RÉVÉLATION IMPORTANTE
Invariable de Fribourg, 19 et lo"" liv.
« Au séminaire de Saint-Méen, il y a vingt prêtres chareiés de l'enseignement des sciences et des lettres, ou, pour mieux dire, qui, sous le prétexte d'enseigner les lettres et les sciences, inculquent à leurs disciples les doctrines philosophiques et religieuses de VAvenir, et surtout le principe politique de la Souveraineté du peuple. Quant aux études littéraires, les romans étant la partie saillante de la littérature libérale, et l'expression la plus prononcée de la doctrine du progrès, non seulement MM. les professeurs en laissent lire à leurs élèves, mais ils ont soin de leur en procurer abondamment, afin de les tenir
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toujours nu courant du mouvement du siècle et à Li hauteur de la raison pubU<]ue. Et c'est sans doute aussi dans le même but que, dans la maison du Niivitiat, plusieurs heures sont employées tli;u|iic put il la lecture des livres des hérétiques li dt'i pliiliisoplies impics, ainsi que des journaux rfvdtuiiorinaires. Quant aux beaux-ans, on ne Ict culcivf ji;i.s avec moins de liberté, et dans IV'liidi' lie l;i musique, par exemple, chacun peut iliiliilft lous les airs et toutes les chansons qui lll> l'ouvienncnt. Eniin, excepté la danse et l'esiliiMc' qu'on n'y enseigne pas encore, rien ne Ut>iiii|Ui.' aux lOvites du progrès pour devenir des Ji'uiie-l'iiltiii' rtccomplis.
<i (x lihér.il système d'éducation n'emp6che |i(iuitiuu pas qu'on ne se montre très exigeant sur l'i'Miuilude des élèves à remplir, au moins exté-
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vance de cette partie du règlement, a-t-on adopté les principes de direction les plus relâchés. La morale du B. Liguori, jugée par ces théologiens trop rigoriste sur plusieurs points, a été considérablement adoucie par eux, et c'est avec ces retranchements et corrections qu'ils l'enseignent et la pratiquent, non seulement dans la maison de St-Méen, mais encore dans tous les collèges où ils donnent des retraites. Ils appellent cela liguoriscTy expression aussi fausse qu'irrévérencieuse envers le saint Docteur^ dont ils ont l'audace de compromettre le nom en altérant sa doctrine, que l'Eglise avait pourtant proclamée irrépréhensible.
« A Malestroit, maison du noviciat, il y a sept à huit prêtres, et communément de 15 à 20 ordinands ; toutefois le nombre de ceux-ci varie souvent. Les exercices de piété y sont réglés ainsi : Le matin, une demi-heure d'oraison, la messe et un quart d'heure d'examen particulier avant le dîner; le soir, le chapelet, une demi-heure de lecture, et, après le souper, la prière.
« Indépendamment des livres des hérétiques ou des incrédules, et des journaux impies, on y
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étudie l'arabe, Thébreu, le syriaque, le chinois, le grec, le latin et presque toutes les langues vivantes. Chaque semaine on fait une conférence sur l'histoire, et il n'est pas nécessaire de dire dans quel esprit et comment les rois et la royauté y sont traités. En théologie, l'enseignement du dogme se réduit à une espèce de traité de l'Eglise (qui n'est au fond que l'analyse d'un ouvrage du fondateur de V Avenir), et l'enseignement de la morale, à l'étude de son système philosophique, auquel on joint une rapide lecture de Liguori, revu et corrigé, comme nous l'avons dit. Cette méthode, comme on voit, simplifie et abrège beaucoup cette partie des études ; mais comment les élèves ne s'en contenteraient-ils pas, lorsque leur maître, le supérieur général, leur a souvent déclaré que lui-même n'en savait pas davantage sur ce point ; ce qui est vrai.
« On n'aura pas de peine à croire qu'une éducation si commode et si expéditive attire de tous les points de la France, et même de l'Europe, de nombreux postulants congréganistes, auprès du supérieur général. Il fait à tous un gracieux
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accueil, et en envoie le plus qu'il peut à sa maison de Malestroit. On cherche à les retenir par
les premiers .vœux, que trop souvent beaucoup ont consentis, sans trop savoir à quoi ils s'engageaient, et quant à ceux qu'on ne peut déterminer à y aller ou à y rester, on les exhorte du moins, en partant, à semer les bons principes dans leur pays, et à y travailler à recruter des adeptes. C'est ainsi que, dans plusieurs séminaires et collèges, on a déjà gagné au parti un grand nombre de professeurs de théologie, de philosophie et d'histoire, et qu'on est parvenu à envoyer des agents dans toutes les parties de la France, et jusqu'en Belgique, en Savoie et en Allemagne, soit pour y rédiger des journaux, soit pour y répandre des livres. »
L'auteur de l'article, après avoir dit que les missionnaires, « au moins aussi occupés à faire des prosélytes au parti qu'à appeler les pécheurs à la pénitence, se répandent chez les curés des campagnes, et, que là, réunissant le plus grand nombre possible de prêtres du voisinage, ils travaillent avec une ardeur infatigable, tantôt à enrôler
les uns, tantôt à retenir les autres sous la bannière de Dieu et de la liberté » ; après avoir dit qu'ils ne cessent, dans ces réunions surtout, de répéter que « c'est à Tinstigation et, pour ainsi dire, par ordre des puissances étrangères que Grégoire XVI a écrit son Encyclique » et de manifester déjà ce projet d'en appeler à son successeur, il en vient aux écoles des Frères de M. J. de la Mennais et s'exprime ainsi :
« Enfin, pour compléter l'oeuvre et lui donner toute la force d'action d'un véritable gouvernement, on y a joint une police spécialement chargée d'étudier l'esprit, le caractère et la conduite du clergé et de rendre compte à la congrégation des dispositions, soit hostiles, soit favorables qu'on témoigne à son égard. Cette police est confiée à des Frères déjà depuis longtemps chargés de l'éducation des pauvres, et qui, disséminés dans la province et placés en pension dans les presbytères, se trouvent dans la position la plus favorable pour s'acquitter de leur nouvel emploi. — Ce n'est pas des dignes Frères des écoles chrétiennes qu'il s'agit — ».
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Après avoir parlé de son organisation habilement conçue, l'auteur ajoute :
« Déjà Ton peut calculer ce qu'elle pourra faire par ce qu'elle a déjà fait, s'emparant à la fois du présent par la chaire, le confessionnal et la presse ; et de l'avenir, par l'éducation du pauvre et du riche, du prêtre et du laïque ; exploitant à son profit la science, la littérature et surtout les journaux (où les chefs du parti continuent en secret à écrire et exercent une immense influence) ; aflîliée en religion et en politique à tous les partis, à toutes les sectes qui, de près ou de loin, ont avec eux quelques rapports d'opinion, ou quelque aflînité d'espérance ».
Enfin il termine en disant que, connaissant le but que s'efforce d'atteindre cette congrégation, il le divulguera, puisque « les fidèles s'endorment et les pasteurs les regardent immobiles ».
« Ce but est de démocratiser l'Eglise et par elle
de DÉMON ARCHISER VEtat, »
VAmi de la Religion qui avait promis de faire
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s^ réâe3dons sur cet article inséré dans ses colonnes a tenu parole (i).
« II est juste, dit-il, de dire que tous les membres de la société de Saint-Pierre ne partagent point l'esprit et les \-ues de quelques chefs. Nous savons que plusieurs curés et autres sont bien loin de donner dans les exagérations que VlnvariatU signale. Quelques-uns ont quitté la société, d'autres n'attendent qu'un signe de l'autorité pour s'en retirer. Il nous semble aussi que 1'/;/lïinaNe a caractérisé un peu sévèrement les Frères de Ilnstruction chrétienne étabUs par M. de Lamennais, en les peignant en général comme des espions auprès des curés. Nous croyons que beaucoup de ces Frères ne s'occupent que de leur œuvre » (n*" 2171).
Et dans le n"* 2175 (^). « Nous avons inséré l'article extrait de Vlnvariablc sans garantir toutes les assertions qui s'y trouvaient. Nous avons reconnu en effet que^ sur divers points, l'auteur de l'article n'avait pas été exactement informé et
(i) 24 OCX. 1833, n° 2171.
(2) Samedi 2 novembre 1833.
nous nous sommes hâté de modifier quelques accusations un peu trop générales ».
Il ne dit pas un mot de Saint-Méen ni de Malestroit, il ne parle que des Frères et dit que La Chênaie n'est point la maison principale de Tordre, « mais tout au plus une espèce de petit Ferney, où les dévots de la secte vont réchauffer leur zèle ». Il ajoute que la maison de l'école projetée à Rennes est en vente (0 ; et enfin que le chef du parti n'est plus supérieur général ; que le nouvel élu est le même que celui des Petits Frères des campagnes. « On sait, dit-il, quels liens étroits l'unissent à l'ancien chef » dont on craint l'influence secrète. —
On nous dispensera de la tâche aussi répugnante qu'inutile de réfuter des assertions où l'ineptie le dispute à la méchanceté. Bornonsnous à quelques observations.
Malestroit que l'on nous donne pour une
(i) Cette école est devenue l'institution du Thabor, pensionnat très fforissant de jeunes gens, tenu par les Frères Lamennais. (Cf. même n** 2175 de l'Ami de la Religion).
sorte de sentine de vices et de corruption dont les habitués poussaient la scélératesse au point d'étudier l'arabe, Phébreu, le syriaque, le chinois, le grec, le latin et presque toutes les langues vivantes, avait à sa tête MM. Blanc et Rohrbacher qui comptaient parmi leurs élèves MM. de Hercé, plus tard évoque de Nantes ; Guilloux, mort, il y a quelques années, archevêque de Port-au-Prince ; Combalot, le zélé missionnaire que Ton sait; Bornet que Ms' Gerbet, devenu évoque de Perpignan, prit pour vicaire-général ; Eugène Bore, qui profita de sa connaissance des langues orientales pour multiplier les écoles dans le Levant et dont la congrégation des Lazaristes qu'il gouverna en qualité de supérieur général pleure toujours la perte. Il me sera bien permis d'ajouter à ces noms le nom plus humble, il est vrai, mais non moins vénérable de mon regretté supérieur M. Houet.
Les anciens prêtres du diocèse de Rennes, élèves autrefois, à Saint-Méen, de ces professeurs qu'on nous dépeint sous des couleurs si noires, seraient bien étonnés si on leur apprenait que, loin
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de puiser la vertu à Técole de ces maîtres pour la mémoire desquels ils conservent toujours tant de respect, je dirais même tant de culte, on ne leur enseigna jamais qu'à liguoriser.
Pour La Chênaie que VAmi de la Religion, trop heureux d'enregistrer les insanités bestiales de la feuille Suisse, qualifie de petit Ferney, on ne voyait jusqu'alors dans cette maison que le boulevard de rUltramontanisme en France, mais c'était précisément pour ce motif qu'on donnait son chef pour un Voltaire aux petits pieds et ses disciples, les Lacordaire, les Montalembert, les Gerbet pour des Diderot et des d'Alembert avortés. Il est vrai que plus tard Montalembert et Lacordaire durent rentrer en grâce auprès de VAmi de la Religion, en reniant les doctrines romaines de leur ancien Maître.
Tout ceci, répétons-le, n'est qu'odieux et grotesque, mais ce qui dépasse les limites du grotesque et de l'odieux, ce sont les accusations portées contre M. Jean de Lamennais et ses pauvres Petits Frères, transformés, par un travestissement scélérat, en espions au profit de nous ne savons
quelle secte qui n'exista jamais que dans la cervelle des rédacteurs de VInvariable de Fribourg et de VAmi de la Religion (0. Ce dernier journal toutefois veut bien avouer que son confrère en calomnie exagère sans doute un peu et que tous les Petits Frères ne sont pas des espions, si tous les prêtres de Saint-Méen ou de Malestroit sont des professeurs d'immoralité ; ses restrictions ne sont, nous Tavons déJL\ dit, qu'une perfidie, qu'une lâcheté de plus, en laissant subsister, dans leur généralité, des accusations aussi abominables que gratuites dont il abandonne la primeur à un journal étranger qui certainement recevait ses inspirations d'ailleurs que des bords de la Sarine. On s'en servait comme d'un plastron pour se mettre à couvert d'une responsabilité que l'on savait d'autant plus écrasante qu'elle avait pour principe l'infamie.
Le vulgaire axiome : Ah uno disce otnnes trouve ici toute son application.
(i) L'Ultramontanisme en effet ne fut jamais une secte que dans l'esprit singulièrement étroit des Gallicans ; tandis qu'aujourd'hui le Gallicanisme est pire qu'une secte, c'est bel et bien une hérésie.
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M. Jean de Lamennais et ses chers Petits Frères, méprisant les lâches calomnies de VAmi de la Religion et de ses pareils, continuaient de se vouer à l'instruction chrétienne des pauvres, n'attendant leur récompense que de Dieu ; et plaignant les hommes assez pervers pour dénaturer leurs intentions de la façon la plus odieuse et insulter à la pureté de leur héroïque dévouement. Nous pouvons dire la même chose des autres victimes de ces calomnies brutales et ignobles ; tous les méprisèrent, tous, excepté celui qui, peut-être, eût dû les dédaigner davantage, bien qu'il fût le plus particuUèrement visé. A l'aspect de tant de bassesse, de tant de méchanceté, Lamennais qui passait tout à la race d'Adam, hors les vices du cœur (^), se sentit profondément ulcéré. Confondant ses adversaires loyaux et courtois avec ces vils calomniateurs, il se laissa précipiter dans l'abyme et refusa obstinément de saisir les mains généreuses qui plus tard se tendirent vers lui pour l'en retirer.
Les Gallicans poussèrent un cri de triomphe :
(i) Voir plus haut p. 64.
leur plus formidable ennemi était à terre et il ne devait plus se relever ; nul ne se doutait alors de la revanche éclatante et décisive que, seize ans après la mort de Lamennais, devait prendre ce même Ultramontanisme que Ton croyait à jamais renversé avec lui.