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CHAPITRE X Le bon Pasteur

Celui qui dit : « Vous tous qui ployez sous le travail et l'oppression, venez à moi et je vous ranimerai ^), celui-là s'est fait, par une seule parole, le centre de l'humanité, car c'est l'humanité entière qui ploie sous loppression et le travail. Comptez, dans le genre humain, ceux. qui ne portent pas ce fardeau. Des milliers de créatures [sont] courbées vers la terre qu'elles mouillent de leurs sueurs et de leurs larmes que nul n'essuie.

Ces créatures déshéritées, ce sont les brebis du bon Pasteur; les brebis du Christ pour lesquelles il a donné sa vie.

Il les appelle, et peu à peu, à mesure qu'approchent les temps promis, on les voit, relevant la tète, écouter sa voix, la reconnaître et se préparer à le suivre. Il en viendra de toutes les bergeries, de tout peuple et de toute nation, car toutes appartiennent au bon Pasteur; il faut qu'il les amène.

Dispersées, séparées, elles languissent dans la vague attente de celui qui les conduira en des pâturages où elles ne seront plus aux mercenaires, qui, voyant le loup venir, les laissent là et s'enfuient; aux étrangers, (jui, sans autre souci que leur propre intérêt, l'assouvissement de leurs convoitises, font d'elles leur possession, se vêtissent

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de leur laine, se nourrissent de leur chair. Et en venant au bon Pasteur, en se rassemblant autour de lui, elles ne feront qu'un; il n'y aura plus qu'une seule bergerie et qu'un seul Pasteur.

Voilà le but, sur la terre, de la mission du Christ: faire de tous les hommes un peuple de frères, les unir entre eux en les unissant à Dieu, les constituer dans l'unité, sous les lois saintes de la liberté, qui est le principe du progrès sans fin, sans terme, de l'humanité; de l'amour, qui est la vie, l'éternelle vie de tout ce qui est.

CHAI'ITRE XI Lazare ressuscité

Tout ce que font contre la vérité les pouvoirs qu'elle inquiète, sert endélinitive au progrès de la vérité. Voyez les Pontifes et les Pharisiens ; en eux apparaît, d'une manière frappante, un des caractères les plus marqués des puissances qui déclinent, qui touclient à leur lin.

Un homme prêche une doctrine sur plusieurs points contraire à la leur, et cette doctrine, par sa pureté, par sa sainteté, pénètre comme d'ellemême dans la conscience du peuple.

Que vont-ils faire? Répondre à cet homme, essayer de le convaincre d'erreur, justilier leur propre enseignement i)ar une discussion sérieuse et

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sévùre? Non, ils injurient, ils calomnient le contradicteur et cherchent les moyens de lui imposer silence.

Ce même homme opère de nombreuses œuvres de miséricorde; il passe en faisant du bien à tous et les guérissant.

Sans doute au moins ceci les touchera, leur sera une raison d'examiner avec sincérité la doctrine rju'autorisent de tels signes? Il n'y pensent seulement pas; de ces signes mêmes et de l'effet qu'ils produisent sur la multitude, ils concluent qu'il faut se hâter de mettre à mort celui qui les fait.

Mais quel motif enfin d'une résolution si eflroyablement inique? Us possèdent une autorité qui leur soumet la nation entière; ils sont en possession du pouvoir, des honneurs, des charges; spirituellement, matériellement, la société est constituée à leur profit : voilà ce qu'ils veulent conserver à tout prix; et pour cela ne faut-il pas empêcher toute innovation, arrêter tout mouvement, prévenir tout ce qui tendrait à détacher le peuple de ses vieilles croyances?

Ne faut-il pas au^si songer aux Romains? On dépend d'eux et ils sont forts. Qu'arrivcraionf-ils si l'esprit de liberté nationale, venant à se réveiller, ils s'en alarmaient?

A tout cela les Pontifes et les Pharisiens ne voient qu'un remède: que cet homme meure! Il y

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a dans sa parole le germe d'un avenir menaçant pour nous; attachons avec lui cet avenir à un gibet.

Et le gibet a été dressé, et la Juste a expiré sur ce gibet, mais non l'avenir que redoutaient ses bourreaux. Lui, la justice inexorable, les a bientôt atteints.

Ils ont été broyés sous le pied de la Croix arrosée du sang innocent, et de ce sang est sortie une voix que les morts mêmes ont entendue, une voix dont la puissance, croissant de siècle en en siècle, crie aux peuples enfermés dans la tombe : Lazare, sors !

Et ils sortent.

CLIAI'ITRE XII Fécondité du sacrifice

Et maintenanl mon âme est troublée! 11 y a pour les plus fermes des heures d'abattement. On voit le bien, on le veut, on s'efforce de le réaliser, et ces efforts paraissent stériles, et, délaissé de ceux mêmes à qui l'on s'est dévoué, on ne recueille que la haine, la calomnie, la persécution.

Alors, du fond de Tàme, s'éciiappe ce cri : Père, sauvez-moi de cette heure. Et cette heure est l'heure d'agonie, l'heure où tout, et l'espérance même, semble s'évanouir dans une nuit funèbre; l'heure

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OÙ l'on sent peser sur soi la pierre du sépulcre. C'était là ce qu'éprouvait Jésus.

Seul au milieu du monde malade, aveugle, sourd, au milieu de ses disciples qui ne le comprenaient point, d'une foule grossière et indifférente, d'ennemis implacal}les qui, trompant le peuple, le soulèveraient bientôt contre lui, il avait devant soi le supplice, et c'était là le premier fruit qu'il devait retirer de sa mission. Voilà l'heure pleine d'angoisses de laquelle il disait : « Père, sauvezmoi de cette heure. »

Et toutefois, à ce même moment, contemplant en esprit ses tortures prochaines, et la croix, et la mort, il ajoute : « Mais pour cela je suis venu en cette heure. » Oui, pour cela sans doute, pour souffrir et mourir, et vaincre par la souffrance, et vaincre par la mort.

Eternel exemple à tous ceux qui viendront continuer son œuvre, il leur apprend qu'elle n'est féconde que par le sacrifice de soi, que celui qui sème ne moissonne point, que, s'il ne meurt, il demeure seul; mais, s'il meurt, il germe comme le grain jeté dans la terre et porte beaucoup de fruit.

Vous donc qui sentez votre âme se troubler, parce qu'on repousse voire parole, qu2 vous n'en voyez point l'effet, et que l'avenir qui devait sortir d'elle sera, ce semble, jeté avec vous dans le tombeau où les fils de Satan voudraient ensevelir la vérité elle-même, croyez au conlraire qu'à ce

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moment commencera le travail de vie, croyez pour cela vous êtes venus en celte heure.

Disciples de Jésus, vous n'êtes pas plus grands que votre Maître, il vous faut le suivre dans la route qu'il vous a frayée, accomplir le devoir pour le devoir même, et, sans ici-bas rien demander, rien attendre de plus, dire comme Didyme : Et nous aussi, allons et mourons avec lui.

Semez, semez toujours, sous le soleil brûlant, sous la pluie glacée; semez partout, dans les prétoires et dans les prisons, sur les écliafauds mômes; semez : la moisson viendra en son temps.

ciiAi-rriiE wii L'unité, but de la mission du Christ

Jamais d'aucune bouche humaine ne sortirent des paroles d'une si pénétrante onction, que cette prière du Christ, au moment où il va mourir. 11 semble qu'avec lui, (juillant la terre, on s'élève en ces régions sereines où les âmes, après le temps du labeur, se reposent des fatigues d'ici-bas.

Et cette prière, pleine d'une tendresse divine, voix dernière de Jésus déjà en esprit séparé des siens : Quaïid fêlais avec vous, dit-il, et loujours, et avoc uni' plus vivo soliiciludo. occupé dos siens; colle prière lin Fiisdo riM)m'no''s| ^ll(NtI■••'ar'(tll^^•ln■' umliuu Uo sua euseigiiumeiU,

KKKLKXIO.NS Sl'K LKS KVANGlLliS ii71

Le but final de la mission qui! a reçue du Père, le terme où elle doit aboutir est l'unité. Il faut que les hommes soient un; que, comme le Père et le Christ envoyé par le Père sont un, ainsi soient un les frères du Christ, envoyés aussi dans le monde, où par leur union avec le Christ ils seront le Christ même continuant sa mission, jusqu'à ce qu'elle soit entièrement accomplie, selon la volonté du Père. Et cet accomplissement sera la parfaite unité...

Donc tout ce qui divise, tout ce qui empêche ou retarde la formation de l'Unité, n'est pas duChrist, n'est pas de Dieu, appartient à ce que le Christ appelle le monde, le monde pour qui il n'a point prié.

Il n'a prié que pour les siens, pour ceux qui sont à lui, parce qu'ils sont au Père, et que le Père les lui adonnés, pour ceux qu'on reconnaît à cet unique caractère, l'amour qu'ils ont les uns pour les autres; car l'amour est ce qui unit et la loi de l'unité est la loi de l'amour; et comme l'unilé est la lin, le terme en Dieu de l'humanité progressive, l'amour est la lin, le tern""^ de toutes les lois, et la Loi suprême.

En elle est toute vérité comme toute vie, et c'est par elle que le Christ s'est sanctifié, afin que ses disci|)les soient aussi sanctifiés par elle...

Et ct'lto unili'î ([ui commence ici h.is se consomme uilleurs, duus cet aulre élal Uuul Jésus

Zl-Z APPENDICES

a dit: Ceux que vous m' avez donnés, je veux que là où je suis, ils y soient avec moi!

Allons donc avec foi, allons à Jésus, afin d'être tous ensemble, avec lui, avec Dieu, consommés en un.

CHAriTRF: MX

Voilà l'homme

Lorsqu'en montrant Jésus au peuple, Pilate dit : Voilà riioynme, il était loin de comprendre ce qu'il disait Oui, voilà l'Homme, l'homme véritable, et dans cet homme l'humanité entière. Il en est le chef par sa doctrine, le modèle par sa vie; il la résume en soi dans ce qui fait sa grandeur, dans ce qui la relie à l'œuvre de Dieu, et l'associe à son action au sein de l'univers.

Oui, encore une fois, voilà l'Homme. H naît dans une crèche, il meurt sur une croix, en prononçant cette dernière parole : Tout est consommi'! Car la mort consomme tout, parce qu'elle est le sacrifice, le don suprême de soi ; et rien n'est consommé qu'à la mort, parce que le devoir subsiste jusque-là, subsiste tant qu'il reste quelque chose à faire, quelque chose à donner.

Disciples du Fils de riiomme, ne croyez donc pas avoir accompli votre tâche, avant l'heure où le Père, suivant ses desseins que lui seul connaît, vous

rappellera; ne diles point avant cette heure : Tout est consommé !

Aussi longtemps qu'il vous estlaissé et quelque voix et quelque force, c'est pour parler ou pour combattre, pour répandre la bonne nouvelle et pour établir la vraie loi, pour hâter le moment où tous les hommes, unis par l'amour, vivant d'une môme vie, ne seront plus qu'un seul homm^e, l'Homme parfait, l'IIomme-Christ. Alors le repos vous sera permis, alors vous pourrez avec confiance, baissant la tète, rendre à Dieu l'esprit que vous avez reçu de lui.

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