, il vient relever ces têtes courbées, affranchir ces multitudes esclaves...

G U A P I r R E XXII Foi, Amour

Une se peut rien de plus formel que les paroles de Jésus-Christ touchant les deux préceptes qui renferment toute la loi : et cependant combien peu ont-elles été comprises!...

Comment accomplir la loi sans y croire, sans croire à la réalité, à la sainteté des devoirs qu'elle impose? Comment l'amour de Dieu, d'où dérive l'amour du prochain, serait-il possible sans la foi en Dieu .^

La foi et l'amour sont inséparables; qui ne croit point n'aime point; qui n'aime point est mort à tout bien...

Élargissez vos cœurs, et vous serez vraiment les disciples de Jésus. U n'est point venu pour expliquer... les secrets de la création; il n'est point venu pour enseigner la science qui se développe

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incessamment et se développera sans fin par le travail naturel et continu de l'intelligence humaine unie à Dieu, source de toute lumière;, il est venu enseigner la loi de vie, qui n'est que la loi de l'amour, et donner l'exemple de son parfait accomplissement...

CIIAI'ITMK XXIII

Scribes et Pharisiens

Jésus, toujours si plein d'indulgence et de mansuétude, Jésus qui dit : Apprenez de moi, parce que je suis doux cl humble de cœur; Jésus que ne rebutait aucune infirmité, aucune faiblesse liumaine; qui, avec une divine tendresse et comme une sorte de préférence compatissante, appelait les pécheurs, pauvres âmes malades, pour los guérir par l'onclion de sa parole; Jésus s'indigne en toute occasion contre les Scribes et les Pharisiens, et, sans jamais tenter de les attirer à soi, n'a pour eux que des menaces, qu'un langage de colère et de dégoût. Pourquoi cela? Il l'explique luimême. Ne lisez-vous pas sur leur front ce mot : hypocrites?

Docteurs de la loi; ils corrompent la loi, réduite à une lettre morte, à des pratiques stériles; ils on détruisent la substance, l'esprit, couvrant d'un voile sacré leurs passions mises à l'aise, leur-; convoitises de toute espèce, leur orgueil, leur

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rapacité, et détournant les hommes du droit chemin.

Après s'être, dans leur cœur, séparés du vrai et du hien, leur intelligence s'obscurcit, et c'est leur premier châtiment. Ils perdent la lumière qu'ils ont cachée aux autres.' Leur conscience éteinte, ayant cessé de les éclairer intérieurement, ils s'égarent toujours plus, s'aiïermissent dans l'erreur et le mal, et y reposent tranquilles.

C'est pourquoi rien ne saurait ranimer en eux la vie dont ils ont étouilé jusqu'aux germes! Osnemenls de jnorts, comme les nomme Jésus.

A cette race perverse qui tue les Prophètes, flagelle et crucifie, au nom de Dieu, les envoyés de Dieu, il annonce le jugement près de descendre sur elle; il lui crie : Malheur! Car voici venir le jour où il lui sera demandé compte du sang du juste, iprelle a versé...

cuAi'iïRr: XXV L'amour de Dieu et du ijrochain

Comme on le verra dans saint Luc, l'Évangile commence en annonçant la paix aux hommes de bonne volonté, à ceux qui veulent le bien et qui l'accomplissent, suivant les lumières qu'ils ont reçues dans la droiture de leur conscience.

Jésus, ensuite, enseignant sa loi, simple déve-

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loppemcnt de la loi aiiiifjuc, car la vérité ne change pas, laréduit àdeux points qui la renferment toute : l'amour de Dieu, l'amour du prochain. Celui donc qui aime Dieu et le prochain, et agit selon cet amour, celui-là remplit fidèlement la loi; celui-là est vraiment l'homme de bonne volonté à qui la paix a été promise.

Ce qu'ajoute à ces deux préceptes la prédication du Sauveur, n'en est qu'une explication. Il les applique aux relations de la vie, aux circonstances qui se présentent chaque jour ; il en déduit le détail des devoirs, et montre par des exemples comment on les viole.

Quoi de plus clair que cette doctrine, si nettement exposée, inculquée par tant de manières par Jésus? Que laisse-t-elle à désirer? Quelle confirmation? Quelle sanction dernière? Cependant une parole suprême y va comme apposer un sceau définitif. Vous avez entendu le Législateur, entendez maintenant le Juge.

Voilà tous les hommes rassemblés devant lui, attendant leur sentence. Que leur dit-il? 11 les interroge sur leurs œuvres, sur les œuvres de miséricorde, les œuvres de l'amour. Par elles s'opère le discernement des bons et des mauvais. Vous avez aimé et servi le prochain, inissez à la droite; vous l'avez délaissé dans ses nécessités, ses misères de toutes sortes; passez à la gauche...

RKFLIiXIONS Sun LCS KVANGILES 201

CIIAI'ITRE XWI

Passion du Christ

A la fin du chapitre suivant, où. s'achève le récit de la Passion du Christ, nous lâcherons d'indiquer quelqu'une des grandes instructions quelle renferme.

Mais qui déjà ne se sent ému, jusqu'au fond de l'âme, du prix que reçoit de ses hienfaits, de son inénarrahle amour pour ses frères, le Jcste par excellence ; delà froide cruauté de sespersécuteurs, de sa douceur inaltérable, de son calme surhumain, au milieu de ce qui briserait, à force d'iniquité chez les uns, d'ingratitude et de lâcheté chez les autres, le co'ur le plus ferme?

Jamais le monde n'avait vu, il ne reverra jamais rien de semblable. C'est ici le suprême degré d'élévation où l'on puisse concevoir qu'il soit donné à la créature d'atteindre. S'en rapprocher, quoique toujours de loin, sera désormais le travail de ceux qui aspirent avec le plus d'ardeur à la perfection.

Et néanmoins, comme pour les soutenir, comme pour encourager leurs efforts et leurs espérances, cette perfection leur est montrée sous les conditions de la lutte, du combat intérieur inséparable de notre nature infirme.

Aux approches de l'épreuve dernière, Jésus

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