‹ Lamennais d'après des documents inéditsChapitre 34 sur 85 · QUATRIEME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

QUATRIEME ENTRETIEN

« L'Apôtre Saint Jean distingue comme trois sources parlesquelleslepéchéentredansle monde : la concupiscence des yeux, la concupiscence de

D APRÈS DES DOCUMENTS INEDITS l5

la chair et Torgueil de la vie (i). Mais cette dernière est de beaucoup la plus abondante. Plongés en naissant dans celte source fatale, nous sommes comme imbibés de ses eaux et nous suons Torgueil par tous les pores. Lucifer, le plus beau des anges, la plus resplendissante des créatures, tomba par Torgueil; l'orgueil a été le premier attentat à Tordre de la Création, la première manifestation du mal^ l'apparition première du péché qui a en quelque sorte choisi cette forme de préférence à toute autre. Pourquoi? c'est que Torgueil contient en germe toute l'innombrable famille des péchés, qu'il la couve et la fait éclore. L'Ecriture nous représente l'Esprit- Saint, les ailes étendues sur la Création encore à l'état de chaos et fécondant de sa chaleur divine le germé du monde. L'Esprit du mal, Satan, l'orgueil lui-môme (ou, comme l'appelle l'Ecriture, le roi des fils de l'orgueil) (2) a aussi étendu sur le monde ses vastes ailes, qui douées d'une

(1) Otnne quod est in mundo, concupisccntia carnii est, et^ concupisccntia oculorum et superbia vitœ, qnœ non est ex Pâtre, seJ ex mundo est. I. Joan II, 16.

(2) Ipsc est rex super universos filios superbi't. Job. xli. 2 5.

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chaleur fécondante et d*une sorte d'énergie créatrice, y font pulluler l'iniquité. C'est pour cela que Satan est appelé le père du mal ou du mensonge ( i ). Satan a inoculé l'orgueil dans nos âmes par le péché originel qui fut un péché d'orgueil, émanant de cette parole : Vous sere\ comme des Dieux (2). Aussi, l'orgueil se retrouve-t-il dans tous les détails de la vie humaine et nos péchés ne sont pour la plupart que des transformations de ce (funeste) principe. Qu'est-ce que la haine, si ce n'est le sacrifice des autres à soi, le despotisme de l'orgueil? Qu'est-ce que l'envie? La tristesse de l'orgueil qui se sent faible. La jalousie est le mC*me sentiment appliqué à de petites choses. L'amour-propre est la fierté que nous inspire le sentiment de notre mérite, une adoration secrète de nous-mêmes. La vanité, c'est l'orgueil niais et ridicule, se pavanant non d'un mérite réel, mais des apparences. La vanité qui se nourrit des regards du monde, touche à l'hypocrisie. Il se rencontre quantité de gens qui, se parant (ainsi)

(1) McnJlax est et paler ejus {mcndacii). Joan. viil, 44.

(2) Eritis sicut dit. Gcn. m, 5.

de vertus imaginaires, recherchent la gloire par la bassesse. Peut-être même, si nous interrogeons notre conscience, reconnaîtrons-nous que notre vanité a profané des choses plus saintes encore. Pourquoi, dans le temple, en présence de Dieu et des hommes, nos regards sont-ils plus recueillis, notre prière a-t-elle la voix plus fervente que dans la solitude du cabinet, devant Dieu seul ? Enfin, nous portons la folie de l'orgueil jusqu'à faire servir les grâces que nous recevons de Dieu à l'accroissement de ce désordre, outrageant ainsi doublement notre Père céleste, d'abord dans sa loi éternelle, primitive, et en second lieu, dans Tœuvre de la Rédemption dont nous profanons le mérite infini. Ainsi nous sommes toujours à la recherche de nous-mêmes, immolant tout à nous, faisant de toute chose pâture pour notre amourpropre. Nous ne l'avouons pas : mais au fond, nous voulons être adorés; nous aspirons sans cesse aux honneurs du culte, mais en dissimulant notre ambition; nous cherchons à monter sur l'autel, mais en rampant, n'ayant pas la franchise de ces rois antiques, dont la superbe montait

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