‹ Lamennais d'après des documents inéditsChapitre 32 sur 85 · SECOND ENTRETIEN · texte numérisé non relu

SECOND ENTRETIEN

a L'homme, créé dans un état de grâce sublime, et destiné à s'élever de degré en degré jusqu'à la vision béatitique, se trouvait placé, comme la création entière, soùs Tempire de deux lois. Sorti des mains de Dieu, il était soumis à la loi de Dieu, qui n'est autre chose que les rapports indispensables qui rattachent celui qui reçoit la vie à celui qui la donne, le rayon à la flamme, le fini àTinfini. Mais Thommc, ôire distinct et nommé individu, avait une loi individuelle, loi intérieure, constituant son moi, renfermée dans les limites de réire qu'elle déterminait et subordonnée aux rapports nécessaires de la créature et du Créateur, à la loi de Dieu, centre universel. L'homme se trouvait ainsi place, avec une volonté libre, sous l'empire de ces deux lois ; la condition de son bonheur était une obéissance harmonique à ces deux centres d'attraction, c'est-à-dire qu'il devait se gouverner de manière à ce que son obéissance au principe individuel ne devînt jamais une violation du principe général, une désobéissance à

Dieu, régulateur supri-mc des volontcs créces. Or, rhommcaccomplit,sousl'inspirationdesaloiindividuello, un acte tel qu'il ne pouvait pas remonter jusqu'à la loi générale pour recevoir la sanction nécessaire à sa justice, et Tharmoniser avec elle. Cet acte, repoussé par le principe divin, devait nécessairement retomber dans la sphircduprincipe personnel hunToin, et relever uniquement de lui. Or, dès cet instant, une substitution destructive de l'ordre universel avait lîcu. L'homme, usurpant la prérogative divine, se faisait centre, la loi inférieure détrônait en quelque sorte la loi supérieure, et le moi humain relatif se faisait absolu. Tel est le péché !

" L'homme ayant ainsi brisé avec Dieu mourut à la vision béatifique vers laquelle il s'avani,'ait, et tomba, du haut état de grâce où Dieu l'avait élevé, dans sa propre nature; mais cette nature elle-même, désorganisée par le péché, ne pouvait pas le porter, il mourut aussi à sa nature et s'affaissant bien loin au-dessous, il alla sensevelir dans la mort organique, dernier degré de sa chute profonde.

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'« Enfants d'Adam, nous naissons dans la mort, sujets-nés de la concupiscence, c'est-à-dire de cet ensemble de penchants corrompus et égoïstes qui tendent sans cesse à se satisfaire; mais rachetés par le prix intini du sang de J.-C, toutes les fois que nous mourons à la grâce nouvelle de la Rédemption, nous y mourons comme Adam mourut à la grâce première de la Création, en substituant la loi inférieure à la loi supérieure, en nous faisant centre, en attirant à nous ce qui appartient à Dieu, qui a de nouveau tout attiré à lui par la Rédemption : Omnia traham ad meipsum (i).

«' Péhéirons dans les mystères de nos iniquités et nous verrons que telle est la nature de nos péchés qui sacrifient ton jours, au dehors le prochain, et au dedans les dons de la grâce, à Tégoisme de notre loi personnelle, mettant ainsi en soulfrance Tordre entier, ordre de la Création, qui veut que tout aille à Dieu, et en particulier Tœuvre de la Rédemption basée sur le sacrifice, sacrifice universel qui sauva le monde et doit se reproduire et se perpétuer dans la société chrétienne, de sorte

« r, J«.inn. XII, ;^j.

n APRES DES DOCUMENTS INÉDITS H

que chaque Chrctien se fasse, dans Tordre où il se trouve placé, le Rédcmpicur de ses frères. La sagesse antique appelle Satan « Ahriman ", c'est le Chcfde ceux qui n'ont pas de chef. Elle dit encore : Celui qui dit ; moi esi un démon (doctrine indienne). La sagesse de Dieu dit : « Vœ soli « (i), mot plein d'un sens profond, qui contient tout le mystère du péché. "

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