‹ Lamennais, d'après des documents inédits [microform]Chapitre 39 sur 87 · TROISIÈME ENTRETIEN · texte numérisé non relu

TROISIÈME ENTRETIEN

« Depuis que le péché est entré dans le monde, il existe deux sociétés d'intelligences. La première est la société des âmes qui vivent dans la grâce de Dieu, c'est la communion des Saints, c'est cette céleste famille, tellement éprise de charité et si bien fondue dans l'unité de l'amour divin, que la prière d'un seul prie pour tous, que les larmes d'un seul pleurent pour tous, que les souffrances d'un seul méritent (expient) (2) pour tous : de façon qu'il n'est pas si petite goutte de grâce

(i) Eccle. IV, 10.

(2) Nous retrouverons assez fréquemment de ces mots mis entre parenthèses. Ce sont probablement ceux que la mémoire de M. Houet ne lui

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accordée à une âme dont toutes ses soeurs n'aient leur j»rt. Le péché nous arrache à cette société bienheureuse, poumons jeterdwttla société du mal. Ici plus d'unité, plus de participation, plus de communion. Le péché étant un principe d'égoîsme et d'isolement, chacun se concentre dans son individualité. Le moi insatiable aspire tout autour de lui; H se gonfle, il se développe Il s'élargit de toutes ses forces, il engloutit tout ce qu, est plus faible que lui, comme font les serpents aux petits oiseaux, et il n'est arrêté dans ses conquêtes que par la rencontre d'un autre tyran égal ou supérieur en forces. La lutte s'établît, lutte acharnée, impitoyable ; et toute cette hideuse société n'est qu'une mêlée immense de combattants atfamés, qui ne se rapprochent que pour s'entre-dévorer. Quel nom donner à cette foule (d'individualités) qui se heurtent, à cette effroyable cohue : l'Enfer?

l*.Frena.t aussitôt, lorsque Ja parole du Ma "k "" '"''

«reines. Malgré tout. ,a L.oire^a p u^fid I I .": .T^r ' "^ quelque chose en chemin. ^"'^^'^ toujours

" Vous l'avez nommé. L'Enfer n'est pas autre chose. Telle est la constitution de la société infernale : il n'y a de plus que le tourment du feu (et le désespoir d'avoir perdu Dieu). Voilà la cité dont le péché nous fait citoyens. Insensés! qui, pour sortir de la douce dépendance de Dieu, nous plions sous le joug le plus dur et le plus abject. Nous devenons par le fait serfs du démon, nature supérieure à la nôtre (qui devait être un jour notre esclave), haut et puissant Seigneur qui nargue cruellement nos prétentions à l'indépendance en nous chargeant de chaînes, et plie bon gré mal gré les transfuges de Dieu à la pesante discipline de son armée. De plus, en associant notre volonté avec celle des méchants, nous perdons notre indépendance même avec nos pairs. L'engagement est formel ; il faut marcher, le bandit avec ses camarade s, le voluptueux avec les complices de ses désordres, etc. Enfin, l'acte de félonie envers Dieu emporte la déchéance de notre nature. Nous tombons sous l'empire de la création inorganique qui nous opprime par les maladies, et s'empare de notre corps qu'elle torture. On dirait parfois la

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science du bourreau quî raisonne son terrible ministère. La plupart des pécheurs ne sentent pas leur chute profonde : après le péché, c'est tout comme auparavant. La vapeur du mal obscurcit leur intelligence et ils comprennent d'autant moins les lois de notre nature qu'ils s'en éloignent davantage. Le malade plongé dans la léthargie ne sait pas qu'il meurt et pourtant il meurt. Le pécheur, paisible dans son péché et toujours lier de sa dignité d'homme n'en est pas moins descendu si bas, que la béte brute qu'il méprise aurait pitié de lui si elle pouvait comprendre son abaissement. Faut-il maintenant s'étonner que les Saints détachés de la terre et hautement éclairés de Dieu aient témoigné tant d'horreur pour l'ombre même la plus imperceptible du péché? Ah! C'cstijiills en comprenaient tout le mal. >,

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