‹ Lamennais, d'après des documents inédits [microform]Chapitre 20 sur 87 · BUDGET DES CULTES · texte numérisé non relu

BUDGET DES CULTES

NOMINATION DES ÉVÊQUES PAR LE GOUVERNEMENT LAMENNAIS « CATHOLIQUE SINCÈRE. ,, « IL SAIT SOUFFRIR EN SILENCE ET EN PAIX. »

A VANT d'aller plus loin, nous croyons devoir -^1. insérer ici un document relatif à la Société de Saint-Pierre dont nous avons déjà parlé et qui eut pour premier supérieur général M. Félicité de Lamennais. Après avoir pris connaissance de ce document, un peu long peut-être, le lecteur, croyons-nous, comprendra mieux la situation de Lamennais, au moment de ce que l'on nous permettra d'appeler sa lutte suprême. Nous le ferons suivre d'une lettre de M. Houet, écrite lors d'une dernière visite à cette chère maison de Malestroit où celui-ci avait passé des jours si heureux. Nous avouons cependant que cet établissement n'ayant pas complètement répondu à l'attente

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de Lamennais et de son zèle impétueux, il s'en dégoûta vite, comme le constate ce passage d'une lettre qu'il écrivait de Juilly à son frère, le 27 Août i83i (i).

« Gaudin et Houet partent demain de Paris pour revenir ici (à Juilly), à la mi-octobre. Ces Messieurs payent leur voyage. Il faudra de plus un professeur de seconde. Je pense que Gcnthon y sera propre... Le noviciat de Malestroit me pèse plus que jamais. Cette maison nous a fait beaucimp de mal. »

M. Hoiiet avait adressé à Tun de ses amis que nous croyons être l'abbé Bouteloup toute une série de questions relatives à la Société diocésaine dont tous deux avaient fait partie à des époques diverses. Il en reçut la lettre suivante, datée de cette même maison de Malestroit qu'il avait habitée plusieurs années et qui lui était toujours

demeiif le m chaire •

(1) Œuvres inédites de Lamennais, Correspondance. — A. Blaize.

Il, 83.

d'après des documents inédits

« Malestroit, ce 27 Octobre i855.

Mon bien cher ami,

La Société des Missionnaires fut fondée (i) par M^' Mannay ; les premiers membres furent MM. Coëdro, Beaulieu, Corvaisier, etc.

« Cette Société existait depuis deux ou trois ans lorsque M^' Mannay fonda le petit séminaire de St-Méen, le 23 Octobre 1823. Le supérieur de cet

établissementfutM.Dubreil;lesprofesseurs,Four. mond, Gendron, Bouteloup, Enoch, Nogues Renou, Tiercelin, Mauger. Tous étaient payés' nourris, blanchis, éclairés, etc.; leprix des pensions était loin de suffire à tant de dépenses. Convaincu que rétablissement ne pourrait prospérer, s'il demeurait sous le poids de charges si lourdes je demandai au supérieur qu'il cherchât des hommes dévoués qui consentissent à renoncer aux honoraires attribués à leurs foncions ; je me proposai des lors. Nos conversations, à ce sujet, furent

p. Joseph Dauphin' p. 83 à s'q " '''""''"■ "" "

fréquentes, pendant les premiers mois de 1825. Pendant les vacances de Pâques, M. Dubreil voulut revoir son pays de Cancale, et soit en s'y readani, suit «revenant à St-Méen, il passa à la Chesnaie, fit part de nos entretiens à Tah^jé Jean qui prît k balle au bond et compta aussitôt au nombre de ses futurs congréganistes les sieurs Dubreil, Nogues, Enoch et Bouteloup. Peu de jours après avoir pris possession de son siège, M«' de Lesquen vint, sous prétexte de visiter son petit séminaire de Sl-Méep, régulariser nos projets de congrégation et nous 'faire signer le premier acte de nQire engagement. La première retraite fut fixée au 8 Septembre suivant. Monseigneur voulut rélinîr la Société des Missionnaires établie et fondée par son prédécesseur: elle avait 1000 ou 2080 francs de rentes sur TEiat, produit quêtes faites pour Toeuvre dans le diocèse et cotisations fixées et imposées au clergé par M«» Mannay. M»' de Lesquen voulut réunir la Société des Missionnaires à la congrégation des Prttresjie SirMéen et envoya à notre première retraite M. Coedro qui à son retour à Rennes

apprit à ses cosociétaires ce qui s^était passé à Ploermel et leur; proposa de se réunir, comme il l'avait fait lui-même, aux prêtres de St-Méen ; plusieurs Timitèrent, quelques-uns se retirèrent et rentrèrent dans le ministère. Dans cette première retraite, M. Jean fut nommé supérieur (i), M. Coëdro, premier assistant et supérieur deJ Missionnaires, M. Dubreil, deuxième assistant et supérieur du petit séminaire et votre serviteur, économe dudit séminaire. L^abbé Enoch n assista' pas à la première retraite.

'< L'abbé de la Mennais n'était pour rien dans l'administration du séminaire de St-Méen avant cette première retraite.

' M. Coëdro, voyant la difficulté de procurer à la Société dont il était supérieur des sujets à son gré et capables par leurs talents de soutenir l'honneur et les fatigues de la Mission, demanda la réunion à M^'de Lesquen et celui-ci l'imposa, au grand déplaisir de M. Dubreil et de votre

(0 Aujourdhu. encore, le Supérieur f,énJral des Prêtres de Ilm maculée Conception est distinct du Supérieur des \\u[ subordonné. ^«peneur des Missionnaires, son

serviteur qui s'y opposa autant qu'il put : il était trop petit pour lutter avec avantage...

« Je ne peux répondre à la cinquième question, vous étiez vous-même à Rennes, au noviciat, avec Tabbé Oléron et par conséquent mieux placé que moi pour être instruit de la transformation qui eut lieu à cette époque et de la translation de Rennes à Malestroit. La réunion à Malestroit eut lieu dans le courant du mois de Janvier 1829 : les premiers colons furent MM. Blanc, Rohrbacher, Bornet, Percehaie, Sourdin, Perrin, Lefèvre, Allain, Davcnel, Lcsbrosses (Lesbios?), Genthon, Godin,etc.

« Voilà, mon cher ami, les seuls renseignements que je peux vous fournir ; occupé uniquement de mon administration, je suis resté absolument étranger aux affaires générales de la Congrégation. Les supérieurs, soit défaut de confiance, soit qu'on ne trouvât point en moi les qualités nécessaires pour m'y foire pfendre une part active, soit tout autre motif de leur part, jugèrent à propos, pendant tout le temps que j'ai fait partie de la congrégation, de me tenir à Fécart de l'administration

générale, je ne m'en suis point plaint, ni m'en plaindrai jamais. Les défauts de charité, d'unité, un grand et gros brin d'orgueil ont miné pendant quelques jours notre corps social et sur ces entrefaites, il s'éleva un vent sec et aride qui lui fit perdre la respiration. Son agonie fut longue et douloureuse. Beaucoup de nations se réjouirent de sa mort et tout en célébrant, à leur manière, ses funérailles, elles se partagèrent avec avidité ses pauvres dépouilles. Quoi qu'il en soit, disons ensemble : Requiescat in pace ; et vous, mon cher ami, ne pleurez pas trop : vos larmes ne sauraient la ressusciter.

« Recevez l'assurance de mes sincères amitiés et croyez-moi toujours en N. S.

« Votre bien dévoué ami et confrère,

Sur la même feuille se lisent les observations suivantes, écrites de la main de M. Houet :

« Additions. Au mois de Novembre 1825, une Société universelle de biens fut formée Intre MM. J.-M. Robert de la Mennais, Pierre Louis-

François Goëdro, Tanguy Joseph Dubreil, Jean- Fri»çi>is Co^nwiiîer, Servan Lévêque, Joseph- François Hérisson, Emile Feildel, François- Xifficf Inacl, J«lill... (i), Marie Bouteloup; les contractants mirent en commun tous les biens meubles qu'ils possédaient actuellement, etc. (voir Exposé ptxr M. de Lamennais, lors de la dissolution), en se réservant la propriété de leurs immeubles personnels et ne mirent en commun que les revenus.

« A k inêitie époque, les sociétaires passèrent un traité avec M^' Févêque de Rennes par lequel ils forent cb^rgés de fadministration temporelle de la maison des Missionnaires de Rennes et du petit, sém,in«re de St-Méen.

m Eii 1828, la Société religieuse, dite de St- Méen, se transforme, du consentement de tous ses membres (c'est-à-dire de ceux qui avaient des vœux perpétuels), en une autre Société, dite de St-Pierre, dont M. Félicité de La Mennais fut nommé le chef, à Tunanimité des voix. Des statuts

|l| Nom iHisible.

nouveaux furent publiés dans la retraite du mois de Septembre 1828 (i).

« Au mois de Septembre i833, la Société élut pour Supérieur général M. J.-M. de la Mennais, en remplacement de son frère (2).

'c Par une lettre, en date du 2 Septembre 1834, M^^' de Lesquen annonça à M. J.-M. de la Mennais qu'il prenait sous sa direction immédiate les membres de la Congrégation qui se séparaient^!/ dit sieur de la Mennais, laissant à chacun cependant une entière liberté de demeurer avec lui, ce qui déliait tous les membres de leurs vœux. Aussi Feildel écrivait-il, le 14, que la Société, fondamentalement désorganisée, se reconstituait sur de nouvelles bases et que Tévéque se réservant l'admission des membres, c'était à lui qu'il fallait s'adresser pour entrer dans cette congrégation nouvelle. »

M. Houet voulut revoir, une fois encore, rétablissement de Malestroit où il avait passé de

(i) 1829, d'après la Notice, citée par M. Guillotin, op. cit. t. m, p. 538.

(2) Dont Mr de Lesquen annula lélection /ai7«r i son insu.

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si douces années, pendant que cette maison était annexée à la Chênaie et se trouvait placée dès lors sous la haute direction de Lamennais. Il s'y rendît en. Septembre 1889 (i) et de Malestroit même il adressa la lettre suivante à Tun de ses amis dont il ne nous dit pas le nom, mais qui devait être Tun de ses anciens condisciples. Il n'avait pas revu cette maison depuis le temps où il Fhabitait, aussi les souvenirs se pressent-ils en foule dans son âme, loyeux ou douloureux; mais, comme toujours, dans ces concerts intimes, c'est la note triste qui est la dominante.

« Malestroit, 23 Septembre.

« Enfin j'ai revu Malestroit et depuis deux )Ours j'erre, comme une âme revenue sur la terre, au milieu des choses et des hommes de notre vieux temps. Voilà bien notre ancienne communauté d'Ursulines, devenue pour quelques années ceik de St-Pierre, voilà notre jardin, notre jeu de boules, où le P. Rohrbacher voulait nous

(1) Quelques mois seulement avant sa mort.

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entraîner qiiâ vi, qud prece, et où, cédant à nos représentations, son humilité poursuivait Levoyer, les larmes aux yeux, pour lui faire de cordiales, d'attendrissantes excuses. Voilà Rogat, voilà Lieuzel où Jourdain aimait à faire du grec avec l'ex-maire de Laval, M. de Hcrcé, qui se plongeait dans Euripide avec autant de volupté que Lefèvre dans les eaux limpides de l'Oust. Hélas! plus personne, personne de cet ancien monde qui fut le nôtre... .Fen avais revu quelques débris un an après la catastrophe. Aujourd'hui les riimes mêmes ont péri (i).

« La chambre de l'abbé Blanc, celle de M. Bornet, la mienne, etc. sont occupées par de saintes tilles qui y font plus sûrement l'œuvre de Dieu et que Dieu a comblées de ses bénédictions. La maison est plus que triplée. Laudetiir J. C. qui exaltavit humiles. — Prions l'un pour l'autre, cher bon ami, vous me manquez bien dans mes petites excursions ! Combien il serait doux de mettre en commun nos souvenirs déjà si lointains et qui, chaque jour, s'affaiblissent en perdant

(1) Etiam periere rtdnx. Lucain.

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leur vivacité. Dédommageons-nous de quelque manière en redoublant de prières Tun pour Tautre. Je vous recQminande bien instamment mon unique sœur qui faiblit de jour en jour davantage.

« Je quitte Malestroit, demain matin, Josselin après demain, Ploërmel vendredi.

« Tout à vous encore une fois, en N. S.

« Houet, chan. »

Dix jours avant la chute de lu Restauration, Lameneais écnvaît à Tabbé de Hercé, neveu du dernier évêque de Dol, et lui-même, plus tard, évêque de Nantes :

M A la Chênaie, le 16 juillet i83o.

« Je suis vivement touché de votre souvenir. Monsieur, et jç conserverai soigneusement Touvrage qui en est pour moi le précieux gage. Quoique très indigne de pénétrer dans ces sortes de sanctuaires de la science orientale (i), je puis, bien que profane, jeter peut-être du dehors un regard timidement curieux sur quelques-uns des mystères auxquels je dois renoncer à être initié,

(1) M. de Hercé passait pour un orientaliste distingue.

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d'après des documents inédits

et qui pour vous n'ont aucuns voiles (sic). L'espérance que vous me donnez devons posséder quelques jours ici, est déjà un bienfait dont je vous remercie. Je jouis d'avance du fruit que je retirerai de votre conversation si intéressante, si instructive et si variée. L'abbé Gerbet a bien regretté d'être privé de cet avantage, lors de son passage à Laval (ij. Il eût aussi désiré beaucoup de présenter ses hommages à Madame d'Ozonville. Je vous prie de lui faire agréer les miens, ainsi qu'à Madame de Vaufleury. Vous ajouteriez à vos bontés, si vous vouliez bien assurer mon cher William, que je n'oublie point les jours que nous avons passés ensemble, et que jamais il ne cessera d'être présent à mon cœur.

« On doit peu s'étonner des] progrès du libéralisme, c'est la marche naturelle des choses, et, dans les desseins de la Providence, la préparation au salut, je le crois du moins. La religion, emprisonnée dans le vieil édifice politique, véritable cachot de l'Eglise, ne reprendra son ascendant

(1) Où résidait alors l'abbé de Hercé et où il avait exercé les fonctions de maire, comme nous le disait tout à Iheure M. Houet.

qu'en recouvrant sa liberté; et c'est là le service que ses ennemis, instruments aveugles d'une Fwîssance qu'ils méconnaissent, ont reçu d'en haut Tordre de lui rendre. Tout se prépare pour une grande époque de restauration sociale, mais qui devra, comme il arrive toujours, être achetée par beaucoup (Je travaux, de souffrances et de sacrifices. Pour nous qui ne serons plus quand elle s'accomplira (i), saluons de loin cette espérance, comme les prophètes celle du Messie, et supplions Dieu de répandre, parmi les catholiques et dans le clergé surtout, les lumières qu'exige sa position présente, et que tant d'hommes, d'ailleurs estimables, ne savent pas même encore désirer.

« Veuillez agréer l'assurance des sentiments pleins de respect et d'affection avec lesquels j'ai l'honneur d'être, Monsieur, votre très humble et obéissant serviteur.

« F. de la Mennais (2). »

(1) Nous l'attendons toujours !

(2) M. Houetnous apprend, dans une note, que l'original de cette lettre lui a été remis autrefois par M^' Maupoint, ancien vicaire général de Rennes, mort évêquc de la Réunion.

Quelques mois après la chute de la Restauration, Lamennais fonda le Journal ï Avenir (16 Oct. i83o), nous n'avons pas besoin de rappeler dans quelles circonstances.

Cependant les ennemis de Lamennais ne désarmaient pas. Écrasés par le génie et la logique de leur adversaire, ils employaient la ruse du renard contre ce lion qui ne croyait qu'à la force de la raison et du bon droit. Pour le déconsidérer plus sûrement, nous l'avons observé déjà, ils lui prêtaient gratuitement des opinions qui n'étaient point les siennes, interprétant ses écrits, ses paroles, ses moindres gestes et ceux de ses amis d'une façon défavorable ; s'appliquant à ulcérer ce cœur généreux. Encore un peu de patience et quelques efforts, MM. les Gallicans, vous obtiendrez un succès plus complet, peut-être, que vous n'eussiez osé le rêver : votre ennemi vous débarrassera lui-même de sa personne encombrante, mais vous paierez cher votre triomphe d'un jour. L'Ultramontanisme que Montalembert appellera plus tard « la progéniture directe de l'école de La Mennais », école dont alors il ne fera plus partie

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depuis longtemps et que Lacordaire, transfuge, lui aussi, des premières doctrines de son ancien Maître, définira, avec une brutalité de termes qu'il eût amèrement déplorée, s'il avait vécu dix ans de plus, « la plus grande insolence qui se soit encore autorisée du nom de J.-C. (i) », TUltramontanisnie, dis-je^ temportera, sur son rival, ime victoire décisive, de telle sorte que Ton pourra dire que s'il y a encore des Gallicans, il n'y a plus de Gallicanisme, et que s'il existe encore quelques soldats, dispersés çà et là, il n'y a plus d'armée, S np peut plus y en avoir.

Le marquis d'Albertos (2) ayant pris la défense <|€ Laipeapais,,, «Httlfe. Ciitaîns calomniateurs, le grand écrivain crut devoir le remercier par la

Cl) Testament du V. Lacordaire. publié par Montalembcrt (1870),

(s) La lettre qu2 nous allons reproduire et dont nous croyons avoir l'original entre les mains, sans pourtant, cette fois, oser Taffirmcr, a été publiée intéi^ralemcnt par Ange Blaize, tome second, p. "jfi et seq., avec cette suscription : « A M. de Mazenod » alors vicaire général et plus tard évéquc de Marseille. La suscription de celle que nous possédons : « ,4 M. le marquis d'Albertos » ne nous semble pas de la même main que le corps de la lettre. Mais, encore une fois, nous ne reconnaissons plus ici, d'iinc façon certaine, lécriture de Lamennais. Quoi quil en soit, nous n'hésitons pas à reproduire cette lettre, vu son importance.

lettre suivante, d'une importance trop considérable, pour que, malgré sa longueur, nous ne la reproduisions pas intégralement; quelques-uns des points qu'elle touche, sinon tous, étant encore pleins d'actualité. Elle est datée de Juilly où se trouvait alors Lamennais, chez son ami l'abbé de Salinis qui avait, quelques mois auparavant, rouvert le collège autrefois célèbre de ce nom.

« Juilly, le 7 Avril i83i.

« Je ne sais. Monsieur, comment vous exprimer ma reconnaissance des soins que vous voulez bien j)rendre pour découvrir la source des calomnies qu'on a répandues contre moi dans vos provinces. La Providence permettra, j'espère, que ces impostures soient pleinement dévoilées. Ayant appris de Mi'^ Laiguille que le P. Charles lui avait dit avoir vu la prétendue lettre qu'on m'accuse d'avoir écrite (i), j'ai écrit à ce dernier

(!) Ainsi qu'on le voit, les ennemis de Lamennais n'hésitaient pas à fabriquer, de toutes pièces, les documents dont ils croyaient avoir besoin et de les signer tout simplement de son nom : procédé plus commode qu'honnête.

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que je crois être un très pieux ecclésiastique, pour lui demander des renseignements et comme f ignore son adresse, faî prié Fabbé Combalot, qui a prêché le carême à Marseille, de lui remettre ma lettfe. Peut-être sera-ce un moyen d'arriver jusqu'au premier auteur de ces bruits calomnieux. Du reste, je me suis empressé, selon votre conseil, d'envoyer aux ecclésiastiques dont vous avez la bonté de m'indiquer les noms, le numéro de V Avenir qui contient ma dénégation.

« J'ai encore, Monsieur, à vous remercier de ce que vous voulez bîea me faire connaître les reproches qu'on m'adresse généralement. C'est un véritable service que vous me rendez, et plût à Dieu qu'on voulût toujours s'expliquer ainsi avec franchise et charité'; on serait bien près de s'entendre. En vous exposant ma pensée à Tégard de ces reproches, je suivrai Tordre que vous avez suivi vous-même :

« i» Personne ne respecte plus que moi des Sentiments iioilOfilblcs en eux-mêmes ; mais je crois, d'une part, qu'on ne peut légitimement les mettre à la place de la doctrine de l'Église, hors

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de laquelle je ne connais aucunes règles sûres, ni aucunes règles quelconques ; et d'une autre part, qu'on doit, comme tous sentiments humains, quels qu'ils soient, les subordonner aux intérêts de la Religion; autrement on mettrait quelque chose au-dessus de Dieu.

« 20 II existe des libéraux honnêtes et religieux; il y en a d'autres^qui ne le sont pas. Quant aux premiers, je ne comprends pas comment des Chrétiens repousseraient quelques-uns de leurs frères et se maintiendraient à leur égard dans un état d'inimitié, uniquement parce qu'ils ont des opinions politiques /différentes. Quant aux seconds, ou ils comprennent la nécessité de défendre l'ordre et par conséquent les droits de chacun, et alors c'est un devoir de s'unir à eux dans cette limite; ou, au contraire, ils veulent attaquer ces droits et renverser l'ordre, et en ce cas, le devoir évident est de les combattre.

« 30 II est certain, et je l'ai répété plusieurs fois, quen droit, le clergé peut légitimement réclamer une indemnité à raison de ses biens confisqués par la Constituante. Mais en fait, le

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gouvernement ne reconnaît pas son titre, et considérant comme un vrai salaire ce qu'il lui accorde par le budget, il traite en conséquence les évéques et les prêtres comme des salariés et fonde sur ce prétexte l'oppression dont il les accable. Sans cesse, il répète que le traitement les rend fonctionnaires publics ; d'où il conclut qu'il a sur eux, comme Ar tous les autres fonctionnaires, un pouvoir de commandement, incompatible, on ne le sait que trop, avec la liberté essentielle du sacerdoce (i). Dans cette position, il faut, ou que le gouvernement change de principes, ce qu'il ne fera pas, ce qu'il ne peut pas faire, ou que k clergé se soumette à une dépendance mortelle pour l'Eglise, ou que, pour rccowfftr la liberté, il renonce au traitement que l'État lui paye. Il m'a paru que des prêtres catholl|lies, des hommes de foi ne pouvaient pas hésiter un seul moment.

« 40 Je ne pense pas qu'il y ait aujourd'hui une seule personne, en France, qui croie à la

(l) Si Lamennaii vivait encore, ne pourrait-il pas tenir un peu le même langage, pour les mêmes motifs ?

d'après des documents inédits

possibilité que le Catholicisme sy conserve, dar,s le cas où le gouvernement continuerait de nommer les évoques. Déjà l'on assure que les évêchés sont vendus, comme toutes les autres places Et quand ils ne le seraient pas, que serait-ce que des eveques choisis par nos persécuteurs, par des Mértlhou et des Montalivet ? Tout notre avenir est dans cette question. 11 a donc été de notre devoir d'en avertir Rome, et qu'avons-nous fait que supplier humblement nos premiers pasteurs de transmettre au Pasteur Suprême et nos craintes et nos vœux ? Pouvions-nous agir plus catholiquement (i)?

« 5° Je n'ai été l'intermédiaire d'aucune négociation. Je n'ai jamais eu le moindre rapport avec le gouvernement actuel, non plus qu'avec l'ancien. Par principes et par goût, toujours obscur pour être indépendant, de ma vie je n'approchai d'aucune cour, d'aucune puissance. Voilà l'exacte

vente.

.^JT^ '? ^'"'^"''. '"''^""'^ ^"' ^■'•'^^"^^'- I-amennais avant été cho.s.s de la façon qu.l ju,e essentiellement vicieuse, nous ne pouvons nous empêcher de sourire de sa candeur. Pou^on8

« 6^ Parmi les paroles de mon avocat (i), il y en a eu plusieurs que j'ai regrettées vivement et aux<iuelles je prévis qu'on ne manquerait pas de donner une interfrémion malveillante. Mais je n'avais pas pu les deviner, et je ne pouvais pas davantage établir, au milieu de l'audience, un colloque entre lui et moi, une discussion toute personnelle, étrangère à la cause. Pour qui veut lire, il est d'ailleurs évident, par l'ensemble de son plaidoyer, qu'en parlant de réforme, de restauration du Catholicisme, etc., il avait eu en vue de désigner la guerre qu'en effet, je n'ai pas cessé de faire au Gallicanisme.

« 7» Je ne suis pas surpris que mon petit article sur ies événements de Février, ait paru fort étrange, après les révélations qui sont venues depuis. J'étais alors à la campagne, on m'écrit

(,) Elles avaient été prononcées dans un récent procès L'avocat de Lamennais était M. Janvier, homme de grand talent. - Cf. Montalembert : Le Père LacorJaire, p. 28. Dans cet ouvrage et pour cause. Lamennais est constamment sacrifie à Lacordaire : M. de Montalembert et ses amis, les libéraux, ne pouvaient pardonner au prem.er. dont pourtant ils avaient tout dabord partagé les opinions, d avoir implanté en France les idées uUramontaines. qui jusque-là n avaient jamais pu s-y acclimater, et davoir préparé, je dirais presque assure leur triomphe définitif.

qu'une démonstration carliste a eu lieu dans

l'Eglise St-Germain-FAuxerrois, qu'à la suite de

cette tentative de désordre, les croix tombent,

l'archevêché est envahi, démoli, etc., et l'on me

demande en toute hâte quelques mots pour

séparer la cause des catholiques de celle des

hommes qui paraissent la compromettre parleurs folies.

" J'envoie sur-le-champ quelques mots. Lorsqu'ils arrivèrent, les choses avaient commencé à s'éclaircir ; en conséquence, il fut décidé qu'on n'insérerait point mon article dans VAvenir. C'était le soir, on était pressé, cet article se trouva mêlé à d'autres papiers et fut, par méprise, porté avec eux à rimprimerie, c'est ainsi qu'il a paru, et dans tous les cas, l'on a bien dû voir qu'il avait été écrit sur de premiers bruits qui le justifiaient, et que rien n'avait démentis encore.

" Vous pouvez. Monsieur, communiquer ces observations à qui vous le jugerez à propos. Catholique sincère et ne voyant en ce monde que les intérêts de la Religion, qui me sont mille fois plus chers que la vie, je voudrais que mon âme

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