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que Lamennais dît à ses juges dans cette circonstance : « Vous saurez ce que c'est qu'un prêtre. » (i)
Sans doute toutes ces paroles sont bien belles, mais cominc iili prociftin «renlr les rendra lamentables, par le cruel démenti que leur donnera celui-là même qui les aura prononcées !
Dès le mois de février de cette même année 1826, Tabbé Jean écrivait à M. Querret :
« A la Chênaie, le 9 février 1826.
« Clier ami, .
« M. Gouyon de Bcaufort nous a dit, il y a peu de jours, que vous reviendriez peut-être en Bretagne, en passant par Paris, sur la tin de mars; or, Félî veut que vous sachiez qu'il est parti avant hier pour cette capitale, afin de ne pas manquer de vous y voir, s'il y est encore quand vous y serez vous même.
(i) M. Houct croit que ce mot non cité par Blaize fut dit en 1824, lors du procès du Drapeau Blanc. M. Dupin le lui ayant rappelé ironiquement dans l'afTaire du Constitutionnel et du Courrier (1823 et non 1826, d"après M. Houet), Lamennais le répéta de nouveau fièrement et Texpliqua devant ceux qui n'avaient pas encore su le comprendre.
« II va publier la seconde partie de son ouvrage sur la Religion considérée dans ses rapports avec l'ordre politique et civil : préparez vos oreilles à entendre un beau tapage. Si, de cette fois-ci, il ne va pas en prison, il faut désespérer d'y aller jamais.
« Lisez avec attention, je vous prie, dans le numéro du Mémorial qui paraîtra ce mois-ci, un article extrait du Globe : rien n'est plus frappant, et ne constate mieux la Révolution opérée dans les esprits et dans les doctrines par un seul homme, doué d'un grand talent et d'un grand caractère. »
Nous avons vu que, cette/ois, Lamennais en fut quitte pour une amende. Il ne sera pas toujours aussi heureux.
Le 6 mai suivant, Féli écri-ait, à son tour, à M. Querret, à l'issue de son procès :
« Paris, 6 mai 1826.
« Vous avez eu tort, mon cher ami, de vous inquiéter pour moi : c'est toujours, quoi qu'il
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arrive, une belle position que celle des défenseurs de la vérité. Avec elle on ne craint rien et on se rit du monde ; car le monde passera, mais la vérité ne passera point. Je continuerai donc de la publier, de la souteiiîr hautement, ainsi que je Tai déclaré devant les juges. J'attends, pour commenccr moo travail, que le livre de TEvêque de Chartres ait paru. Il me reste d'importantes consiéératlons à développer, et bien que les esprits ne soient pas encore généralement préparés à les saisir, le temps viendra, j'espère, où elles porteront leur fruit. Mais auparavant il faudra que l'Église, dont la destinée est de croître sous le glaive et de s'affermir par les souffrances, subisse de nouvelles épreuve8,et que les sociétés humaines aient elles-mêmes senti les fatales conséquences des erreurs qui les séduisent et des systèmes qui les perdent. Jusque-là rien ne changera dans le monde, ou plutôt le monde continuera de s'enfoncer dans le désordre, d'où doit bientôt sortir un terrible châtiment. Jamais, à aucune époque, les passions ne furent plus violentes, ni les gouvernements plus aveugles. Ils craignent tout, excepté
leurs irréconciliables ennemis. C'estpour les flatter qu'on a défendu l'introduction en France du Journal Ecclésiastique de Rome, dont il venait à peine six ou sept exemplaires. En Suisse, en Prusse, en Angleterre, on le reçoit librement; mais, dans le royaume très chrétien, il faut faire acte de séparation d'avec le St. Siège. Vous avez vu l'étrange déclaration des I4évêques (il, on a demandé l'adhésion des autres, et l'on trompe le public par des signatures qu'avec un peu de bonne foi on aurait dû faire précéder des lettres au pied desquelles elles se trouvent, et qui, pour la plupart, expriment des sentiments bien différents de ceux manifestés par les 14 évêques. J'ai lu quelques unes de ces lettres qu'on cache à la France, et Je les signerais sans difficulté. Voilà l'état des choses» Dieu conduit tout ; ainsi ne nous effrayons pas; soyons fermes et tranquilles; on ne peut rien contre Celui qui ne redoute rien. Adieu, mon bon et cher ami; on m'avait dit que vous deviez venir prochainement à Paris (2) et je m'en réjouissais,
(i) Cf. Correspondance. Forgues I, 177.
(2) Cf. la lettre précédente.
ffl
car j'y passerai encore quelques mois. Mon frère y est aussi depuis dix jours ; il veut vous écrire à son tour et je lui cède la plume. »
(Jean continue :)
« J'étais venu pour assister à la fête (i) dcFéli, mais tout était fini quand je suis arrivé : je serai plus heureux une autre fois. Dans Tétat d'irritation et d'égarement où sont les esprits, il est impossible qu'il n'y ait pas d'autres procès du genre de celui-ci, car vous sentez bien qu'on ne gardera pas un lâche silence. ..J'emploie de mon mieux le peu d'espace que Féli m'a laissé, mais il est si petit, si petit(2), qu'àpeine suffit-il pour que je puisse vous renouveler l'assurance du tendre attachement avec lequel je suis pour la vie,
« Totus tiius in X»»,
« Jean. »
Je transcris ici le brouillon d'une lettre (sans
(i) C'esl-à-dirc au procès.
(2) Le bon Jean a raison de se plaindre, son frère ne lui ayant concède que le bas de la dernière page.
d'après des documents inédits.
date) de Féli à Tévéque de Troyes qui lui avait envoyé l'un de ses ouvrages :
" ^"' ^' "^■'-''"presse de m'acquit.er d'un devoir b.en doux en vous disant combien ie suis touché de votre souvenir. J étais déjà, et depuis
longtemps, liéàvotregloire pari-admiration, vous m y hez encore par la reconnaissance. Veuillez agréer la vive expression de l'une et de l'autre, ainsi que l'assurance, etc. >.
Le 27 mai ,826, M. dé Senfft (.) écrivait à 1 abbe Jean :
« Turin, 27 mai 1826.
". ^^"^^ 'I"^"'-- '■°'^^ -°" cher et respectable ami, nous avons revu" votre écriture! et que le œntenu de votre lettre nous a fait plaisir, à coté ^' 'a reme, hélas ! que trop prévue depuis ces 'f-meres circonstances, du retard de notre réu^ "'"" ''''' "°''-^ '^^'^ F'^'li ! Vous savoir auprès de '". est une vraie consolation, une douceur pouf
La™'!"" '■'■" '" "-»P°"^-..s « des .„i3 les p,„s fidéUs d.
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nous. Ce que vous nous dites de la fermeté de quelques évêques (i) nous a causé beaucoup de joie. Nous nous y attendions de la part de notre ami de Lesquen. Nous sommes ravis de TArchevêque de Bordeaux; et nous admirons la grâce d'en haut qui a fait retrouver sa force et sa foi à ce pauvre vieillard de Versailles. Je voudrais connaître ks termes dans lesquels l'Évêque de Luçon a répondu. Car je ne m^^n rapporte pas au Moniteur qui nomme aussi parmi les adhérents rArchevèque d'Avignon furieux de voir son nom ainsi placé. ^Administrateur de Lyon nous a écrit à ce sujet une lettre parfaite. M. de Mazenod, neveu de TÉvèque de Marseille, que nous avons ici, est toiit à vous et espère que son oncle n'aura point faibli. Nos Jésuites sont indignés de la révélation de 1761. Cet acte honteux du Provincial d'alors est l'une des fautes, disent-ils, qui ont atiirc §Lir la compagnie le châtiment qu'elle éprouve. 11 parait que, dès les années d'avant, une espèce de schisme s^étaît Introduit parmi quelques-uns des
(1) A propos ée la Bcclafûtîoii dont il est question plus haut.
plus lettrés d'entre eux(i), en France, qui, séduits par l'esprit d'orgueil, songeaient à se séparer de la dépendance du général. Le P. Goduiox qui a appris à Avignon l'existence de cette malheureuse pièce, s^est écrié qu'il souffrirait plutôt la mort que de la signer ou de l'avouer.
« Cette lettre est en môme temps pour mon cher Féli, auquel j'écrirai incessamment par une occasion sûre et auquel j'adresse celle-.ci, afin qu'ail l'ouvre si vous étiez absent. Je suis bien aise du repos dont il jouit à Versailles. Dieu le soutiendra dans son travail et fera le reste.
« Nous avons été de Gènes à Parme... Priez pour nous, mes chers amis, pour que nous portions toujours la croix, sinon avec joie, ce qui n'est donné qu'aux Saints, mais du moins avec soumission et comme dit si admirablement Féli; « Ne demandons rien à la terre qui n'accorde rien « qu'à ceux qui cèdent quelque chose du Ciel. « (2)
(1) Comme toujours, je respecte le style des documents que je transcris.
(2) Cf. Forgues. I, 178.
J'ai mis M*^' Lambr... (i) au courant du contenu de vos lettres.
« Tout à vous en N. S.
« Madame de S. vous dit à tous les deux mille tendresses. La première ligne de son écriture sera pour Féli, aussitôt qu'elle pourra soutenir sa tête. Elle se flatte que ce sera demain. »
II) Probablement Mp' Lambruschini, que Lamennais, sil faut en croire son hiof^raphe Robinet (p. 46), fit nommer plus tard à la nonciature de France et qui, devenu cardinal, à son retour à Rome, <o mofitra • son ennemi le plus acharne »,