CHAPITRE PREMIER
LA FAMILLE ROBERT DE LAMENNAIS. — ON AÏEUL BELLIQUEUX. BOUTADE ANTI-MUNICIPALE. — I.A Ml [TRIE. UNE PLAISANTERIE LUGUBRE. — UN PREMIER OUVRAGE. FÉLICITATIONS DE M. EMERT. — BULLE D'EXCOMMUNICATION : CONTRE L'EMPEREUR ET INTRODUITE l' URTIVEMENT EN BRETA DANS UN" CHAPEAU. — LETTRE DE PEU A L'ABBÉ BRU1 « NUIT DE LA FOI REMÈDE CONTRE L'ORGUEIL. » — PRÉDILECTION DE 1 LU POUR LA SOLITUDE : JEAN LA [ EXAGÉRÉE. « H. FAUT COMBATTRE LIS COMBATS DU SETGNE1 NOTE DISCORDANTE. — LETTRE DE IÏ.LI : « I.ÏTLKNiii. i OMPRENONS-NOUS BIEN CE MOT-LA ? »
T Toici un premier document qui établit la
* filiation des La Mennais ou plutôt des Robert, car ils ne furent d'abord connus que sous ce nom. Cet écrit est sans date, mais il doit remonter au siècle dernier, peut-être même à la première moitié. Il est intitulé : « Notes historiques » : je le transcris littéralement, comme d'ailleurs je le ferai pour les autres.
— Jean Prairier, marié à Guyenne Le Maistre était capitaine de navire à St-Malo ; par suite de ses voyages il resta au Cap français, isle St-Domingue où il avait une habitation près le Cap, ce qui
s'apprend par des lettres qu'il écrivait à sa femme en 1690. Alors François Robert, son gendre, commandait un navire de 40 canons, armé en guerre et marchandise. Peu de temps après cette époque la France se trouva en guerre avec l'Espagne qui s'arma par terre et par mer pour prendre la ville du Cap, ce qui leur réussit (sic).
Jean Prairier se crut obligé de se réunir à l'armée française et fut tué dans la bataille. A cetteépoque François Robert, son gendre, qui commandait un navire se trouvait dans la rade du Cap. Prairier, prévoyant le malheur qui devait lui arriver, conseilla à Robert de se rendre avec son vaisseau au Port au Prince, afin de n'être pas pris par les Espagnols, ce qu'il fit, en lui disant que si, sous huit jours après la bataille qui aurait lieu, il ne recevait pas de ses nouvelles, c'est qu'il n'existerait plus et qu'il n'avait d'autre parti à prendre que d'appareiller au plus vite pour retourner en France, ce qu'il exécuta; mais il mourut a la mer en retour de son voyage et laissa à sa veuve 70 à 80 mille livres. Ceci se passait en
d'après des documi
Ce François Robert Des Sa u (Irais laissait, outre sa veuve, Marie Prairier, un fils mineur qui s'appelait François, comme lui. Plus tard, celui-ci épousa Marie Hyver des Rivières. Il habitait Saint- Servan. Le (S Mai 1717 il eut un fils nommé Louis- François. A son nom patronymique de Robert, il ajouta celui de Mennais que l'on voit paraître pour la première lois : c'était le nom d'une métairie que la famille possédait dans la commune de Trigavou.
En 1742, Louis se maria, en premières noces, à Marie-Thérèse Padet Dudreneuf qui mourut à Saint-Sèrvan au mois de mai 1744, après lui avoir donné deux fils, tous deux nés à Saint-Servan, l'aîné, Pierre-Louis Robert, le 10 juin 1743 > l'autre, Denis-François, le 14 mai 1714. Quand on rapproche la date de la naissance de ce dernier et celle de la mort de sa mère, on arrive à conclure que celle-ci très probablement mourut en couch(
Louis Robert se remaria, en avril 17 5 2, à Jeanne Robert Perrine Briand de la Feuillée.
Pendant que son aîné conservait le nom de Mennais, Denis reprenait celui de son aïeul et de
son bisaïeul ; il se faisait appeler Robert des Saudrais.
Les deux frères épousèrent, le même jour (5 septembre 1775), les deux filles de Pierre Lorin, sénéchal de la juridiction civile et criminelle de Saint-Malo.
La femme de Pierre-Louis avait pour prénom Gratienne. Les deux époux habitèrent Saint-Malo : ils curent six enfants, tous nés dans cette ville : Louis-Marie naquit le 12 septembre 1776 ; Pierre- Jean, le 24 juin 1778 ; — Jean-Marie le 8 septembre 1780; — Félicité le 19 juin 1782 (0 ; — Marie-Joseph, le 25 février 1784, et Gratien-Claude le 2 mai 1785.
Marie épousa, en 18 14, Ange Blaize dont elle eut plusieurs entants, et entre autres une fille nommée Augustine, qui, dans la suite (1836), épousa M. Elie de Kertanguy, décédé en 1846.
(1) A trois heures de l'après-midi, comme il l'écrivit en juin 1845, ;l M. Marion : « Le 19 de ce mois, à 3 heures de l'après-midi
(vous voyez que je sais mon affaire), j'aurai 63 -m s accomplis : Uies hominis super terrain pauci et mali. Tant que dureront les miens, je vous aimerai, cher, et c'est ce que j'y trouve de plus doux ». (Lettre publiée par M. de la Villerabel/.
1) aiim S DES DOC DM EU ,
M " de Kertanguy assista aux dernier.-, moments de son oncle Félicité qui l'établit sa Légataire
universelle ; elle est morte le 9 Mai 1S91. Jean- Marie fut le saint prêtre et le grand homme debien que chacun sait.
M. Pierre-Louis de Lamennais fut anobli par lettres patentes du 12 Mai 1788.
Nous avons pensé que ces documents biographiques, donnés jusqu'ici, d'une façon incomplète ou inexacte, ne seraient pas sans intérêt pour ceux qui désirent connaître Lamennais, dans tous les détails de son origine ; à plus forte raison, pour ceux qui, plus tard, seront tentés d'écrire sa vie.
La boutade qui suit est le premier autographe, pour la date, que nous ayons de Lamennais. Elle doit remonter, d'après les indications que nous donna verbalement M. Houet, il y a cinq ans, aux premiers temps de l'Empire, vers 1805 ou 1806, lorsque les deux frères, Jean et Féli, étaient retires à la Chênaie, pour refaire un peu leur santé
^ 1) Peut-être était-ce à cette petite satire que faisait al
son oncle Robert des Saillirais, (moit i.Sjc;), lorsqu'il lui écrivait en
C'est, sans doute, le début du grand écrivain dans sa vocation de polémiste, il ne saurait dès lors manquer d'intérêt. Malheureusement, nous n'avons qu'un fragment de cette curieuse satire : il est possible qu'elle n'ait jamais été achevée.
Alors, comme aujourd'hui, le temps, paraît-il, était aux statues et aux inscriptions commémoratives. Saint-Malo, qui comptait de glorieux enfants dont Lamennais devait lui-même augmenter le nombre, ne pouvait demeurer en retard de certaines villes, peut-être moins favorisées, sous ce rapport.Notre jeune Malouin raille de cette innocente manie sa cité natale qui devait l'en punir plus tard, puisque aujourd'hui encore rien n'y rappelle l'un des plus grands écrivains de notre siècle, si ce n'est toutefois, son portrait exposé dans l'une des salles de la Mairie. Nous copions textuellement l'original.
— Un bruit assez singulier nous est parvenu de St-Malo. On dit qu'il y est question d'exhumer
1K06 : * J'ai lu ta petite drôlerie, mon cher Féli. Rien Je si bon. ni de mieux fait. » Cité par Blaize. IntroJ. p. 29Ï.
d'aiim' ; di 9
tout ce que cette ville a produit d'hommes mémorables dans tous les genres, peur en placer un dans chaque rue, un peu au-dessus de la borne. Soit; autant là qu'ailleurs et apparemment les morts n'y regardent pas de si près. Beaucoup de vivants, il est vrai, se soucieraient assez peu de ces honneurs qui courent les rues ; mais qu'importe ? Considérons la chose sous le point de vue le plus favorable, imitons le sage Conseil municipal de St-Malo, 011 cette importante affaire a été discutée, approfondie ; et, comme lui, efforçons-nous de voir, dans ces burlesques écriteaux qui décorent des carrefours, une distinction honorable. Toujours conviendra-t-on qu'il faut être conséquent, et ne pas allier à des noms justement respectés, des noms flétris avec justice, et qu'un honnête homme ne peut prononcer sans indignation.
On a, dit-on, proposé dans le Conseil, de joindre aux La Bourdonaie, aux Cartier, aux Dugué-Trouin, un homme dont la famille jouit depuis longtemps d'une considération méritée ; mais qu'il lui a laissée toute entière, car assuré-
ment il n'en a rien gardé pour lui : je veux parler de La Mettrie. Des réclamations se sont élevées contre cette profanation des honneurs citadins ; on a représenté que La Mettrie était un fou, un misérable charlatan, un vil bouffon de cour, sans mœurs, sans religion, sans Dieu. A cela M H — a répondu que c'était un philosophe ; et quelqu'un a fort judicieusement ajouté que toutes ces accusations étaient de faux bruits répandus par les prêtres. Je ne suis pas prêtre : ainsi je puis dire mon avis sans conséquences.
Mais non ; j'aime mieux qu'on entende celui de Voltaire qui n'était pas prêtre non plus. « Aviez-vous, écrivait-il de Berlin à M. d'Argental 0)5 aviez-vous entendu parler d'un médecin, nommé La Mettrie, brave athée, gourmand célèbre ?... Ses idées (2) sont un feu d'artifice toujours en fusées volantes. Le tracas amuse un demiquart d'heure, et fatigue mortellement à la longue.
« Il vient de faire, sans le savoir, un mauvais livre, imprimé à Postdam, dans lequel, il pros-
(i) Lettre du 15 novembre 175 1.
(2) Lettre à M"10 Denis du 6 novembre 1750.
D APRÈS Dl II
crit la vertu et les remords, fait l'éloge invite sou lecteur à ions les désordres, le tout sans mauvaise intention. Des gens sensés se sont avisés de lui remontrer l'énormité de sa morale. Il a été tout étonné (à peu prés comme le conseil, quand on lui a fait les mêmes remontrances) ; il ne savait pas ce qu'il avait écrit, (pourquoi le conseil en saurait-il davantage ?) il écrira demain le contraire si on veut (imitez votre héros, Messieurs}. Dieu me garde de le prendre pour mon médecin ; il me donnerait du sublimé corrosif au lieu de rhubarbe, très innocemment et puis se mettrait à rire. »
Je voudrais, messieurs, pouvoir m'arreter ici ; je sens combien votre tendresse pour votre illustre compatriote doit souffrir de ces citations ; car enfin ce n'est pas un dévot qui parle. Rassurezvous ; je serai discret ; encore un passage seulement. « J'envoie à mon héros C1) des tolies qu'il m'a demandées, et qui orneront sa bibliothèque par la belle impression et les grandes marges. Il
(i) Lettre au duc de Richelieu du :.~ janvier ;
est vrai qu'il n'y a pas une bonne page dans tout cela... Au reste ce n'est pas la meilleure morale du monde, et il est heureux que de tels livres soient mal faits. La Mettrie aurait été trop dangereux, s'il n'avait pas été tout à fait' fou. Son livre contre les médecins est d'un enragé et d'un malhonnête homme : avec cela c'était un assez bon diable dans la société, (c'est peut-être en cette qualité de bon diable que vous avez dessein de l'honorer).
Comment concilier tout cela ? c'est que la folie concilie tout. 77 a laissé une mémoire exécrable à tous ceux qui se piquent de mœurs un peu austères. Il est fort triste qu'on ait lu son éloge à l'Académie, écrit de main de maître. Tous ceux qui sont attachés à ce maître (le Roi de Prusse) en gémissent. Il semble que la folie de La Mettrie soit une maladie contagieuse qui se soit communiquée. » Pardon de ces derniers mots ; ils ne sont pas de moi.
Beaucoup de gens ignorent peut-être ce qui nous a valu ces beaux témoignages du grand Lama de Ferney.
Admirez la Providence philosophique. La Mettrie,
médecin, devait naturellement n'empoisonner que ses compatriotes ; La Mcttrie, devenu cosmopolite, se dut au genre humain tout entier, et il acquitta sa dette par ses écrits. A quoi cependant tenait cette haute destinée ? Mêlas ! à une tête de femme ; et puis qu'on dise que les femmes n'ont point de tête. Le père de notre philosophe se mit un jour en frais, comme la cigogne, pour traiter ses amis. La Mettrie, qui apparemment craignait le brouet clair, et qui déjà aimait les expériences, quoique simple/rater dans un hôpital, crut faire merveille en renforçant le potage des reliefs d'une dissection à laquelle il avait assisté le matin. La tète d'une femme adroitement jetée dans la marmite, à l'insu de la cuisinière, prépara à celle-ci une grande surprise, et aux convives un mets tout nouveau, du moins dans ce temps-là. Mais voyez ce que c'est que les goûts : ce bouillon ne fut pas trouvé bon du tout par les administrateurs d'alors, qui n'étaient pas les administrateurs d'aujourd'hui ; et notre jeune anatomiste noblement courroucé, et même puisqu'il le faut dire, avec raison un peu effrayé de l'accueil
que scs premières expériences recevaient dans sa patrie, se retira prudemment à Berlin, où une indigestion mortelle prouva bientôt, en dépit de ses prétentions, qu'il n'était ni plante ni machine. Or, pourtant, sans cette tête et sans ce voyage, La Mettrie probablement demeurait inconnu à Voltaire et à l'Europe ; et qui maintenant se souviendrait de lui, même parmi ses compatriotes ? Bien peu de personnes sans doute, car il y a longtemps que ses amis s'en seraient allés, l'un vide de sang, Vautre plein de séné, célébrer sa gloire dans l'autre monde, d'où apparemment ils ne reviendraient pas aujourd'hui pour le clouer contre une muraille au coin de la rue.
Au reste, messieurs du Conseil s'imaginent peut-être qu'eux et Voltaire sont les seuls qui aient su dignement apprécier un aussi rare génie : mais je leur en demande pardon, et les prie de permettre que Diderot s'explique à son tour sur cette illustre plante maïouine.
« La Mettrie est un auteur sans jugement.. . qui n'a pas écrit une seule bonne ligne dans son traité du bonheur, qu'il ne l'ait ou prise dans notre
pliilosoplic (Senèque) ou rencontrée par hasard, ce qui n'est et ne pouvait malheureusement être que très rare;... dont on reconnaît la frivolité de l'esprit dans ce qu'il dit, et la corruption du cœur dans ce qu'il n'ose dire ; qui prononce ici que l'homme est pervers par sa nature, et qui tait ailleurs de la nature des êtres la règle de leurs devoirs et la source de leur félicité ; qui semble s'occuper à tranquilliser le scélérat dans le crime, le corrompre dans ses vices ; dont les sophismes grossiers, mais dangereux par la gaieté dont il les assaisonne, décèlent un écrivain qui n'a pas les premières idées des vrais fondemens de la morale ; dont le chaos de raison et d'extravagance ne peut-être regardé sans dégoût que par ces lecteurs futiles qui confondent la plaisanterie avec l'évidence, et à qui l'on a tout prouvé quand on les a fait rire ; dont les principes poussés jusqu'à leurs dernières conséquences renverseraient la législation, dispenseraient les parents de l'éducation de leurs enfants, renfermeraient aux petites maisons l'homme courageux qui lutte sottement contre ses penchans déréglés, assureraient Pimmor-
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talité au méchant qui s'abandonnerait sans remords aux siens, et dont...» —
Nous n'avons point retrouvé la suite de ce morceau dans les papiers de M. Houet. Tout à l'heure, nous émettions l'hypothèse que Lamennais s'en était peut-être tenu à cette feuille, d'ailleurs absolument remplie, et qu'il ne s'était pas donné la peine d'en prendre une seconde, ne fût-ce que pour finir la citation de Diderot. Nous devons reconnaître cependant que l'écriture est très soignée, qu'il y a fort peu de ratures et que les mots effacés sont remplacés par d'autres, écrits avec une encre bien plus moderne, mais de la même main, sans aucun doute ; quand une fois on a vu cette écriture fine et régulière de Lamennais, on ne saurait plus la méconnaître. Enfin, les mots soulignés le sont avec une règle pour que le trait soit d'une rectitude absolue. Il est évident que Lamennais tenait à cette boutade humoristique et pourtant rien n'y décèle le grand artiste, ni même peut-être le très habile écrivain.
On y retrouve, en retour, cette sorte de plaisan-
terie qui chez lui, dans sa correspondance du moins, fut toujours un peu froide et banale, quand elle ne fut point sarcastique ou arrière (0. Sous ce rapport, il était, ce nous semble, bien inférieur à son frère qui sut pratiquer, à merveille, le badinage aimable et spirituel. La malacieuse bonhomie de Jean lui valut plus d'un triomphe, tandis que nous ne sommes nullement surpris de l'insuccès de cette petite diatribe de Félicité, supposé toutefois qu'il l'ait fait connaître aux intéressés. L'administration malouine, en effet, n'a point effacé- La Mettrie de son souvenir municipal, puisqu'elle a donné son nom à une rue. En revanche, le portrait de l'homme-plante n'est pas affiché dans la salle de la Mairie, dite salle des grands hommes, tandis que celui de Lamennais s'y trouve, non loin .. du bon abbé Trublet.
M. Lamennais perdit son frère aîné, Louis Marie, sur la lin de 1805 ; il tomba lui-même gravement malade : Jean-Marie, alors vicaire à Saint-Malo, et souffrant lui aussi, conduisit, sur
"(1) Ici même, ce rire de Lamennais, avouons-le, est passablement lugubre.
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le conseil de son père et de son oncle, Félicité à Paris, afin de l'y faire soigner par les plus habiles praticiens de la capitale C1). Les deux frères passèrent à Paris tout le printemps de i8c6 (2) ; les médecins jugèrent leur existence très sérieusement compromise, celle de Félicité surtout : l'un et l'autre devaient à des excès de travail l'épuisement de leurs forces.
En juillet, ils étaient de retour à Saint-Malo ; leur santé se rétablissait peu à peu. On leur avait recommandé l'air de la campagne, le régime du lait, beaucoup d'exercice et peu de travail intellectuel (3).
Le 12 mars 1809, M. Emery écrivait à M. Brute, au sujet d'un mémoire anonyme que, dans une note, M. Houet déclare être l'œuvre de M. Lamennais publiée plus tard sous le titre de : « Ttjflexions sur l'Etat de F Eglise, etc. »
(1) Lettre de l'abbé « Meslé de Grand Clos » à l'Evêque de Rennes, Mp Enoch, en date du 25 janvier 1806.
(2) Lettre du même au même, i> mars 1806,
(}) Lettre de M. Bossard à M. J. a de Lamennais », du 26 juillet
d'api documents [nédits 19
« Le mémoire est très bien écrit et plein de Lionnes vues. Il est des endroits qui pourraient déplaire au gouvernement ; et il en est d'autres dont il ne pourrait qu'être content. Si Larévellière Lépaux vivait encore, je crois qu'il faudrait adoucir ou supprimer son article. Si j'avais eu le temps, j'aurais pu foire quelques observations. On voit bien que l'auteur est un ecclésiastique... »
Le 5 juillet 1809, le digne Sulpicien adressait ce mot à « M. Mennais » (Jean-Marie) : « J'ai bien des remerciements à vous taire de l'exemplaire de votre ouvrage que vous avez bien voulu me faire remettre.
« Il honore également et vos talents et votre zèle. »
Quelques mois plus tard, 12 octobre 1809, il engageait son jeune correspondant malouin à se fixer à Paris pour y continuer plus fructueusement
son genre d'études qu'il disait être «. le plus utile et le plus nécessaire dans les circonstances. »
Ce conseil, en réalité, s'adressait aux deux
frères,, dont les travaux scientifiques étaient alors communs.
Tous deux se montraient pleins d'un zèle impétueux qui ne reculait devant aucune difficulté ; mais tandis que Féli se heurtait de front aux obstacles et s'efforçait de les renverser de haute lutte, pour ainsi dire, son frère les tournait quelquefois habilement et réussissait où peut-être il aurait échoue lui-même. Voici une anecdote qui nous permet de surprendre Jean de Lamennais en flagrant délit de ruse avec la police du Ier Empire. Il avait pour complice l'un de ses amis.
M. Faillon, dans une lettre du 4 avril 1846, demandait a M. Jean de Lamennais des renseignements sur la bulle d'excommunication, lancée contre l'Empereur, en 1809, par le Pape, alors prisonnier à Savone.
M. J. de Lamennais répondit à M. Faillon, le 22 mai suivant : « Quant à la bulle d'excommunication de Bonaparte, je ne puis rien dire qui ne vous soit connu, sinon que je me trouvais en retraite à Issy (1809) lorsque M. Emerv reçut un exemplaire de cette bulle : désireux qu'elle fût
connue en Bretagne, il engagea M. l'abbé de
Mazenod, aujourd'hui évèque de Marseille, à en taire une copie et il nous chargea, mon saint ami Brute et moi, de l'apporter dans notre province et de l'y répandre. M. Brute la cacha dans la cuve de son chapeau. Arrivés à Vitré, nous fîmes ce que nous avait dit de taire le vénérable supérieur et Père. M. Emery avait désiré aussi que nous fissions l'un et l'autre des études sur l'histoire des refus de bulles : je m'en occupai, et je commençai peu après à recueillir les matériaux qui ont servi à composer l'ouvrage de la Tradition de VEglise sur /' institution des évéques, publié en 1814(0.))
La police impériale ne poussa point ses investigations jusqu'au fond du chapeau de l'abbé Brute: dans ces deux jeunes ecclésiastiques Bretons, elle ne voulut voir rien de suspect ; l'un d'eux pourtant, comme nous le verrons plus loin, ne tarda pas à fixer sur lui l'attention du gouvernement et ce livre de la «Tradition, etc.» composé en collaboration avec Féli provoqua la colère du Maître dont
(1) « L'histoire des refus de bulles termine l'ouvrage. ■ Lettre de Jean à M. Brute 27 avril 1814. (Journerie. p. 87.
il dérangeait singulièrement les plans. Napoléon, en effet, voulait concentrer tous les pouvoirs entre ses mains, y compris celui d'instituer et de destituer les évèques.
Voici une lettre sans date, écrite par Féli à l'abbé Brute, alors professeur au grand séminaire de Rennes. Or, M. Brute n'ayant occupé ce poste que deux années (1808-1810), elle doit être placée dans cet intervalle C1).
— Trop bon ami, comment vous exprimer ce qu'a senti mon pauvre cœur en lisant votre petit billet ? Ah ! que vous avez bien raison, et qu'une seule page, une seule ligne, un seul mot de St François de Sales ou de l'Imitation est audessus de ces tristes et contentieuses brochures qui ne savent que flétrir et dessécher l'âme, et la mienne surtout déjà si froide, si aride. Mon Dieu ! qui m'a jeté dans cette malheureuse voie ? L'orgueil, oui, l'orgueil, je le sens, je le reconnais tous les jours. Priez, mon tendre frère, priez, je vous en conjure, pour ce misérable qui devrait
(1) Féli, qui ne devait recevoir l.i prêtrise qu'en 1816, était tonsuré dès 1809.
d'après des documents inédits
être, qui est, oui, je Le dis dans la sincérité de mon cœur, plein de contusion, d'avoir seulement songé à faire entendre sa voix dans l'Eglise, lui que l'Eglise ancienne eût à peine admis au nombre des pénitents, et qui n'aurait pas assez de la vie pour pleurer une seule de ses tantes. Oh ! voilà ce que c'est que d'avoir si mal commencé ; voilà la suite de mes premiers égarements, et où m'arréterai-je ?
Dieu le sait, hélas! pourtant il me semble que j'aimerais à être ce qu'il me convient d'être uniquement, c'est-à-dire rien, absolument rien, tout entier perdu, abîmé, anéanti dans cet immense tout de mon Dieu, où sa divine grâce m'appelle par un profond, un inexprimable dégoût de tout ce qui n'est pas ce grand Dieu. Même, je vous l'avouerai, cher ami, l'étude n'a plus pour moi, le même charme ; le cœur a trop de peine à s'y retrouver : je ne voudrais que l'amour, le doux, le pur, le divin amour, et aussi la pénitence qui en doit être pour moi la source. Comment donc se fait-il que tout m'ébranle, que tout m'entraîne, que tout me pousse hors de ce centre ou la douce
main de notre bon Maître cherche à me fixer dans un délicieux repos? Il faut bien que je le dise encore une fois, c'est l'orgueil qui m'agite et tend sans cesse à me séparer du Bien-Aimé. Oh ! qui me donnera de m'attacher a lui uniquement, en toute humilité et simplicité ! Qui me donnera d'entrer comme vous, cher ami, dans cette nuit de la foi, où disparaissent les vains fantômes de l'amour-propre et de l'imagination ! Qui répandra sur mes lèvres arides quelques gouttes de ces eaux pures et vivifiantes, qui éternellement jaillissent de la fontaine d'amour ! O douce fontaine : fontaine de joie, de délices et de paix, je t'aperçois de loin, comme au travers d'un nuage, et mon cœur, malgré sa misère, s'épuise de désirs et défaillit dans l'ardeur de se plonger et de se perdre à jamais dans ses ravissantes profondeurs !
Cher ami, je ne sais ce que je deviendrai, je ne sais ce que la divine Providence demandera de moi, et je veux demeurer entre ses mains comme un petit enfuit qui n'a point de volonté et qui obéit à tout sans résistance. Toutefois, il me semble que la solitude me serait bonne, il me
d'apr] documen rs inéj 25
semble entendre une voix qui m'appelle au désert : d'autres en décideront, et pour moi, il ne me reste qu'à dire du fond du cœur : « Ecce uenio ut faciam, Deus, voluntatem tuam » (l). Qu'elle soit a jamais louée, bénie, aimée, adorée, cette sainte et divine volonté, en laquelle je suis et serai jusqu'à mon dernier soupir, avec les sentiments les plus vifs et les plus tendres, tout à vous en N. S. J. C. et sa Sainte Mère, in œternum,in aternum ! Priez, mon aimable frère, pour le pauvre pécheur.
La lettre suivante est de Jean : elle n'a point de suscription, ni de date, mais son contenu et Pen-tête : D. S. (Dieu Seul) nous font conjecturer
qu'elle était adressée à M. Brute dont nous savons l'intimité avec les deux (rères : ces derniers, Jean surtout, lorsqu'ils lui écrivaient, lui empruntaient cette pieuse devise qu'il reproduisait luimême au commencement de toutes ses lettres.
(1) Allusion aux paroles du Psalmiste XXXIX, S et 9.
(2) Cette lettre ne se trouve pas dans le recueil publié pai MM.de Courcy et de la Gourncrie.
Pour l'époque précise, nous ne saurions la déterminer ; toutefois, Féli qui fait l'objet de cette lettre n'était certainement pas sous-diacre, lorsqu'elle fut écrite : elle est donc antérieure à la fin de 1815. D'ailleurs, l'absence de signature, le début un peu brusque de la lettre, le papier même nous inclineraient assez h croire que nous n'avons qu'un brouillon entre les mains. Tout nous porte H* î.^mu, ^ penser que ce document est postérieur de très peu à la lettre précédente de Féli à laquelle il semble faire allusion.
Ce cher Féli est pieux comme un ange : il voudrait bien qu'on lui conseillât de prendre pour lui la meilleure part (*) et de laisser à d'autres le soin de tout le reste : mais pensez-vous qu'il ait reçu tant de talents, et que Dieu ait permis qu'il ait acquis des connaissances si étendues, pour n en
(1) Allusion au mot de N. S. St Luc X. 42 : « Maria optimam partem elegit,quaenonauferetur abcà. » Féli songeait-il donc alors à la vie contemplative, lui dont le tempérament était si essentiellement batailleur ? Nous savons, sa volumineuse correspondance nous l'apprend dans cent endroits, qu'il fut un amant passionné de la solitude, et qu'au milieu du tourbillon de Paris il ne rêvait que le silence des bois de la Cbénaie.
u\\i RÊS DES DOCUMENTS ÏNÉD] 27
faire aucun usage ? Pour moi, je ne le croirai pas facilement. D'ailleurs, dans ces jours mauvais, peuton, sans dus raisons extrêmement fortes, refuser de combattre les combats du Seigneur ? (ô I
anciens solitaires ne s'empressaient-ils pas de renoncer auxjjdouccurs du repos, et de quitter le jardin de délices où ils s'étaient retirés, lorsque l'Eglise, attaquée de toutes parts, les appelait à sa défense ? Mourir les armes à la main, sur le champ de bataille, n'est-ce donc pas un sort assez beau, et nous est-il aujourd'hui bien permis d'en chercher, (.Yen désirer un autre ? Cependant je sais que tout dépend de savoir quelle est la volonté de Dieu sur nous et que nous ne devons rien négliger pour la connaître j'û n'a besoin de personne, il se sert de qui il lui plaît pour exécuter les desseins de sa Providence, et toujours de ce qu'il v a de plus faible pour opérer ce qu'il v a de plus grand : souvent encore, il aime à se réserver quelques âmes choisies qu'il attire à lui d'une manière ineffable, et qu'il conduit, par des voies cachées.
(i) Bellum Domini, prœlia Doinini, expressions Fréquentes vies Livres Saints.
bien au-dessus du monde, et jusques dans ce cellier divin (x) où elles s'enivrent des pures délices de l'éternel amour. Il faut donc prendre garde de conlrisler l'Esprit-Saint (2) et de s'opposer à ses mouvements ; mais aussi une grande prudence, une extrême réserve sont nécessaires : les imaginations vives s'exaltent si facilement et quelquefois vont si loin ! (3) Au fond, il me semble qu'une crainte excessive des périls auxquels on est exposé en vivant au milieu des hommes, n'est pas toujours une raisonlpour les fuir. Si la solitude a ses attraits, n'a-t-elle pas aussi ses dangers, et en se renfermant en soi-même, n'y est-on pas encore environné d'ennemis ? Le plus dangereux de tous, l'orgueil, ne nous y poursuivrait-il pas, Jet si nous sommes condamnés à le trouver partout, il faut bien nous résigner à le combattre sans cesse, et vraiment il ne serait pas raisonnable de renoncer à faire le bien, de peur de tirer vanité du peu de bien qu'on pourrait faire.
fi) Cant. I. 5. Introduxit me rcx in cellaria sua.
(2) IZph. IV. jo. Nolite contristare Spiritum Sanctum Dci.
(3) Cette crainte de Jean était prophétique, à son insu, peut-être.
l> APRES DES DOCUMENTS INÉDITS
Voilà mon petit avis : je vous le dis dans la
sincérité de mon cœur, et afin qu'en répondant à Féli, vous lui parliez dans le même sens : ne lui donnez cependant aucune connaissance de ce que je vous marque, et si, après avoir consulté le bon Dieu, vous croyez que je me trompe, écrivez suivant les lumières que vous aurez reçues, et priez l'Esprit-Saint d'éclairer et de conduire un pauvreaveugle qui ne sait pas se conduire lui-même et qui se charge de conduire les autres. —
Voici, encarté dans la lettre de Jean, un billet sans date, lui aussi, et sans signature, écrit de la main de Féli, qui nous parait assez étrange et qui tranche quelque peu sur les idées de mysticisme absolu, attribuées à Féli par Jean. Peut-être d'ailleurs n'y a-t-il, entre l'un et l'autre, aucun rapport même chronologique.
— La gloire de Dieu, la religion chrétienne et la charité envers le prochain exigent que nous fassions part aux autres, chacun selon notre vocation, des biens spirituels que Dieu nous accorde par son évangile ; mais nous devons à cet égard
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nous occuper de préférence de ceux qui nous sont utiles pour les affaires de ce monde, ou de qui et par qui nous nous procurons les richesses et les commodités de cette vie. Car de cette manière, nous nous assurerons de la fidélité de ceux dont nous retirons ces avantages, et nous attirerons sur nous, avec plus d'abondance, les bénédictions de Dieu, tant spirituelles que temporelles — (0.
Nous trouvons la note suivante dans un cahier où M. Houet a transcrit quelques lettres de MM. de Lamennais.
« Octobre 1809. M. J. M. de Lamennais à M. Brute : — Voilà un billet (2) de notre saint frère. Son âme est toute ardente de foi et d'amour : il se perd, il s'abyme en Dieu. Oh ! quelle consolation pour mon cœur ! Quand je pense à ce qu'il était et que je vois ce qu'il est, mon âme tressaille de joie et mes larmes coulent en abondance : nriscricordias Domini in aternum cantaboifi. — (Hélas!)
(1) Nous ne nous chargeons pas d'expliquer ce billet, même grammaticalement.
(2) Il ne s'agit évidemment pas de l'étrange billet qui précède, mais d'un autre que l'on trouvera plus bas.
D'APRÈS DkS DOCUMENTS INÉDI1 31
« Cette réflexion, continue M. Ilouet, et mon triste hélas s'appliquent bien à la lettre suivante de Féli, qui doit être de la même année.
— Qu'y a-t-il de plus misérable que cet état de perpétuelle opposition à la volonté de Dieu, cette révolte de la nature contre tout ce qui la gène et la contredit ? J'ai honte de tant de faiblesse ; je rougis d'être si disert quand il s'agit de parler de la croix et en même temps si dénué de force et de courage pour la porter. Je me souviens de cette parole terrible de J.-C. : « Tous ceux qui me disent : Seigneur, Seigneur, n'entreront pas citais le royaume de Dieu » C1).
Prier, gémir, méditer, c'est quelque chose, mais qu'il s'en faut que ce soit tout ! C'est le chemin, mais ce n'est pas le terme : le terme, en cette vie, c'est la mort entière, complète à soimême, à tous ses désirs, à tous ses goûts, à toutes ses volontés, sans exception, ni réserves ; c'est iiudus nudum Jesum sequi et soins soli
(1) Matt. VII. 21.
uniri (0. Hélas ! dans son amour ineffable, ce bon Maître ne demande qu\à s'unir à nous : c'est nous qui le repoussons, non comme St Pierre, par humilité et parce que nous sommes pécheurs, mais parce que cette union nous semble trop dure, et que cet amour nous est importun. Il y a de quoi s'anéantir éternellement à la vue d'une ingratitude si monstrueuse : l'homme repousser Dieu ! le cœur de l'homme dédaigner le cœur de J.-C. ! Qui le croirait ? Et pourtant, Seigneur, il est ainsi : ô mon ami, aime-le bien, aime-le de tout ton cœur, de toute ton âme et de toutes tes forces, ce Maître si doux, si tendre et si incomparablement aimable ; aime-le, s'il est possible, et pour toi et pour moi, qui suis tout de glace à son égard, ce sera pour le misérable qui t'écrit une grande consolation de savoir que du moins tous ne sont pas aussi ingrats que lui envers ce bon Maître. Un jour viendra où la paix et la joie de notre cœur ne dépendront plus de ces légères épreuves, que la Providence nous ménage dans le
(i) Paroles de l'Imitation.
temps, pour ranimer en nous le désir de L'éternité.
[/Eternité ! ah ! comprenons-nous bien ce mot-là ? Ce n'est, ce me semble, que dans la solitude, loin de toute distraction, que l'âme trouve en soi assez de place pour cette immense idée, si effrayante, a
la fois, et si consolante. On demandait à un Chartreux ce qu'il faisait depuis 40 ans dans sa cellule. « Cogilavl aies antiquos et annos œternos in meule habui, » (0 répondit ce bon religieux, qui dans un demi-siècle de méditations, n'avait pas épuisé cette pensée inépuisable et toujours nouvelle,
Ne nous troublons point pour quelques épreuves passagères. Ce sont ces orages qui fatiguent et retardent le pauvre voyageur, mais qui ne l'empêchent pas d'arriver au terme.
Prie pour moi Celui qui est ici-bas notre unique consolation et qui sera, je l'espère, notre éternelle récompense. —
M. Houet transcrivit cette lettre de Féli sur une copie faite par Jean-Marie et conservée à Plocrmcl.
(1) Ps. LXXVI. 6.
Il répète, en terminant, son exclamation douloureuse : « Hélas ! »
Voici le billet de Féli dont parle Jean ; il est adressé à M. Brute :
— Mon cher ami, comment avez-vous fait votre retraite ; quels livres de lecture aviez-vous ; quels autres livres principaux à conseiller en particulier ? J'ai beaucoup de curiosité d'apprendre les meilleurs procédés, mais encore plus de paresse à tirer le meilleur parti de ceux à notre portée. C'est une grande misère, j'en rougis, j'en gémis. Il me semble que je ferais mieux en telle autre situation, c'est une tentation pitoyable, comme de trop ressentir un silence et une absence qui est dans l'ordre entre nous sur la terre et pourtant à laquelle je ne sais plus me faire après ce mois trop heureux que nous avons passé ensemble. Que j'aimerais à vivre ensemble... Ah! c'est de vivre ensemble en Jésus et de sa vie ici-bas : au ciel nous serons unis et perdus en lui. Je suis d'une misère désolante. De vos lettres, chers amis ! —