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« Mille amitiés à M. Blanc et à nos bons jeunes gens. Je vous embrasse de tout mon cœur
in X^ Jesu.
*< F. de la Mennais. »
La lettre qui précède, à moins de supposer chez rhomme qui fut la franchise même, au dire de ceux qui Tont connu le plus intimement, qui Tont approché le plus près, une fourberie aussi gratuite que profonde, est d'un prêtre soucieux de ses devoirs et résolu de les remplir jusqu'au bout, coûte que coûte. S'il manque, plus tard, à cette résolution, ce sera, une preuve qu'elle n'aura pas été durable, non qu'elle n'aura pas été sincère.
Lamennais avait adressé au Souverain Pontife, par l'intermédiaire de M^^ de Lesquen, alors évêque de Rennes, une lettre de soumission qu'il autorisait celui-ci à publier. M^^ de Lesquen lui répondit :
« Rennes, le 6 Août i833.
« Monsieur Tabbé, « Ainsi que vous le désirez, je vais faire parve-
nir au Souverain Pontife la lettre que vous lui adressez.
« Je ne crois pas devoir profiter de la faculté que vous me donnez de la rendre publique, attendu que les commentaires qui en seraient rinévitable résultat anticiperaient sur le jugement du chef de TEglise. L'obligation où nous sommes d'adhérer et de nous soumettre à celui qu'il portera sur cette nouvelle déclaration de votre part, nous impose, ce me semble, l'obligation d'attendre.
« Recevez, Monsieur Tabbc, l'assurance de mes sentiments les plus distingués.
« CL. évcque de Rennes. »
En attendant de commenter la nouvelle de'claration de Lamennais, on commentait l'Encyclique et Dieu sait quelles explications l'on en donnait! La lettre suivante de M. Houct au même prélat nous en donnera quelque idée (i).
(i) Le timbre de la poste ne se trouve pas sur l'adresse, je n'ai éYidcmmcnt, sous les yeux, que la copie, tout entière de sa main, de la lettre de M. Houct.
d'aprks des documents inédits 337
« Petit Séminaire de St-Méen, i5 Nov. i833.
« Monseigneur,
« J'ai souscrit naguère la profession de foi proposée par le Souverain Pontife à M. F. de La Mennais. Je ne viens point aujourd'hui rétracter mon adhésion. Seulement, comme certaines personnes donnent àdifférents paragraphes dcTEncyclique une portée qu'ils ne me paraissent pas avoir, je crois de mon devoir de déclarer à Votre Grandeur qu'en m'engageant <i à suivre uniquement et absolument la doctrine exposée dans la lettre encyclique de Sa Sainteté, et à ne rien écrire, enseigner ou approuver qui n'y fût conforme », je n'ai point cru m'engager à croire avec ces personnes :
« i<* Que le pouvoir politique, séparé de l'Eglise, a le droit de décider qu'elle doit être la religion des peuples et que la tolérance des fausses religions n'est pas aujourd'hui un devoir pour la plupart des gouvernements ;
« 2° Que les gouvernements, séparés de l'Eglise, ont le droit de s'ériger en juges des controverses
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et de décider, d'après leurs caprices ou leurs passions, de quels écrits la publication est utile ou nuisible aux peuples;
» 3° Que les peuples ne peuvent, en aucun cas^ recourir à la force pour défendre leurs droits violés par le prince;
<( 4« Qu'il est de foi que l'union de l'Eglise et de l'Etat est plus avantageuse que nuisible à la religion, dans les circonstances présentes ;
« 5<^ Qu'il est de foi aussi que les associations proposées par le Journal VAvenir auraient eu, pour l'Eglise, de funestes résultats.
« Ainsi, Monseigneur, je n'admets aucune de ces propositions, bien que, pour ce qui concerne les deux dernières, je crois qu'il y a obligation pour les catholiques de se conformer à la volonté du Souverain Pontife, en renonçant à former les associations blâmées par l'Encyclique et à demander la séparation de l'Église et de l'État également blâmée.
" Voilà, Monseigneur, quels sont devant Dieu mes sentiments, et il me semble que je pourrais, au besoin, les appuyer par de solides raisons.
« J'espère que vous ne verrez dans la liberté que je prends de vous en transmettre Texpression sincère, qu'unepreuve incontestable de la confiance que j'ai en votre prudence et en vos lumières. Elle est telle, Monseigneur, cette confiance que je n'hésite point à m'en rapporter sur chaque article à votre décision doctrinale, persuadé que vous ne réclamerez jamais mon adhésion que pour des propositions certaines en matière de foi.
« Je suis, Monseigneur,
«< Votre très humble et très obéissant serviteur.
« M. Houet, prêtre. »
On le voit, les interprètes, peu autorisés, je Tavoue, de l'Encyclique avaient plus de fertilité d'imagination que de solidité de jugement ; c'est pourtant chez eux que se recruteront les ennemis les plus acharnés de Lamennais, ceux qui par leurs attaques incessantes le précipiteront, pour ainsi dire malgré lui, dans la révolte ouverte et par suite dans l'apostasie. Ce qui ne les empêchera nullement d'être parfaitement incapables de remplir le vide laissé par cet homme de génie qui
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n'eût pas demandé mieux que de continuer d'être chrétien et prêtre, si Ton n'eût pas exploité, pour le perdre, sa fougue de tempérament et l'indépendance native de son caractère.
Les calomnies ne lui furent pas épargnées : elles eurent parfois pour auteurs des gens qui auraient pu témoigner autrement à Lamennais la reconnaissance qu'ils lui devaient pour les services signalés qu'il leur avait rendus à eux ou aux leurs. En parlant de cette insigne ingratitude qu'il rencontra si souvent, Lamennais écrivait à l'abbé Brute, le 28 Septembre i833 :
« Que voulez-vous? nous ne changerons point, ni vous, ni moi, la race d'Adam, prenons-la donc telle qu'elle est, mon cher ami ; c'est le plus court et le plus sage. Je lui passe tout, hors les vices du cœur. Malheureusement on ne trouve que cela ; ils foisonnent, ils pullulent, c'est ce qui rend la vie si dure ; mais Dieu y a remédié en la faisant counciPostea venitmansuetudo etcorripiemur[ i ). »
<( Je lui passe toiit^ hors les vices du cœur »,
(I) Kdiiion Courcy. p. 173. P-;. i.xxxix.v. 10. La citation exacte serait : « Quoniam supervcnit mansuetudo et corripiemur. »
d'après des documents inédits 341
Lamennais est là tout entier, s'il nous est permis de parler ainsi. Les contradictions qu'il supposait loyales et franches, il les supportait d'autant plus volontiers qu'il se savait, non moins que les autres hommes, sujet à l'erreur. Mais, pour avoir eu à combattre des adversaires (trop nombreux il est vrai) d'une bonne toi suspecte qui poursuivaient plus la satisfaction de rancunes personnelles que la défense de l'orthodoxie, Lamennais eut le tort de généraliser et de comprendre, dans cette catégorie, des gens très sincères, coupables seulement d'un zèle parfois exagéré ou même, car il faut le dire, des contradicteurs parfaitement honorables, sous tous les rapports et dont il prit, sans motit aucun, la modération pour une hypocrisie déplus. Avant d'aller plus loin et pour retarder, sinon la catastrophe (cela ne dépend pas de nous), du moins le récit de la catastrophe, nous demandons à faire une halte, la plus longue possible; pendant ce temps, nous prêterons l'oreille à la voix de Lamennais lui-même, ou du moins à l'écho fidèle de sa voix : nous écouterons les entretiens sur la vie spirituelle qu'il eut avec ses
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disciples, un peu avant cette époque, suivant toute vraisemblance et que M. Houet dut transcrire sous la dictée même, je ne dirai plus d'un maître seulement, mais d'un père, du plus tendre des pères (i). Le lecteur, pressé d'en finir avec ce récit, trop long déjà peut-être, pourra négliger ces pages. Mais pour nous qui suivons Tordre chronologique et qui dès lors sommes obligé de présenter les documents, chacun à son heure, cette halte ne nous déplaît pas : elle nous donnera la force d'achever une histoire qui désormais ne pourra plus être que douloureuse à tous égards, et d'ailleurs le Lamennais que nous avons vu jusqu'ici ne devant plus être celui que nous verrons à partir de ce moment, il convient, peut-être, qu'il y ait, dans la narration même, une ligne de démarcation (nous ne disons pas de transition) nettement accusée.
'i)Le i3 septembre iH3o. Lamennais écrivait de Rennes à l'abbé A (Gerbel) : « Houet reste ici pour l'ordination, qui aura lieu à St-Mécn le 10 Octobre. Il ne reviendra à la Chênaie qu'après avoir reçu le diaconat, i». Blaize, II. 76. Les Entretiens Spirituels datent, peut-être, de cette époque ; cependant, nous les croyons un peu postérieurs. Cf. p. 317.