‹ Lamennais d'après des documents inéditsChapitre 10 sur 85 · ID2 • LAMENNAIS · texte numérisé non relu

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la preuve tirée du consentement universel des peuples. Mais elles sont bien peu nombreuses les vérités qui furent toujours admises de tous et partout; sans doute, elles sont d'une importance majeure ; elles ne suffiraient pas à former un corps de doctrines complet.

Lamennais avait une telle confiance dans sa thèse, qu'il écrivait à Tabbé Brute, le 22 février 18 18, en parlant du 2^ volume de TEssai :

'( Je développerai (dans ce 2^ volume) un nouveau système de défense du Christianisme contre tous les incrédules et hérétiques, système extrêmement simple d'où sortiront des preuves si rigoureuses, qu'à moins de renoncer à dire : Je suis, il faudra que Ton dise : Credo^ jusqu'au bout « (iK

Illusion, sans doute, mais, après tout, noble illusion d'une intelligence d'élite et d'une àmc alors sincèrement chrétienne.

La nouvelle philosophie de Lamennais, par cela

(il De la Gourncrie, p. i |0.

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même qu'elle était nouveUe, dérouta les tenants des systèmes anciens qui se voyaient troublés dans leur profonde quiétude. Ils s'insurgèrent tout d'abord contre cette doctrine du sens commun qui ne leur semblait pas du tout celle du bon sens. Mais son auteur la présentait sous des dehors tellement séduisants, que plusieurs se laissèrent fasciner, il y eut une réaction en sa faveur. Lamennais constate ce fait dans la lettre suivante à M. Querret, mais en exagérant peut-être sa portée :

« Saint-Brieuc, 28 novembre.

« Pourriez-vous, mon cher ami, faire parvenir de ma part un exemplaire de mon second volume au Père Antoine, abbé de la Meilleraye, près de Nantes? Vous m'obligeriez beaucoup. Je désireraisaussique vousvoulussiez bien m'envoyer votre lettre relative à ce brave homme qui voit tout dans les étoiles. Je crains qu'il ne se fâche, si je tarde plus longtemps à lui répondre. Et, à propos de réponse, en avez vous reçu une de M. L,7 Je crois que le public commence à revenir sur ma

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doctrine. Les deux frères vous embrassent de tout leur cœur. »

Voîci une lettre [i] où Lamennais, sollicité par M. Querret de trouver à un certain M. Ollivier une place de précepteur à Paris, se dérobe de nouveau pour les raisons qu'il donnait plus haut, dans une circonstance analogue et pour d'autres qu'il ajoute et qui lui paraissent non moins péremptoires. Décidément, I^ramennais se refusait à rien demander pour les autres comme pour lui; le métier de diplomate ne lui allait guère et il savait qu'il faut toujours user d'un peu de diplomatie, quand il s'agit d'obtenir une faveur, si minime soit-elle.

« St Brieuc (21, i^'^ décembre.

<' J'ai été bien souffrant tous ces jours-ci et

(1) Nous la donnons ici pour ne pas troubler l'ordre chronolofrique. Le lecteur voudra bien se rappeler que nous avons pris pour règle de transcrire ces documcntii, non d'après les matières qu'ils traitent, mais simplement d'après leurs dates. Nous ne contrevenons que très rarement à celte règle, comme on le reconnaîtra aisément, et nous ne le faisons que pour des motifs impérieux.

(2) Nous aurions pu observer plus tôt que les deux Lamennais écrivent toujours St Brieux. suivant l'orthographe du temps. Nou5 réta-

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forcé par la fièvre de garder le lit ; ainsi, mon cher ami, je me bornerai à vous répondre deux mots. Je désirerais être à même de rendre à M. Ollivier le service qu'il me demande, mais vous concevez bien que, loin de Paris et y ayant conservé peu de relations, cela m'est absolument impossible. Il arrive quelquefois qu'on entend parler de personnes qui cherchent un précepteur, mais il faut être dans le monde pour cela, et attendre quelquefois longtemps l'occasion de recommander celui à qui Ton s'intéresse. J'ai été souvent à lieu de remarquer combien les jeunes gens de la province s'abusent sur la facilité de trouver des places à Paris. Il y a vingt concurrents pour la plus médiocre. Adieu, mon cher ami, je vous embrasse de tout mon cœur. »

Féli était retourné à Paris où il put se rendre compte, mieux qu'àSt Brieuc, de l'immense retentissement de sa doctrine.

blissons l'orthojjiraphc actuelle. De mcmc, dans le corps des mots, ils écrivent souvent Va comme un o ; nous n'avons pas cru devoir pousser l'exactitude de la transcription jusqu'à ces détails infimes : le scrupule a ses limites.

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L'abbé Rohrbacher, alors vicaire à Lunévillc, écrivit, le 8 février 1 82 1 , à Fauteur de TEssai, pour le féliciter de son beau travail et lui dire le succès qu'il obtenait au grand séminaire de Strasbourg. Le 3 mars suivant, Lamennais répondait à celui qu'il devait bientôt associer à ses travaux apologétiques :

« J'ai tardé longtemps à vous remercier, mon cher Monsieur, de la dernière lettre que vous m'avez fait l'honneur de m écrire; mais c'est qu'en vérité je n'ai pas un moment à moi. Je m'occupe d'écrire ma défense, et je désire savoir si j'y pourrai joindre le morceau précieux que vous m'avez presque promis. Il suffirait que je le reçusse dans cinq ou six semaines. Voyez s'il vous est possible de me rendre ce nouveau service. J'en serais très reconnaissant. La cause que nous défendons est importante. Nous attaquons l'erreur dans son premier principe ; il ne faut pas la laisser respirer un seul instant. Vous avez dû recevoir le livre de M. Bellugon. Ne vous embarrassez pas de celui de M. Gendon. On en fera justice ici. L'essentiel est

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de bien faire comprendre la doctrine qu'on repousse, et qui n'est que la doctrine du genre humain, la véritable philosophie du bon sens, du sens commun. Adieu, Monsieur, M. de St-Victor vous offre ses hommages pleins d'amitié. Je suis avec les sentiments les plus vifs, tout à vous en N. S. et sa Sainte Mère.

«( F. de Lamennais. »

M.deSambucy, dont nous avons vu plus haut la lettre d'éloges adressée à Tauteur de l'Essai, tout en donnant ^^n avis personnel, se trouvait être l'écho de Rome même d'où il écrivait. La doctrine, renfermée dans les deux premiers volumes de TEssaijles seulsparus jusque là, fut solennellement approuvée à Rome à trois reprises différentes : le 8 novembre 1 82 1 , par Pietro Glauda, de la Congrégation de la Doctrine Chrétienne, Lecteur de la Sainte Théologie; le i5 avril 1822, par don Paolo del Signore, chanoine régulier de Latran, professeur public d'Antiquités chrétiennes et d'Histoire ecclésiastique à l'Archigymnase romain;

enfin, le 29 avril 1822, par Frère Basilo Tomaggian, archevêque de Durazzo.

Ces trois personnages avaient été officiellement chargés par le Maître du Sacré Palais d'examiner la doctrine de Lamennais, telle qu'il l'avait expliquée dans sa Défense de rEssai{i).

Un prêtre zélé du diocèse de Langres, Tabbé Barrois, voulant doter son pays d'établissements analogues à ceux que Tabbé Jean de Lamennais avait fondés en Bretagne, écrivait à Féli le 6 juillet 1822 :

(i) Approvazioni — i — Ncl Icggcrc por comoMs.sionc del Revc rcndissimo P. Maestro del Sacro Palazzo Apostolico il Manoscrttto. che a per titolo : Difesj del Sjfiffio sulV indifferen^a in materia Ji Reltgione del Sig. ah. Francesco (sic) de h yfentuis : vi ho ravvisato. che il ch. Autore con buun ordine. con molta crudizione, c con profondità di raziocinio mette in chiaro il mctodo tenuto nel Sa/egio per combattere gllncreduli, c fa vcdere, che lungi dal recarc alcun prcgiudizio aile prove dclla veiita délia Religione Cristiana. c dal camminarc sulle erranti pcdatc de' Filosofi, come si erano alcuni immaginato, c an/:i Tunico per giungero con sicurezza alla Verita. M auguro, che qucsta lettcraria fatica riuscira acccttissima agli amatori del vero ; onde giudico, che se ne pus<;a pcrmcttcrc la Stampa, non esscndomi incontrato in co^a, che si uppunga aile santé regole délia Fedc. ci dclla Morale Cristiana.

Roma S. Maria in Monticelli questo di 8 novembre 1H21.

I^ictro Glauda dclla (^ongrcgazione dclla Dottrina Cristiana, Lctlorc di S. Teologia.

— 2 — Ho letlo per commi«isionc del Rcvcrcndissimo Padrc Mac>lro del S. Palazzo Apu^tolico la tradu/ione Italiana dcll Opéra

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« Monsieur, c'est avec bien du plaisir et un grand intérêt que j'ai lu dans les journaux Tannonce du cordon sanitaire formé par M. votre frère parle moyen des Petits Frères, pour préserver les campagnes de la contagion de la peste des mauvaises doctrines et de l'irréligion qu'on cherche à y faire pénétrer par tous les moyens ; il était réservé à vos talents et à vos lumières d'éclairer les gens du monde sur les suites terribles de Tindifférence en matière de religion et de leur ouvrir {sic) Tabîme inévitable dans lequel elle précipite... »

Jel ch. ab. Francesco de la Mcnnais, che ha per titolo : >• Di/esa det Saggio snll* indifferenia in materia di Religione : e non solamente non vi ho trovato nulla di contrario alla Religione medesima. ed ai buoni costumi, ma ho veduto che il sislema dfW autorîla stabilito dall' autore e perfettamente coerenle ai principj di Religione manifestali da Dio jtir Uomo. In quanto poi alla parte F^ilosofica, stando sempre gli opportuni mcizi di giungere alla verita dichiarati dall' Autore stesso, parc che fil gione vol mente altri non possa riprovarla.

Dalla Canonica di S. Pietro in Vincoli questu di i5 Aprile 1822. Don Faolo Del Signore Canonico Reg. Lateranense, pubblico Profes- Nore di Antichita Cristiana, e di Storia Ecclesiastica nell' Archiginnasio Romano.

— 3 — Ho letto per commissione datami dal Révérend issimo P. Maestro del S. Palazzo Apostolico la belia traduzione dalla Francesc nella nostra lingua Italiana délia Di/esa del Saggio sull' indifferen\a in materia di Religione del Sig. ab. Francesco de La Mennais. In que<ita Dife<:a 1 dotto Autore prende a sviluppare, e mcttcrc ncl ««uo chiaro

L'abbé Barrois entre dans certains détails concernant rétablissement qu'il s'occupait de fonder à Langres, à Tinstar de la congrégation enseignante, créée par M. Jean de Lamennais. Il dit en terminant :

lumc il principio Ja lui Mabilito ccl seconde Tomo del suddetto Saggio ; u che nella ricerca délia verita non dobbîamo mettere il principio di ccrtezza nell* uomo indtviduale : ma bensi tener per vero cio, che tutti gli uomini crcdono invincibilmente. » 7a/i, e tante sono le ragioni^ con le qtuli rinfor^a il suo assunto, che a me sembra avcrlo armai chiaramente dimostrato. Piaccia a Dio, che dalla lettura di quesla Opcretta restino disingannati tutti coloro, che per non avcr voluto sottomettere gli scarsi lumi dclla propria ragionc alla infallible autorita dclla Chicsa Cattolica, hanno miseramcntc perduta la vera Fcde. Qucsto e lo scopo cui mira il dotto, e pio autore nella sua Difesa ; quindi la giudico vantaggiosissima. e pero degna di csscre pubblicata colle Stampc, quando cosi piaccia cui spctta ce.

Dal Collegio dei Penitcnzicri di S. F*ietro. 29 Aprile 1822.

Fra Hasilo Tomaggian. Arciv. di. Durazo.

Imprimatur Si videbitur R"»* Patr. Sacr. Pal. Apost. Mag.

J. Dclla Porta Vicesgerens.

Imprimatur

Fr. Philippus Anfossi, ord. Prœd. S. P. A. Mag.

— L'importance capitale de ce triple document (peu connu d'ailleurs) n'échappera à personne. Jamais auteur, peut-être, ne fut si formellement approuvé, avant d'être condamne... si formellement. Puisqu'il accepta l'éloge, il eût dû se résigner au blâme.

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« Je vous donne tous ces détails parce que je suis bien persuadé de l'intérêt que vous prendrez à notre congrégation, puisqu'elle n'a pour objet que la conservation de la Religion et des mœurs et que vous nous aiderez de vos conseils, si vous ne pouvez pas le faire par vos connaissances et votre crédit. Je crois môme que, regardant notre congrégation comme le complément du cordon sanitaire qu'a établi M. votre frère, ce sera faire pour lui une chose qui entrera bien dans ses vues, et qui lui fera grand plaisir.

" Voilà une lettre bien longue, surtout pour vous, Monsieur, dont les moments sont si précieux ; je vous en fais mes excuses ; mais, persuadé que vous aurez la bonté de nous être utile, j'ai cru devoir donner les renseignements nécessaires pour vous mettre à même de justifier Tintérêi que vous voudrez bien prendre à la congrégation... »

C'est ainsi que le nom de Félicité de Lamennais était dans toutes les bouches et que tous les regards se tournaient vers lui.

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