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gation et du diocèse pour avoir tenu, au sujet de la dernière Encyclique, des propos que Ton jugeait mal sonnants. M. Leriche s'accuse luimême ici de tous les crimes qu'on lui impute et sollicite son pardon de la meilleure grâce du monde. S'il n'hésite pas à condamner hautement des erreurs qu'il avait partagées d'abord avec tant d'autres, avec M. Coëdro lui-môme, il prend soin toutefois de ne point citer le nom de son ancien Maître. N'oublions pas non plus que ce document, comme la plupart de ceux que nous citons, sinon tous, n'était point destiné à la publicité. Si nous ne craignions d'employer un langage trop familier, nous dirions que c'est ce qui explique pourquoi ces personnages nous apparaissent, le plus souvent, en robe de chambre, non en habit. Ne nous en plaignons pas trop.
M. Coëdro écrivait de Rennes à l'abbé Jean :
« Rennes, le 6 Décembre 1834.
» Monsieur cl respectable ami, (' Les mômes motifs qui vous ont engagé à
m'adresser copie de la lettre de M. Leriche me font aussi un devoir de conscience de vous faire part de celle que j*ai reçue de lui, la voici :
n Mon cher M. le supérieur, j'ai fait avant-hier, '( auprès de Tabbé Jean, une démarche qui m'a « beaucoup soulagé ; mais, je le sens bien, je ne (« serai parfaitement tranquille, qu'après vous avoir prié vous-même, et je vous en prie instamment, d'oublier tout ce que ma conduite a eu de repréhensible, tout ce qu'elle a offert, je ne dirai pas de peu religieux et de peu sacerdotal, mais de peu chrétien.
« Comme vous et vos vertueux confrères, dont je réclame Tamitié, tout indigne que je m'en reconnaisse, je veux rester inébranlablement attaché à la chaire de St-Pierre, dans la personne de son vénérable et saint successeur Grégoire XVI. Loin de moi toutes ces subtilités, toutes ces distinctions, qui décèlent beaucoup d'attachement à son sens propre, et peu de simplicité dans la foi. Roma locuta est, causa finita est{i)y répéterai-je
(i) Cet axiome est excellent, mais on en a souvent abusé : on abuse de tout.
« après vous, et ces mots, vous le savez, furent les
a premiers qui sortirent spontanément de ma bou-
<i che, les premiers qui se rencontrèrent sous ma
•« plume, à l'apparition si inattendue, si atterrante
« pour nous, de la fameuse encycliqueMirari vos{ i ).
« Que Tenfant soumis de TEglise trouve de bon-
« heur dans sa soumission môme! Au moment où
• « vous adressiez à votre confrère cette lettre si hono-
« rable pour vous que j'ai lue dans VAmi de la Reli"
« gion^ mû moi-même par un sentiment semblable
« au vôtre, je déposais avec joie un humble erravi
^( aux pieds de M^^ i'évéque du Mans, à qui dans le
<« temps de ma plus grande ferveur, j'avais soumis
<( des observations philosophiques que je croyais
" solides ou tout au moins édifiantes, in perpétuas
( œternitates. Non content de cela, j'avais demandé
« à M*»^ Tévéque de Troycs, où pendant quatre ans
« j'ai professsé avec quelque peud'engouementfsic)
« la seule vraie philosophie, s'il jugeait à proposquc
(i) Publiée, nous Pavons vu, le i3 août iS32. On y condamnait formellement lu doctrine du sens commun sur laquelle la miurelle ccolc catholique basait sa philosophie et par suite le Mâicme apolo^clique inaugure par elle. Les disciples de Lamennais avaient été atterres en sentant se dérober sous leurs pas le »ol qu'ils croyaient si ferme.
« je me rétractasse, mais sans doute que ma pre- « mière déclaration lui aura paru suffisante, puis- « que, dans la réponse toute pleine de bienveillance « quMlaeulabontéde m'adresser, il n'est nullement « question de nouvelle rétractation publique (i). « J'ai crautile de vous marquer tout cela, pour vous « expliquer pourquoi vous ne m'avez pas vu imiter « le bel exemple que vous avez su offrir à tous ceux « qui, comme vous, s'étaient trompés de bonne foi. « L'excellent clergé du diocèse de Rennes n'aura « pas manqué. Je pense, d'apprécier votre conduite « comme elle mérite de l'être, et se sera empressé « de vous redonner toute sa confiance qu'il vous « avait retirée justement (sic). Abjiciamus opéra <i tenehrarum et induamus arma lucis[i).
« Tout à vous en Notre Seigneur Jésus-Christ.
« Leriche ».
« Je regrette de n'avoir pu répondre plus tôt
(i) Le bon abbc Leriche, paraît-il, adoptait et rejetait une opinion avec un égal enthousiasme. Ici je crains bien qu'il ne comprenne pas qu'en se rétractant publiquement, il courait le risque d'apprendre au public qu'il s'était trompe et que même. .. il existait.
(2) S. Paul Rom. xiii, 12.
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à votre lettre du 3 1 Novembre, mais M. Persehaîe n'était pas à Rennes pour me donner les renseignements que vous me demandiez
« Recevez l'assurance, etc. »
« Coëdro. ')
Voici le brouillon d'une lettre écrite par l'abbé Jean au supérieur, ou mieux au directeur du collège de Juilly. M. Houei croit pouvoir la dater de celte année 1834, sans toutefois garantir Texactiiude de cette date.
" Vous savez, M. P., que lorsque vous entrâtes à J uilly), cet établissement avait été proposé par M. Berryer à mon iVèrc, qui consentit à vous le céder provisoirement sur l'engagement d'honneur et de conscience que vous prîtes, vous, M. de S(alinis) et M. Laine ■ i) de le lui rendre plus tard; et c'est, comme vous le savez encore, d'après cet engagement formel et plusieurs fois réitéré, qu'il rit les démarches dont le résultat fut de vous
(l) Nous n'«>M)ns pas affirnu-r le Jcchi^rcment exocl Je ce mol tori mal écrit.
d'après des documents inédits i83
mettre en possession de ce 'collège. Aujourd'hui, mon frère serait disposé à me transmettre son droit, moyennant quelques arrangements qui ne sauraient être définitivement réglés que je ne sache de quelle manière vous entendez exécuter le traité mentionné plus haut. Veuillez donc, je vous prie, me répondre à ce sujet, et en attendant, recevoir l'assurance, etc. »
Nous allons retrouver, dans quelque temps, M. Houet à Juilly; comme M. Jean n'eut jamais, que nous sachions, la direction de ce collège, il est probable qu'il y eut un compromis et que l'on s'arrangea à l'amiable. C'est ce qui nous expliquera la présence, à nouveau, dans cet établissement, de ce prêtre vénérable, demeuré toujours profondément attaché à MM. de Lamennais.
Avant de clore ce chapitre, nous prions le lecteur de vouloir bien relire la page 267 du premier volume. Il y verra que le correspondant anonyme de M. Houet attribue la dissolution de la Société de St-Pierre au défaut de charité, d*unité, à un grand et gros brin d'orgueil; enfin à un vent
sec et aride qui lui /if perdre la respiration. Ces quelques mots rappellent toute une série d'intrigues dont nous ne voulons pas retracer l'histoire; bien qu'elles se rapportent à notre sujet, puisqu'elles eurent pour victimes les deux frères Lamennais, mais nous croyons savoir qu'elle sera écrite un jour par d'autres et nous osons nous en féliciter doublement.
A la suite de ces manœuvres qui le trompèrent tout le premier, l'évéque de Rennes, par une lettre du 3i Août 1834 [ii, prit à l'égard de M. Jean de Lamennais la disposition que nous avons vue p. iSq et suivantes.
M. Coëdro, longtemps ami des deux frères, crut devoir se faire pardonner celte amitié, en s'acharnant après leurs personnes et leurs œuvres. Le 3 Novembre 1834, après une nouvelle preuve de l'anîmositc de ce personnage à son égard, M. Jean écrivait à Tabbé Ruault, le digne associé de ses labeurs évangéliques, une lettre dont nous extrayons ces quelques lignes :
(i) Et non du 2 Septembre, comme le dit M. Houct. Voir tome !•' p. 259.
« St-Servan, le 3 Novembre 1834.
« Mon cher ami,
« J*ai une foule de choses à vous dire : commençons vite par le commencement. A la lettre de Coëdro que vous m'avez transmise, j'ai fait la réponse que voici et qu'il est bon de conserver.
« Dimanche, 3i Octobre 1834.
« Mon cher ami,
« Je reçois votre lettre en date du 22. Ce « nouveau procédé m'étonne un peu, même après « les autres!... O mon Dieu, pardonnez à mon « pauvre Coëdro, comme je lui pardonne; le plus « à plaindre des deux, ce n'est pas moi! Je vous « embrasse tendrement, quand même.
<f Jean ».
C'est le lendemain, 4 novembre, que l'abbé Jean écrivait de Pleurtuit à M»*" de Lesquen le billet inséré p. 126. Nous croyons qu'il fait allusion à l'interdit fulminé par le prélat contre
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le malheureux Féli, mesure qui acheva de le précipiter hors de TÉglise.
Telle est cette lamentable histoire de la chute de Lamennais; tout concourut à hâter la perte de cet infortuné grand homme et à la rendre irrémédiable, aussi bien le zèle immodéré des bons que la perversité des méchants; — ceux-ci ne sont pas toujours les meilleurs auxiliaires du mal.