‹ Lamennais avant l'"Essai sur l'indifférence" d'après des documents inédits (1782-1817): étudeChapitre 16 sur 45 · LES SOURCES · texte numérisé non relu

LES SOURCES

Nous n'avoDS encore que ta moindre partie des lettres si nombreases, — il en a écrit jusqu'à dix par jour, — adressées par Lamennais pendant plus de quarante ans k des personnes d'ûge, de sexe et de rang très divers appartenant à tous les partis puliliques et représentant presque toutes les nations de l'Europe. Parmi ses correspondants, on remarque les écrivains, les penseurs et les hummes d'action qui eurent le plus d'inOuence sur leur temps, le plus de réputation ou de crédit, ministres, ambassadeurs, prélats, comtes et marquis, puis des tribuns à la voix forte et des prolétaires obscurs. Un voit ainsi déCiler toute une société dont les diverses classes se mêlent sans se fondre, car ce qui frappe, c'est le contraste perpétuel qu'olTre le monde brillant et cultivé où l'on apprend sans y penser l'art de deviner ou de laisser entendre discrètement et comme à demi-voix toutes les nuances de sentiments complexes, délicats ou profonds, avec celui des plébéiens, qui, partout où ils passent, gardent une certaine brusquerie simple et savent mal surmonter leurs impressions premières. Les extrêmes s'y trouvent rapprochés ; les conspirateurs du temps et de louches aventuriers, on Laurange, un Didier y frôlent les hommes d'ordre et les hon-

Ëns. Quand nous avons parcouru cette curieuse correspone souvenir du baron de Vitrolles se trouve associé dans notre

espril à celai du radical DesBoliaire, ce tailleurqai abusait do nom de Lamennais pour faire de la propagande dans les cafés de province ; et l'on a pas plus tôt évoqué l'image de M"" Yeménizqu'oa voit appnraUre celle d'Alexis Gérard, le contremaître laborieux et ombrageux, qu'elle eut un certain mérite à protéger, car il se montrait fort étranger aux rariincmenls qu'elle aimait et très hostile à tons les principes qui lui étaient chers.

Malheureusement, ce qui fait l'intérêt de ces lettres est quelquefois ce qui les empêche de voir le jour, car, si beaucoup d'entre elles, adressées à des inconnus, Eont dispersées dans tous les coios du monde, où elles risquent fort d'être perdues, plus nombreuses, je crois, sont celles qui, écrites à une seule personne et pour elle seule, n'ont pu encore être divulguées. Telles sont les lettres de direction et les lettres politiques. Le changement qui s'est produit dans les opinions de Lamennais eut pour effet d'exciter chez plusieurs de ses amis un ressentiment qui leur survit. Leurs descendants, qui trouvent les idées de l'écrivain trop subversives, croiraient apparemment faire courir à la société un immense péril, s'ils autorisaient la publication de ces correspondances. Quels que soient les scrupules, — et plusieurs sont honorables, — qui empêchent la divulgation de certnines lettres, souhaitons que l'on ait conservé les originaux authentiques plutôt que de simples copies (1) et que l'on n'ait pas toujours poussé la pru<lence jusqu'il détruire de gatté de cœur ces documents précieux (2).

Voici les renseignements que j'ai pu recueillir au sujet de ce» lettres inédites.La famille Cuttu a conservé 319 lettres adressées par Lamennais à la baronne Cotlu : soit ; 36 lettres en 1818 à partir' d'août ; 46 en 1819 ; 26 en 1820 ; 22 en 1821 ; 15 en 1822 ; 25 en, 1823 ; 14 en 1824 ; 9 en 1823 ; 13 en 1826 ; 9 en 1827 ; 5 en 1828; 10 ^en 1S29 ; 6 en 1830 ; 9 en 1831 ; 3 en 1832 ; 7 en 1833 ; 9 en

(i) C'est ce qui est arrivé, paratt-il, pour les lettres à M*** Yémniz. (3) Tel fut le sort des lettres à M. O'Mahony, le rédacteur de VInva~ riabte de Fribourg, qui devint un adversaire irréconciliable de Lamen-

nais.

1834 ; 5 en 1835 ; 3 en i836 ; 8 en 1837 ; 3 en 1838 ; 7 en 1839 ^ 5 en 1840 ; 7 en 1841 ; 8 en 1842 ; 3 en 1813 ; 1 en 1844 ; 3 en 1853; 2 en 1854(1).

Quelques Tragmentg de cette correspondance ont été publiés par M. A. Laveille dans la Bévue du Cierge français, a° du 15 mai 1896. Ce sont les passages que M**' de Lacan (plus lard baronne Cottu) communique à Benoit d'Azy dans ses lettres : da 26 aoât (p. 500-302), des 17 et 23 septembre (p. 502 el 303), des 9 et 31 octobre (p. 505 et 507), des 14 et 19 novembre 1818 (p. 507 et 508) (2).

On trouvera plus loin, mentionnées à leur date, une centaine de lettres adressées à Adrien Benoit-Champy. Sa belle-fille, la baronne Benolt-Cfaampy, a eu l'obligeance de me communiquer le manuscrit. Je tiens à lui témoigner ici toute ma reconnaissance.

Je connais en outre l'existence de 22 lettres adressées à M"" Ligeret de Chazey et qui n'ont pas encore vu le jour.

]| faut signaler enfin une dizaine de lettres à diverses personnes communiquées à \& Revue latine.

Voici la liste des personnes qui ont reçu de Lamennais des lettres dout je n'ai pu retrouver la trace : M. d'Âult-Dumesnil, David- Richard, l'abbé des Garets, J.-P. Gaston, archevêque d'.Vmasie, adminislratear de Lyon, comtesse Lubienska, princesse Lubomir^ka, M. Mac-Carlby, comte Victor de Noailles, comtesse Ferdiiianda de Riccini, comte Elzewuskt, M°* do Sainte-Lnce (3) Mgr Sibour, M. Steinmetz.

Certaines lettres allaient être publiées par E.-D. Forgues, lors-

(1) La baronne Cottu, belle-nile de la destinataire des lettres en question, a bien voulu me docner ces renseignements. Je l'en remercie, non moins que l'abbé Clair à qui je dois d'utiles indications. l (2) Je citerai à leur date les extraits de cette même correspondaac& publiés par M. Chantavoine dans^ le Journal det Débals, n° du tO joia

(3) Il y a cependant une lettre du 31 mars 1831, adressée à U°» d» Saint»-Luc6.

qu'intervinl l'arrêt du 5 juio 18S7, qui limitait le» droits de l'éditeur d'une façon plus étroite que ne l'avait fait le jugement prononcé par le tribunal de première instance (1). On peut voir dans la première édition (1858) qu'une Boixantaine de ces lettres, déjà imprimées sans doute avant l'issue du procès, durent être supprimées par la suite. Dans la seconde édition, l'éditeur en a mentionné un nombre bien plus considérable. Que sont devenues ces lettres? La démarche que j'ai faite auprès de M. Eugène Forgues pour le savoir est demeurée infructueuse.

Il faut espérer que toutes ces correspondances ne sont pas perdues irrévocablement et qu'un jour viendra où elles seront retrouvées. Il sera temps alors de songer à la publication de la corres» pondance générale, quiserait aujourd'hui prématurée. En attendant, j'ai essayé de faciliter la lecture des lettres actuellement publiées, les unes, recueillies en volumes, les autres éparses [en diflérents ouvrages, revues, journaux et catalogues qu'il est malaisé de se procurer. Je n'en ai donc dressé la table chronologique. Je n'ai fait que mentionner tes premières (2), dont quelques recueils pourtant se font rares, et j'ai donné par des extraits et des analyses un aperçu des secondes (3), pour permettre à ceux qui n'ont à leur disposition que les recueils courants, de se faire de la correspondance une idée d'ensemble, sans être obligés de recourir tous à les textes indiqués ici.

(1) FoRCUEs. II, 508-517.

(2) Exc&ptioD faite pour le recueil des lettres h, Mgr Brute qui ne sa trouve pas & la Bibliothèque Nationale. J'ai cru qu'il n'était pas inutile d'analyser ces lettres dont plusieurs appartienuenl à la période que j'étudie particulièrement dans la première partie.

(3) Exceptiou faite pour les lettres à Eugène Bore qui, publiées deux fois (dans la Revue des FaeuUét de l'Oueft el dans la Revue Britannigue), sont analysées drins le Lamennait intime de M. Roussel, qui donne en même temps les lettres in-exlenso de Bore. Je dois prévenir aussi que pour les lettres simplement mentionnées par moi avec la référence. Revue des Autographes, l'Amateur d'Autographes ou Catalogue inédit de la maison Charavay, on ne trouvera pas en se reportant & ces sources plus d'extraits que

En ce qui concerne les dates, je les ai Iranscriles telles que les éditeurs nous les donnent. Quand il m'a paru qu'un cliangement s'ioipusait, je l'ai dit, sana fourotr toutes les explications qui seraient nécessaires, si j'avais fait une étude critique de la correspondance. En ge'néral, les dates des lettres qui llgurenl dans la Bévue da Aulot/rapkei, ['Amateur d'Autoffrafihes ou le Catalogue inédit de la maison Cliaravay présentent moins de garanties d'exactitude que celles qui ont fait l'objet d'un travail spécial de la part des éditeurs.

J'ai mis entre parenthèses les dates (par année, par mois, quantième uu lieu) que nous savons être restituées par les édileure, en les faisant suivre d'un point d'interrogation si la restitution n'était pas certaine. J'ai placé à droite du nom du destinataire la mention du jour de la semaine quaud je l'ai trouvée indiquée. Les quelques lettres qui ne pouvaient être datées à une année près uni été rejetées après les autres et clat'sees par ordre alphabétique. En léte de chaque année, j'ai placé celles dont on ne sait pas en quel mois elles furent écrites, et en tête de chaque mois celles dont on ignore, seulement le quantième, à moins toutefois que l'éditeur, en adoptant un autre ordre, n'ait marqué la date approximative.

Je n'en donne. C'est ici le lieu de remercier M. Chavaray qui m'a permis de consulter, ta plume à la main, toutes les ficbes qui conslituent Ca que l'on peut appeler uu calalof;ue, non pas manuscrit, mais inédit.

Page 1