DOCTRINE DE L'ESSAI. — LETTRE DE L'ABBÉ BARROIS A LAMENNAIS
éli écrivait de Paris à M. Querret, le 20
octobre 181 6.
— M. de Chateaubriand m'a remis, mon cher Querret, .votre lettre et celle de M. de Lehen ; mais comme je ne les lus qu'après son départ, il ne fut question entre nous que de choses assez vagues. Cependant, je lui témoignai, le plus honnêtement qu'il me fut possible, le désir de cultiver sa connaissance. De son côté, M. Carron à qui je communiquai ce que me marquait M. de Léhen, écrivit à ce jeune homme pour L'engager à le venir voir, ce qu'il n'a pas tait encore que je sache. Cela ne me surprend pas beaucoup.
Il y a bien loin des Feuillantines à la rue de l'Université, et l'on est aisément, à un certain âge, séduit par un certain monde. Peut-être penserez-vous que j'aurais dû aller voir M. de Chateaubriand. Cela eût été, j'en conviens, trèsfort dans la règle ; mais cette règle est ici totalement incompatible avec les devoirs des gens occupés. La vie se passerait en visites, et ce serait trop aussi. Aussi (sic) n'ai- je de rapport qu'avec les personnes qui me dispensent de cette gène insupportable ; autrement, il faudrait renoncer au travail, et du soir au matin, s'en aller de porte en porte recevoir et distribuer l'ennui. Pour moi, comme l'homme de la fable, laissant le plus empressé courir après lui, je l'attends paisiblement, au coin de mon feu dans ma petite chambre, et souvent je ne le trouve encore que trop exact au rendez-vous. Je crois inutile d'écrire ces détails à M. de Lehcn ; veuillez, en lui présentant mes hommages, lui dire de ceci ce que vous croirez à propos qu'il en sache.
Ici, comme partout, les esprits sont fort agités. On attend le mois de novembre avec impa-
tience, et puis, l'on attendra décembre et janvier tout aussi impatiemment. Ainsi va le monde, nous ne le changerons pas. Quand La Bruyère et Pascal se sont mis à chercher la cause des malheurs de l'homme, ils ont trouvé qu'ils venaient presque tous de ne pas savoir garder la chambre. C'est ce qui fait que je me tiens dans la mienne et bien fous, à mon avis, ceux qui n'en tout pas autant. Si j'avais à peindre la stupidité opiniâtre, je prendrais pour modèle un de ces pauvres gens qui, toujours mal à Taise au milieu de leur famille et de leurs amis, s'en vont, guidés par des filous, de chambre en chambre, de tripot en tripot, jusqu'à celui où les attend le déshonneur et la ruine. Arrivés là, joués, dépouillés, conspués, bernés : « Vraiment, disent-ils, c'est pour tout de bon: qui l'aurait cru? » — Eh, pauvres idiots, lisez les prophètes. N'est-ce pas pour vous qu'il est écrit dans Jérémie : a, a, a, a, a ? (0 — Mais, voyez un peu, ils ne comprennent même pas cela.
(i) Jer, I. 6 ; XIV, 13. Interjection Je douloureuse stupeur, cbei le prophète. Lamennais v voit, de plus, dans la circonstance, un plaisant monosyllabe qui rappelle autre chose que le cri du lion.
Adieu, mon ami, écrivez-moi et ne doutez jamais de mon inviolable attachement. —
Nous observons que Lamennais oublie assez souvent de signer ses lettres : un simple parafe, comme ici, ou l'initiale F, lui tient lieu de signature le plus habituellement.
Féli depuis son retour d'Angleterre habitait Paris, auprès de M. Carron, chez de vieilles et saintes demoiselles (x) que les deux frères appelaient familièrement « leurs bonnes Feuillantines », parce que leur demeure était située dans l'impasse de ce nom, au faubourg St Jacques. Si Féli prodiguait ses forces, de son côté Jean ne ménageait guère les siennes non plus, comme nous Tapprend la lettre suivante de l'abbé Carron :
« Paris, il mars 1817.
Mon tendre et vénéré ami. Que j'ai donc entendu avec peine un petit paragraphe de votre
(1) M11" Cornulier de Lucinière, de Villiers et de Trémereuc.
Elles étaient à la tète d'un pensionn.it. L'une de leurs élèves, aujourd'hui Madame de la Porte-Barrée, nous racontait tout dernièrement que l'abbé Féli, malgré sa complaisance filiale pour l'abbé Carron,
d'après des documents inédits 123
dernière lettre à notre bien aimé Féli. Quoi ! Seriez-vous donc résolu de réduire aux abois une santé déjà si faible et comme épuisée par vos immenses travaux ? Mais contemplez l'Eglise de France, et calculez, s'il vous est possible, mon bien tendre ami, l'étendue de la perte qu'occasionne la mort d'un bon prêtre, surtout d'un prêtre en autorité, comme il mérite d'y ètre(sic). Je viens, au nom d'une amitié que je crois entre nous deux éternelle, vous conjurer de consulter mieux vos faibles forces, et de ne plus aller imprudemment au-delà. Songez, fidèle ami, que c'est encore plus ma conscience que mon cœur que je consulte ici. Notre cher Féli me paraît un peu mieux et plus gai. Priez pour nous, rendezvous aux vœux de notre tendresse, embrassez de ma part le digne M. Viol. Je vous colle sur mon cœur. Votre si tendre et si respectueux ami. Guy Carron. »
Le digne abbé Carron avait, on le voit, con-
ne se résigna jamais à prêcher, à sa place, devant les jeunes eu quelque instance qu'on lui fit. Le puissant écrivain ne se sentit jamais orateur.
serve quelque chose de la phraséologie du XVIIIe siècle : mais chez lui les actes commentaient éloquemment les paroles qui alors n'avaient plus rien d'exagéré. Lorsque l'Eglise de Saint- Brieuc sortit enfin de son long veuvage, à l'arrivée de M§r le Groing de la Romagère dont Féli parle si plaisamment dans une lettre à Jean C1), celui-ci résolut de quitter le diocèse qu'il avait administré avec tant de sagesse et de fermeté, durant la vacance du siège. M. Carron, dans une lettre du 13 août 181 7, nous apprend qu'il ne goûtait point ce projet, mais que les raisons qu'il opposait à son exécution étaient victorieusement combattues par Féli qui se réjouissait, sans doute, à la pensée de voir son frère, débarrassé des soucis de l'administration d'un vaste diocèse, lui prêter de nouveau, pour ses futures publications, le secours de son érudition vaste et solide., M. Carron battu par correspondance espérait bien reprendre sa revanche de vive voix, lorsque Jean viendrait à Paris. Jean fit, en effet, le voyage de la capitale où, s'il but en croire
(1) Blaize. I. 365.
d'après des documents inédits 127
l'abbé Carron (lettre du 9 novembre), il tourna «toutes les tètes... des vénérables matrones (0 et de leurs aimables pupilles » ; mais Féli fut vaincu à son tour, puisque Jean retourna peu après en Bretagne3 à Saint-Brieuc, près du nouvel évêque aux instances réitérées duquel il cédait non moins qu'à l'argumentation orale de l'abbé Carron.
Le premier volume de l'Essai parut au commencement de l'année 1818. Féli écrivait, le 9 février, à son homme d'affaire, à Saint-Malo M :
« M. de Bonald et d'autres personnes distinguées ont fait à mon insu des démarches pour faire annoncer mon livre dans le journal des Débats.
Feletz s'en est chargé, mais il a demandé du temps. Je connais l'homme et ne compte guère sur sa diligence. Du reste, on me juge ici asî favorablement. L'abbé l:ravssinous disait : « Cet ouvrage réveillerait un mort. » Ceci entre noi je vous prie, etc. »
(1) I es Feuillantines.
(2) Il s'appelait Biarrot'.-, si toutefois nous .ivons bien lu sa j turc .iu btl de la lettre qu'il écrivait à l'abbé Jean, le io té\ .
sans doute le même que celui dont parle Féli dans sa lettre du 5 juillet 1S20, adressée à M. Qjierret et que l'on trouvera d-ejM
De son côté, Chateaubriand écrivait, à l'adresse de l'auteur de l'Essai, ce billet daté du 1 1 mai :
« Mon illustre compatriote, votre talent aurait donné l'immortalité à cet ouvrage, moi, je la reçois de mon sujet. Combien je regrette de ne vous voir jamais ! Mille tendres amitiés et admiration sincère.
Chateaubriand, n mai. (*) »
Les deux célèbres Malouins ne tardèrent pas à se brouiller, pour se reconcilier plus tard.
Le livre magistral de Lamennais secoua, dans leur torpeur, non seulement les indifférents auxquels il s'adressait plus spécialement, mais les Voltairiens, toujours en si grand nombre, et * jusqu'aux Gallicans qui ne virent pas sans terreur l'influence prépondérante que valait cet ouvrage à leur ennemi juré. Tous ne tarderont pas à s'unir contre YUltramontain (2).
(i) « Copié à Ploërmel, sur l'original. » Note de M. Houet.
(2) « Le mot d'ordre contre les défenseurs des principes catholiques, c'est l'Ultramontanisme. » Lettre de Féli à Jean. 7 avril 1818. Blaize. I, 352. •
d'après des documents inédits 129
En 1818, nous apprend une note de M. Houet, Gratien Robert de Lamennais, le jeune frère de Jean et de l:éli, décéda aux colonies du vomito. Féli, en particulier, ressentit une si vive douleur, à cette nouvelle, que les médecins craignirent pour son existence d'ailleurs excessivement frêle et délicate. M. Carron écrivait, le 8 août 18 18, à Jean que M. de la Romagère avait pris pour vicaire général.
« — Mon bien aimé ami, si j'ai pour le cher Féli et pour vous le cœur du plus tendre frère, quelle part n'ai-je pas prise à la vive et juste douleur que vous éprouvez et que nous partageons bien avec vous ! Je tremble que tout le bien qu'avait lait à notre ami son voyage de Bretagne (0 ne soit perdu par le coup subit dont il a été frappé : une affection spasmodique l'a mis, pendant plusieurs heures, dans un état dé-
fi) Féli était aile se reposer quelque temps dans sa province natale. C'est durant le séjour qu'ils firent ensemble, à la Chênaie, à cette époque, que les deux frères écrivirent à M. Brute la lettre publiée pai M. rneiie, p. t 1 7. LTOnS sous les yeux
ttC lettre remarquable : elle est écrite toute entière de la main de Jean et signée de lui et de Féli.
chirant ; les larmes ne sont point venues et il en faudrait d'abondantes pour réprimer et faire cesser cette sorte de crise : j'espère, mon tendre ami, vous donner en quelques jours des nouvelles plus consolantes.; mais je vous demande en grâces de vous ménager vous-même, de modérer votre affliction, si vous avez un peu de pitié pour vos meilleurs amis. Pour qui la voix de la Religion peut elle être plus éloquente, que pour un cœur comme le vôtre ! Ici, tous les cœurs sont pleins de vous. Votre affligé et si tendre ami G. Carron, ptre. »
Mlle de Trémereuc, l'une des Feuillantines, prenant la plume, à son tour, écrivait, sur la même feuille, ces paroles touchantes :
— « Excellent et malheureux ami, que (sic) nous partageons tous sensiblement la peine accablante des deux frères ! Les médecins nous assurent bien qu'il n'y a nul danger dans l'état de notre cher Féli. Soyez donc tranquille sur son compte et ménagez-vous pour Dieu et pour vos amis.
A. Trémereuc. »
ES DES DOCUMEV ITS Itl
M. T le saint 7 ^ue les deux
es comp: parmi leurs meilleurs amis,
succombait aux atteintes d'un mal cruel dans même mois d'août : . L'abbé Carron écrivait de Paris, à la date du 24 août 181 8, au sujet c mort : C. nouveau choc nent sup-
porté par mon Lamennais qui se refuse d'ailleurs à toute distraction. » (J)
Enfin, le 19 9-* suivant, mourut en An chez ses parents, Henry Moorman, jeune hommeque
i, pendant son séjour à Londres, avait entrepris de convertir à la religion catholique et avec lequel il e ait les rapports les plus intimes, tant il
a\\. s ur d'amener à la connaissance compi -
âme qu'il jugeait pleine de candeur et de le Forgues parle longuement
(2) Dans une lettre d.. on frère : * La
nui: enres et demie, notre pauvre Teysseyre a cessé
de > - neuf heures. Quoique dans an c
maladie. L'Eglise ne pou ■ pins grande perte. Ne sots pas inquiet de ma
Bla; >8.
cette amitié qu'il qualifie, à son insu probablement, d'un terme odieusement équivoque. La nouvelle de cette mort frappa d'un nouveau coup l'âme si aimante du grand écrivain. M. Carron écrivait le 3 mars 181 9 :
« La mort du jeune et aimable étranger que le cher Féli aimait comme un frère a fait sur lui une trop vive impression. Le genre de vie actuel de ce digne ami est fort dissipant et je n'en dirais pas un mot si je ne trouvais que cette nouvelle mesure (T) ne nuisît à sa faible constitution. Nous le voyons fort peu, et il est toujours fort triste. Ah ! que le Seigneur prenne sur ma vie pour conserver la sienne, elle est notre trésor à tous. » (2)
Depuis l'apparition du premier volume de l'Essai, le nom de Lamennais était dans toutes les bouches. On lui supposait un crédit aussi consi-
(1) Nous croyons lire ce mot (d'ailleurs assez impropre peutêtre) sur la copie de M. Houet.
(2) En parlant de cette mort Féli écrivait à son frère, le 2 février 1819 : « On t'a marqué le nouveau malheur que j'ai eu à supporter. J'ai espéré un moment de n'y pas survivre. Dieu en a ordonné autrement. » Blaize. I, 385.
dérable que sa réputation et l'on se recommandait à lui un peu de tous côtés. Mais si son nom était connu, sa personne ne Tétait guère ; la vie retirée^) qu'il avait toujours menée le rendait peu propre au rôle de protecteur qu'on voulait lui faire jouer malgré lui. Il écrivait le 7 mai à M. Querrct :
« Je m'estimerais très heureux, mon cher ami, d'être utile à M. Jalobert, mais rien, à mon grand regret, n'est moins en mon pouvoir. Paris est le lieu du monde où il est le plus difficile de se placer. M. Jalobert le sait mieux que personne. Il a employé ici, l'année dernière, 7 ou 8 mois à faire des démarches qui sont demeurées sans succès. Il en serait de même s'il revenait. Le meilleur parti qu'il puisse prendre est de rester chez sa sœur ; il n'est pas possible que sa famille le laisse dans la misère, et il ne ferait d'ailleurs que l'augmenter par l'inutile dépense d'un voyage à Paris. J'ai sur les bras plusieurs personnes dans la même position que lui, ou dans une position plus lâcheuse
( i ) I.c :S mai 1818, il écrivait de Ptria à Jean : « Je suis censc être à l.i campagne. Je ne sors point et ne vois que quelques amis qui entrent par billet. » Blaiie. I ; .
encore. Je n'ai pu réussir à procurer de place à aucune d'elles. Vous concevez que ce n'est pas sans peine que je vous engage à détromper de ses espérances M. Jalobert ; mais il faut bien lui dire la vérité.
« Je suis accablé de fatigues, c'est ce qui m'empêche de vous écrire plus longuement. Mille choses tendres à tous nos amis. Je vous prie de remettre à mon beau-frère les 52 fr. dont vous me parlez. Adieu, mon ami, priez pour moi ; je vous embrasse de tout mon cœur.
On n'écrivait pas seulement à Lamennais pour solliciter sa protection : de toutes parts lui arrivaient des témoignages d'admiration et de haute estime. Et, ce qu'il y a de plus flatteur pour un écrivain, on commençait à le piller, chose qui n'arrive guère aux méchants auteurs, à ces pauvres diables qui empruntent toujours et ne prêtent jamais, à leur grand dépit. Un conseiller aulique lui adressait de Vienne, le 24 novembre 18 19, la lettre suivante :
« Recevez, Monsieur l'abbé, l'hommage que prête un inconnu dans Péloignement (0 à vos
vertus, à vos talens, à vos principes, et surtout à votre zèle pour la gloire de Dieu et pour le retour des hommes à la vérité, qu'une fausse philosophieleur a fait méconnaître, et que l'empire des sens, de l'intérêt et de l'orgueil n'a que trop facilement obscurcie.
« On avait récemment le dessein de faire réimprimer à Vienne votre ouvrage sur l'indifférence
en matière de religion, auquel vous donnez modestement le nom d'essai, puisque plusieurs personnes désiraient se le procurer, et que les libraires semblaient ne pas vouloir s'y prêter. Maintenant que ceux-ci ont changé de système, y trouvant leur intérêt, et que nous sommes à la veille de voir paraître une bonne traduction allemande et probablement aussi une en langue polonaise, on a abandonné ce projet.
« Je prends la liberté de joindre à ces lignes un exemplaire d'une feuille périodique, qui parait
(i) Noua respectons les germanismes Je l'auteur.
depuis le commencement de l'année courante, dans le but d'engager par son petit volume et sa variété, deux fois par semaine, à quelque lecture utile ceux qui ne se prêteraient pas à lire un livre qui annoncerait une matière de spiritualité. Vous y trouverez, Monsieur l'Abbé, l'usage qu'on a fait de quelques petits écrits sortis de votre plume, qu'on a trouvés dans le Conservateur. Il a été depuis inséré celui sur le suicide. Vous excuserez, Monsieur l'Abbé, cette espèce de plagiat. Si je puis croire que la continuation de cette petite feuille puisse ne pas vous être désagréable, je chercherai les occasions à vous les faire parvenir. En attendant, je vous demande le secours de vos prières, Monsieur l'Abbé.
« Votre tout humble et très obéissant serviteur,
Le baron de Jenhler C1),
conseiller aulique.
DeVicnnc le 24 novembre 1819. »
(1) Nous ne sommes pas certain de bien lire cette signature.
En [820 parut le second volume de l'Essai. Il
devait encore faire plus de bruit que son aîné, mais aussi allait-il être plus exposé à la critique. Lamennais v exposait sa fameuse doctrine du sens commun qui devait, selon lui, renouveler la philosophie et par contre-coup l'apologétique chrétienne, en les asseyant, l'une et l'autre, sur une base qu'il jugeait inébranlable. L'un des biographes de Jean (0 traitera cette confiance que Lamennais avait en son génie « d'orgueil immense » — ci orgueil saint et légitime, cruellement expié » observe ici M. IIouct.Quoi qu'il en soit, malgré les contradictions qui assaillirent ce second volume, ou mieux à cause d'elles, il obtint une vogue extraordinaire, augmentée encore par la célébrité acquise déjà par son auteur. Celui-ci écrivait de Saint-Brieuc, le 5 juillet 1820, à M. Querret :
« Vous recevrez, mon cher ami, cent exemplaires de mon 2° volume. Veuillez en accepter un pour vous et en faire remettre :
« 1 à mon oncle (a) ;
(1) Sigismond Ropartx, p. p.
(2) M. des Saudrais, le frère «.le son père.
«là mon beau-frère C1) ;
« 1 à Biarrote (2) ;
« 1 à Bellevue et 1 à Bois, de ma part. J'oubliais Marion l'aîné à qui j'en destine aussi un exemplaire.
« Quant aux autres, je compte sur votre obligeance pour les placer successivement. Ce volume se vend 5 francs à Paris. Je vous en fais expédier un grand nombre, parce que cela diminue les frais de transport, et que nous avons du temps devant nous.
« Vous verra-t-on bientôt ? Vous devriez venir passer quelques jours à Saint-Brieuc, ou au moins à la Chênaie, pendant les vacances. Je compte y être vers la mi-août. Mon frère vous embrasse et je l'imite de tout mon cœur. F. »
M. de Sambucy écrivait de Rome, le 7 septembre 1820, à l'abbé Jean :
« ... Je suis flatté de reprendre avec vous une correspondance qui ne pouvait que m'être tort
(1) M. Ange Blaize.
(2) Le même sans doute que plus haut.
d'après hls documents inî.dits 159
agréable, et je suis fort aise de savoir que votre excellent frère se repose, auprès de vous, de ses veilles et de ses fatigues. Soignez sa santé si précieuse pour la Religion et offrez lui mon respectueux dévouement. »
M. l'ravssinous qui, nous l'avons vu plus haut, disait du Ier volume de l'Essai « qu'il réveillerait un mort », écrivait de Paris le 17 août (1820) à l'auteur, alors chez son frère à Saint-Brieuc, la lettre suivante où il constate l'opposition soulevée par l'apparition du second volume, surtout dans les rangs du clergé :
« Monsieur et très honoré confrère, j'ai tait passer à l'abbé Jarrv la lettre qui le concernait ; il réside à Falaise, département du Calvados.
« J'étais à la campagne, lorsque votre lettre du 31 juillet est arrivée ici. Depuis cinq semaines, je n'ai tait, que végéter par suite d'une indisposition assez grave qui m'a laissé beaucoup de faiblesse de tète et de jambes ; je suis incapable de toute occupation sérieuse ; aussi je serais hors d'état d'émet-
tre une opinion raisonnée sur votre second volume ; seulement, je le connais assez pour y trouver l'empreinte d'un esprit très supérieur et du controversiste le plus rigoureux qui ait écrit depuis Pascal 0). Je suis bien sûr de ne pas vous déplaire en vous faisant part de l'impression qu'a faite sur les ecclésiastiques, en général, votre second volume. Il n'y a qu'une voix sur la force du talent ; mais ils se sont alarmés de la philosophie nouvelle qu'il renferme, ils craignent que vous n'ayez, d'un côté affaibli les motifs ordinaires de crédibilité et de l'autre trop exagéré celui de l'autorité ; je crois qu'il est nécessaire que, dans une explication bien nette, bien simple, à la portée de tous les esprits, vous manifestiez la suite de votre système philosophique. Je connais ici un homme d'un esprit solide, exercé, habitué à réfléchir et à combiner ses idées qui m'a dit vous avoir lu deux fois avec beaucoup d'attention ; je l'ai prié de mettre par écrit ses observations motivées ; il me l'a promis ; s'il me tient parole, je vous ferai passer son travail et vous verrez.
(i) Le Gallican ne ménage pas les éloges à l'Ultramontain.
d'après des DOCUMENTS INÉDITS I|I
« Ne m'oubliez pas, je vous prie, auprès de M. votre frère ; je remercie bien sincèrement ici de vous avoir donnés l'un et l'autre à L'Eglise de France, dans ces jours d'extrême pénurie.
« Recevez tous mes sentiments,
Frayssinous. »
Le lendemain, vendredi, 18 août, l'abbé de Lamennais recevait de Paris cette autre lettre, relative au même sujet (0 :
« Vous ne recevriez pas de lettre de moi, mon cher ami, si en ce temps ci, comme précédemment, vous ne receviez que des éloges, je ferais alors très volontiers partie d'un chœur, mais rarement, en un semblable concert, je me charge d'un solo.
« Mais l'état où je rencontre quelques personnes qui ont lu votre second volume et qui me paraissent ne l'avoir pas du tout compris, provisoire-
(i) Elle a pour inscription : Monsieur Lamennais, grand vicaire l'évéqae de St-Brienc, pour faire parvenir à M. Félia (sic)
Lamennais, son frère.
ment le jugent et en portent un jugement très peu favorable, cet état, dis-je, est quelque chose d'assez curieux pour que je vous en entretienne. Tout simplement on vous accuse d'avoir tout ébranlé, d'avoir répandu le doute partout, d'exiger que l'on méprise la belle organisation que Dieu a accordée au genre humain, etc. Je ne sais si l'on ne va pas jusqu'à vous prêter l'intention de soutenir que ce n'est pas avec des yeux d'hommes que ce qui est visible a été vu, car ils ne sont pas bons pour cela, pas plus que les oreilles pour entendre.
« ... Je ne puis retenir le sens des belles choses que j'ai entendues. Or, voici ce que j'ai essayé de présenter comme votre pensée, et comme la thèse : Qu'un homme isolé, entièrement séparé de toute communication avec la société, livré enfin à lui seul, à l'exercice de ses facultés personnelles, corporelles et spirituelles, pourrait, sans doute, exercer ses sens, son raisonnement et son sentiment intime sur les impressions qu'il en recevrait et où il trouverait des germes d'idées, mais que de tout ce travail il ne tirerait pas un atome de certitude ; il en tirerait bien des doutes, des appré-
d'après des DOCUMENTS INllDITS I J3
hensions, des questions de toutes sortes d'espècesC1),
mais en tout ceci, il n'y a nulle certitude ; une goutte ne tonna jamais une rivière et encore moins une mer navigable, si ce n'est pour moins qu'un ciron ; cet état de l'esprit, cette force avec laquelle il sait qu'il peut et doit tenir à ses notions est le produit de circonstances d'où l'hypothèse faite, sépare l'homme en question et qui est l'homme du philosophisme (2) ; dites-moi si vous prenez ceci pour votre thèse, comme je le pense et comme semble l'indiquer la page LXXXII1 de la préface, page à laquelle plusieurs inattentifs n'ont pas fait attention. Quant à moi, j'affirme que c'est mon sentiment en ce qui concerne la certitude des éléments des sciences. Au reste, il m'est arrivé de rencontrer dernièrement M. Frayssinous. On lui avait prêté un jugement porté sur votre ouvrage et je le lui demandais.il me répondit que l'état de
-, qu'à part l'orthographe un peu archaïque parloir, je respecte le style de tous les documents que je transcris.
(2) Je certifie la copie conforme à l'original; ce que je ne saurais
l'absence de galimatias dans celui-ci. Mais enfin,
puisque Lamennais a cru devoir conserver cette lettre, c'est qu'il ne
bsolnment méprisable, en dépit de son style un peu...
barbare, i*il faut dire le mot.
sa santé ne lui avait pas permis d'ouvrir le volume, et vous voyez ce qu'il faut penser de ce qu'on lui faisait dire, mais il voulut savoir de moi quel était le sujet qui causait tant de bruit. Lui ayant énoncé cette proposition dans le sens et presque dans les termes que je viens d'employer, et cela devant un témoin respectable (mais que je regarde comme un inattentif en cette occasion), il assura que sur ce sujet il y avait un magnifique ouvrage à faire, et il en était si frappé qu'il s'étendit sur tout ce qu'il croyait devoir y être rattaché. On contesta que ce fût votre pensée et ce n'est que pour cela peut-être que je vous demande oui ou non. Vous voyez bien que je ne parle absolument que du premier chapitre ; mais vraiment, en le relisant, j'ai honte de ma question et je vous demande pardon, mon bon ami, de vous en importuner. Ne voyez donc dans ma lettre que l'effet du mécontentement où me porte tout ce que j'entends depuis quelque temps de déraisonnable. Je sais bien une explication de tout ce bruit que cause votre volume, mais elle n'est pas prise dans le défaut de clarté de votre premier chapitre. Nous
d'après des documents inédits us
en avons quelquefois parlé et il sera tort inutile de la reproduire. Arrivez-nous ici promptement, car j'aimerais bien mieux vous dire tout cela et autre chose que d'en charger le papier que je ne sais que barbouiller (l). J'espère qu'en tout cela il n'y a pas d'affliction pour vous et que vous réduisez à leur valeur les jugements précipités... Vous nous aviez promis de n'être pas si longtemps absent. Malgré que j'en veuille beaucoup à M. votre frère de vous avoir gardé si longtemps, présentezlui mes amitiés avec mes respects,
« Votre bien affectionné... (2).
« Je ne sais où vous êtes en ce moment, mais j'adresse à M. votre frère qui saura sans doute où vous atteindre. »
Lamennais résumera plus tard lui-même en deux mots son. système dans une lettre à M. Grandi, de Gênes : « Je soutiens qu'aucun homme i infaillible, et c'est là toute la question ; car l'infaillibilité de la raison qui affirme et la certitude
(i) Habtmus confitenUm rtum.
(2) Signature illisible : Dmis. Peut-être but-il lire Dtnù BUixe ,1, p. 19 1.
de la chose affirmée sont deux choses inséparables ou plutôt identiques. » M.
D'ailleurs voici comment il expliquait les contradictions qu'il rencontrait en France : « Les Gallicans'... disaient... qu'ils voyaient bien où je voulais en venir, que mon dessein était d'établir l'infaillibilité du Papt, et que c'était pour cela qu'il fallait discréditer ma doctrine » (2).
Xous donnons ci-dessous l'exposé complet de cette fameuse doctrine du sens commun.
Le 22 août de cette même année 1820, Jean écrivait à l'un de ses amis de Malestroit :
« Mon cher ami, « Je vous remercie de m'avoir envoyé les papiers que j'avais oubliés hier, à Malestroit : je regrette de ne les avoir pas eus ce matin, car j'ai eu des raisons d'envoyer dès aujourd'hui à M* l'évêque de Rennes un exposé de notre système de philosophie : voilà mon brouillon que je vous prie de
(1) Lettre du mois d'août 1821. Blaize, I. p. 401.
lettre du 1" décembre 182 1 au P. Anfossi, maître du Sacré Palais. Blaize, I, 409.
me renvoyer par la première occasion sûre : il
parait que l'Evèque désire que l'on ne consulte pas
Rome dans ce moment-ci : mais j'ai cru devoir
as tarder à lui faire voir que notre doctrine
.it pas opy . :lique,
« Tout à vous,
Jean. »
ici très vraisemblablement le brouillon dont parle Jean, ou plutôt la copie, car l'écriture i pas - nain, non plus que de celle de son
. M ; peut-être aussi n'est-ce qu'un fragment de l'original, comme la première phrase parait le supposer assez clairement. En tout cas, nous avons première main, on peut le dire, ce fameux ème du prin: .rtitude inauguré
:.n faisait alors sien :
« ... t ions si simples contiennent
.r pour la bien comprendre il suffit d( .les ren-
ne
(1) Die est pi Houet lui-même, bien quV...
beaucoup le que son écriture cursire 01
« Et d'abord on voit, qu'en traitant cette question, on commence par supposer premièrement que l'homme a l'idée de la vérité, en d'autres termes qu'il est intelligent ; secondement qu'il est en rapport avec d'autres êtres intelligents semblables à lui, c'est-à-dire qu'on suppose ce qui est nécessairement supposé dans toute discussion humaine. En effet, on demande à tout homme auquel on entreprend d'expliquer cette doctrine, s'il se croit intelligent et s'il croit à la communication des intelligences au moyen de la parole. S'il répond négativement, il ment par cela môme qu'il répond, et d'ailleurs on n'a rien à dire à un fou qui ne sait pas si on lui parle. Si cet homme répond affirmativement, le fait primitif de la communication des intelligences est admis pour base de toute la discussion. Mais alors on doit sentir qu'il serait aussi absurde de revenir ensuite à demander comment on pourrait prouver cette communication des intelligences, qu'il le serait de revenir à demander comment on prouve que l'homme est un être intelligent, puisque ce serait dans les deux cas remettre en question ce qui a
d'après des documents inédits 149
été convenu d'abord, ce qui a dû l'être nécessairement, sous peine de ne pouvoir, je ne dis pas traiter, mais même énoncer une question quelconque.
« On doit aussi remarquer qu'on ne démontre pas que le principe de certitude réside dans la raison générale, en ce sens que l'on déduise l'infaillibilité de celle-ci d'une vérité antérieurement certaine. Cela même serait contradictoire, car ce serait supposer d'une part qu'elle renferme le principe de certitude, et de l'autre qu'elle ne le renferme pas, puisqu'on chercherait, hors d'elle, le principe de cette démonstration même. Au lieu de tomber dans cette contradiction fondamentale, on montre, en considérant seulement, ainsi que nous l'avons vu, des faits relatifs à notre nature, qu'il faut ou douter de tout ou croire à la raison générale, et la tenir pour infaillible ; de sorte que Ton admet cette infaillibilité, non d'après une conception de la raison, mais le besoin de croire, inhérent à notre nature.
« Mais, si L'on considère, sous un autre point de vue, ce qu'on appelle démonstration, on verra
que cette doctrine importe avec elle une démonstration du même genre que toutes les autres, et en même temps beaucoup plus forte. En effet, toute démonstration se réduit à un syllogisme, dont les deux premières propositions, supposées certaines, doivent contenir la troisième qui est celle que l'on veut prouver et la force de la démonstration consiste à obliger l'adversaire à reconnaître cette troisième vérité, ou à renoncer aux deux autres vérités qui font partie de sa raison. Or, si l'on rejette la doctrine d'autorité, on est obligé de renoncer non pas seulement à une partie de la raison, mais à la raison humaine toute entière : ce qui constitue le plus haut degré de force qu'une démonstration puisse avoir.
« On voit par tout ce qui précède que la certitude primitive pour l'homme est purement relative à sa nature, et en effet, elle ne saurait être rien de plus, ni pour lui, ni pour toute intelligence créée. Pour qu'elle fût quelque chose de plus, il faudrait qu'il connût que sa nature est, par ellemême, en possession de la vérité, c'est-à-dire qu'il faudrait qu'il fût Dieu, car Dieu seul, étant par
son essence la vérité même, peut se concevoir decette manière. Mais aussi, cette certitude relative à notre nature étant supposée, l'homme parvient à acquérir la seule certitude rationnelle dont un être créé soit capable.
« La foi à l'autorité générale le conduit à la toi en Dieu, et, Dieu étant connu, l'homme connaît en même temps la raison de sa certitude, puisqu'alors il conçoit que la raison humaine est infaillible, non par elle-même, mais parce qu'elle est une participation à la raison infinie qui seule est essentiellement infaillible. »
Ces quelques lignes renferment toute la philosophie de Lamennais et contiendra plus tard toute sa théologie. C'est l'exagération du principe : Quoi! ubique, quoà semperi quod àb omnibus creditum verum necesse est. On ne saurait supposer, en effet, que Dieu ait laissé tous les hommes de tous les temps et de tous les pays tomber dans l'erreur sur un point fondamental. Tous ceux qui se sont occupés de réfuter l'athéisme et de démontrer l'existence de Dieu n'ont jamais négligé la preuve tirée du
consentement universel des peuples. Mais elles sont bien peu nombreuses les vérités qui furent toujours admises de tous et partout ; sans doute, elles sont d'une importance majeure, mais elles ne suffiraient pas à former un corps de doctrines complet.
Lamennais avait une telle confiance dans sa doctrine qu'il écrivait à l'abbé Brute, le 22 février 1818, en parlant du 2e volume de l'Essai :
« Je développerai (dans ce 2e volume) un nouveau système de défense du christianisme contre tous les incrédules et hérétiques, système extrêmement simple d'où sortiront des preuves si rigoureuses, qu'à moins de renoncer à dire : Je suis, il faudra que l'on dise : Credo jusqu'au bout. » (x)
Illusion, sans doute, mais après tout noble illusion d'une intelligence d'élite et d'une âme alors sincèrement chrétienne.
La nouvelle philosophie de Lamennais, par cela
(1) De la Gournerie, p. 140.
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même qu'elle était nouvelle, dérouta les tenants des systèmes anciens qui se voyaient troublés dans leur protonde quiétude. Ils s'insurgèrent tout d'abord contre cette doctrine du sens commun qui ne leur semblait pas du tout celle du bon sens. Mais son auteur la présentait sous des dehors tellement séduisants, que plusieurs se laissèrent fasciner, il y eut une réaction en sa faveur. Lamennais constate ce fait dans la lettre suivante à M. Querrct, mais en exagérant peut-être sa portée :
« Saint-Brieuc, 28 novembre.
« Pourricz-vous, mon cher ami, faire parvenir de ma part un exemplaire de mon second volume au Père Antoine, abbé de la Mcillcraye, près de Nantes ? Vous m'obligeriez beaucoup. Je désirerais aussi que vous voulussiez bien m'envoyer votre lettre relative à ce brave homme qui voit tout dans les étoiles. Je crains qu'il ne se fâche, si je tarde plus longtemps à lui répondre. Et, à propos de réponse, en avez vous reçu une de M. L. ? Je crois que le public commence à revenir sur ma doc-
trine. Les deux frères vous embrassent de tout leur cœur. »
Voici une lettre*» où Lamennais, sollicité par M. Querret de trouver à un certain M. Ollivier une place de précepteur à Paris, se dérobe de nouveau pour les raisons qu'il donnait plus haut, dans une circonstance analogue et pour d'autres qu'il ajoute et qui lui paraissent non moins péremptoires. Décidément, Lamennais se refusait a rien demander pour les autres comme pour lui, le métier de diplomate ne lui allait guère et il savait qu'il faut toujours user d'un peu de diplomatie, quand il s'agit d'obtenir une faveur, si minime soit elle.
« St Brieuc (2), Ier décembre.
« J'ai été bien souffrant tous ces jours ci et
(i) Nous la donnons ici pour ne pas troubler l'ordre chronologique. Le lecteur voudra bien se rappeler que nous avons pris pour règle de transcrire ces documents, non d'après les matières qu'ils traitent, mais simplement d'après leurs dates. Nous ne contrevenons que très rarement à cette règle, comme on le reconnaîtra aisément, et nous ne le faisons que pour des motifs impérieux.
(2) Nous aurions pu observer plus tôt que les deux Lamennais écrivent toujours St Brieux, suivant l'orthographe du temps. Nous
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forcé par la fièvre de garder le lit ; ainsi, mon
cher ami, je me bornerai à vous répondre deux mots. Je désirerais être à même de rendre à M. Ollivier le service qu'il me demande, mais vous concevez bien que, loin de Paris et y avant conservé peu de relations, cela m'est absolument impossible. Il arrive quelquefois qu'on entend parler de personnes qui cherchent un précepteur, mais il faut être dans le monde pour cela, et attendre quelquefois longtemps l'occasion de recommander celui à qui l'on s'intéresse. J'ai été souvent à lieu de remarquer combien les jeunes gens de la province s'abusent sur la facilité de trouver des places à Paris. Il y a vingt concurrents pour la plus médiocre. Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur. »
l'éli était retourné à Paris où il put se rendre compte mieux qu'à St Brieuc de l'immense retentissement de sa doctrine.
rétablissons l'orthographe actuelle. De même, dans le corps des mots,
ils écrivent souvent l'a comme un o ; nous n'avons pas cru devoir pousser l'exactitude de la transcription jusqu'à ces détails intimes : le scrupule doit avoir ses limit
L'abbé Rohrbacher, alors vicaire a Lunéville, écrivit, le 8 février 1821, à l'auteur de l'Essai pour le féliciter de son beau travail et lui dire le succès qu'il obtenait au grand séminaire de Strasbourg. Le 3 mars suivant, Lamennais répondait à celui qu'il devait bientôt associer à ses travaux apologétiques :
« J'ai tardé longtemps à vous remercier, mon cher Monsieur, de la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire ; mais c'est qu'en vérité je n'ai pas un moment à moi. Je m'occupe d'écrire ma défense, et je désire savoir si j'y pourrai joindre le morceau précieux que vous m'avez presque promis. Il suffirait que je le reçusse dans cinq ou six semaines. Voyez s'il vous est possible de me rendre ce nouveau service. J'en serais très reconnaissant. La cause que nous défendons est importante. Nous attaquons l'erreur dans son premier principe ; il ne faut pas la laisser respirer un seul instant. Vous avez dû recevoir le livre de M. Bellugon. Ne vous embarrassez pas de celui de M. Gendon. On en fera justice ici. L'essentiel est
de bien faire comprendre la doctrine qu'on repousse, et qui n'est que la doctrine du genre humain, la véritable philosophie du bon sens, du sens commun. Adieu, Monsieur, M. de St-Yictor vous offre ses hommages pleins d'amitié. Je suis avec les sentiments les plus vifs, tout à vous en N. S. et sa Sainte Mère.
F. de Lamennais. »
M. de Sambucv, dont nous avons vu plus haut la lettre d'éloges adressée à l'auteur de l'Essai, tout en donnant son avis personnel, se trouvait être l'écho de Rome même d'où il écrivait. La doctrine renfermée dans les deux premiers volumes de l'Essai, les seuls parus jusque là, fut solennellement approuvée à Rome à trois reprises différentes : le 8 novembre 1821, par Pietro Glauda de la Congrégration de la Doctrine Chrétienne, Lecteur de la Sainte Théologie ; le 15 avril 1822, par don Paolo del Signore, chanoine régulier de Latran,
professeur public d'Antiquités chrétiennes et d'Histoire ecclésiastique à L'Archigymnase romain ;
enfin le 29 avril 1822 par Frère Basilo Tomaggian, archevêque de Durazzo.
Ces trois personnages avaient été officiellement chargés par le Maître du Sacré Palais d'examiner la doctrine de Lamennais telle qu'il l'avait expliquée dans sa Défense de l'Essai. (:)
Un prêtre zélé du diocèse de Langres, l'abbé Barrois, voulant doter son pays d'établissements analogues à ceux que l'abbé Jean de Lamennais avait fondés en Bretagne, écrivait à Féli le 6 juillet 1822 :
(1) Approvazioni — i — Nel leggere per commissione del Revercndissimo P. Maestro del Sacro Palazzo Apostolico il Manoscritto, che a per titolo : Difesa del Saggio suW indiffèrent in materia di Religione del Sig. ab. Francesco (sic) de la Maniais : vi ho ravvisato, che il ch. Autore con buon ordine, con moka erudizione, e con profondità di raziocinio mette in chiaro il metodo tenuto nel Saggio per combattere gl'Increduli, e fa vedere, che lungi dal rccarc aie un pregiudizio aile prove délia verita délia Religione Cristiana, e dal camminare sulle erranti pedate de, Filosofi, corne si erano alcuni immaginato, e anzi l'unico per giungere con sicurezza alla Verita. Mi auguro, che questa letteraria fatica riuscira accettissima agli amatori del vero ; ondegiudico, che se ne possa permettere la Stampa, non essendomi incontrato in cosa, che si oppunga aile santé regole délia Fede, e délia Morale Cristiana.
Roma S. Maria in Monticelli questo di S novembre 1821.
Pietro Glauda délia Congregazione délia Domina Cristi.ina. Lcttore di S. Teologia.
— 2 — Ho letto per commissione del Kcvcrendissimo Padie Maestro del S. Palazzo Apostolico la traduzione Itaiiana dell Opéra
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« Monsieur, c'est avec bien du plaisir et un grand intérêt que j'ai lu dans les journaux l'annonce du cordon sanitaire formé par M. votre frère par le moyen des Petits Frères, pour préserver les campagnes de la contagion de la peste des mauvaises doctrines et de l'irréligion qu'on cherche à y faire pénétrer par tous les moyens ; il était réservé à vos talents et à vos lumières d'éclairer les gens du monde sur les suites terribles de l'indifférence en matière de religion et de leur ouvrir (sic) l'abîme inévitable dans lequel elle précipite... »
Jcl ch. ab. Francesco de la Mennais, che ha pei titolo : « cDifcsa del ;io siill' indifférera in materia di tRfltgione ; e non solamcntc non vi ho trovato titilla di contrario alla Religionc nicdesima, cd ai buoni costuini, ma ho veduto che il sistema de II' autorita stabilito dall' autore . perftttamenU coerentt ai principj di Religion* manifestati da Dio ail' U01110. In quanti) poî alla parte Filosofica, Stando sempre a ^li opportun! mezzi di giungere alla verita dichiarati dall' Autore stesso, parc che rajjionevolmente altri non possa riprovarla.
Dalla Caaonica di S. Pietro m Vincoli questo di rj Aprile : Don Paolo Del Signore Canonico Rot;. I.ater.mense, pubblico Professore di Antichita Cristiana, e di Stoiia 1-cclesi.istica nell' Axchîginuasio Romano.
— î — Ho letto per commissione datami dal Revercndissimo P. tro de! S. Palasao Apostolico la bella tradiurione dalla Fran<
nclla nostra lingaa [taliana délia Difisa </■ <//' indiffèrent in
materia di Religion* del Sig. ab. Francesco de La Mennais. In quesla Difesa il ciotto Autore prende a sviluppare, e mettere ncl suo chiaro
l6o LAMENNAIS
L'abbé Barrois entre dans certains détails concernant l'établissement qu'il s'occupait de fonder cà Langres, à l'instar de la congrégation enseignante, créée par M. Jean de Lamennais. Il dit en terminant :
lume il principio da lui stabilito nel seconde» Tomo del suddetto Saggio ; « che nella ricerca délia verita non dobbiamo mettere il principio di certezza nell' uomo individuale : ma bensi tener per vero cio, che tutti gli nomini credono invincibilmente. » Tait, e tante sono le ragioni, con le quali rinforjfl il suo assunto, che a vie sembra averlo ormai chiaramente dimostrato. Piaccia a Dio, che dalla lettura di questa Operetta restino disingannati tutti coloro, clic per non aver voluto sottomettere gli scarsi lumi délia propria ragione alla infallibile autorita délia Chiesa Cattolica, hanno miseramente perduta la vera Fede. Questo e lo scopo cui mira il dotto, e pio autore nella sua Difesa ; quindi la giudico vantaggiosissima, e pero degna di essere pubblicata colle Stampe, quando cosi piaccia cui spetta ec.
Dal Collegio dei Penitenzieri di S. Pietro. 29 Aprile 1822.
Fra Basilo Tomaggian. Arciv. di. Durazo.
Imprimatur
Si videbitur Rmo Patr. Sacr. Pal. Apost. Mag.
J. Délia Porta Vicesgerens.
Imprimatur Fr. Philippus Anfossi, ord. Praed. S. P. A. Mag.
— L'importance capitale de ce triple document (peu connu d'ailleurs) n'échappera à personne. Jamais auteur, peut-être, ne lut si formellement approuvé, avant d'être condamné... si formellement. Puisqu'il accepta l'éloge, il eût dû se résigner au blâme.
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« Je vous donne tous ces détails parce que je suis bien persuadé de l'intérêt que vous prendrez à notre congrégation, puisqu'elle n'a pour objet que la conservation de la Religion et des mœurs et que vous nous aiderez de vos conseils, si vous ne pouvez pas le faire par vos connaissances et votre crédit. Je crois même que, regardant notre congrégation comme le complément du cordon sanitaire qu'a établi M. votre frère, ce sera faire pour lui une chose qui entrera bien dans ses vues, et qui lui fera grand plaisir.
« Voilà une lettre bien longue, surtout pour vous, Monsieur, dont les moments sont si précieux ; je vous en fais mes excuses ; mais, persuadé que vous aurez la bonté de nous être utile, j'ai cru devoir donner les renseignements nécessaires pour vous mettre à même de justifier l'intérêt que vous voudrez bien prendre à la congré-
gation... »
C'est ainsi que le nom de Félicité de Lamennais était dans toutes les bouches et que tous les regards se tournaient vers lui.