QUATRIEME ENTRETIEN
« L'Apôtre Saint Jean distingue comme trois
sources parlesquelleslepéchéentredanslemonde: la concupiscence des yeux, la concupiscence de
d'après des documents inédits ,
la chair et l'orgueil de la vie (i). Mais cette dernière est de beaucoup la plus abondante. Plongés en naissant dans cette source fatale, nous sommes comme imbibés de ses eaux et nous suons l'orgueil par tous les pores. Lucifer, le plus beau des anges, la plus resplendissante des créatures, tomba par l'orgueil; l'orgueil a été le premier attentat à l'ordre de la Création, la première manifestation du mal, l'apparition première du péché qui a en quelque sorte choisi cette forme de préférence à toute autre. Pourquoi? c'est que l'orgueil contient en germe toute l'innombrable famille des péchés, qu'il la couve et la fait éclore. L'Ecriture nous représente l'Esprit- Saint, les ailes étendues sur la Création encore à l'état de chaos et fécondant de sa chaleur divine le germe du monde. L'Esprit du mal, Satan, l'orgueil lui-même (ou, comme l'appelle l'Ecriture, le roi des fils de l'orgueil) (2) a aussi étendu sur le monde ses vastes ailes, qui douées d'une
(1) Omne qiiod est in miinJo, concupiscentia carnîs est, et concupiscent'ia oculorum et snperbia rilœ, qiiœ non est ex Pâtre, sed ex mimdo est, I. Joan II, 1(3.
(2) Ipse est rex super iinhersos filios snperbiœ. Job. xli. 25.
chaleur fécondante et d'une sorte d'énergie créatrice, y font pulluler rinîquité. C'est pour cela que Satan est appelé le père du mal ou du mensonge ( i ). Satan a inoculé Forgueil dans nos âmes par le péché originel qui fut un péché d'orgueil, émanant de cette parole : Vous serei comme des Dieux (2). Aussi, lorgiieîl se retrouve-t-il dans tous les détails de la vie humaine et nos péchés ne sont pour la plupart que des transformations de ce (funeste' principe. Qu'est-ce que la haine, si ce eVst le sacrifice des autres à soi, le despotisme de Forgueil? Qu'est-ce que Ternie? La tristesse de Forgueil qui se sent taible. La jalousie est le même sentiment appliqué à de petites choses. L'amour-propre est la fierté que nous inspire le sentiment de notre mérite, une adoration secrète de nous-mêmes. La vanité, c'est Forgueil niais et ridicule, se pavanant non d'un mérite réel, mais des apparences. La vanité qui se nourrit des regards du monde, touche à Fhypocrisie. Il se rencontre quantité de gens qui, se parant (ainsi)
(l) MemJix est etp^er ejm imenJ^i}. Joan. tih. 44. (Il EnVtf sitfitf ^ïi. Gen. 1». 5.
d'après des documents inédits
de vertus imaginaires, recherchent la gloire par la bassesse. Peut-être même, si nous interrogeons notre conscience, reconnaîtrons-nous que notre vanité a profané des choses plus saintes encore. Pourquoi, dans le temple, en présence de Dieu et des hommes, nos regards sont-ils plus recueillis, notre prière a-t-elle la voix plus fervente que dans la solitude du cabinet, devant Dieu seul ? Enfin, nous portons la folie de l'orgueil jusqu'à faire servir les grâces que nous recevons de Dieu à l'accroissement de ce désordre, outrageant ainsi doublement notre Père céleste, d'abord dans sa loi éternelle, primitive, et en second lieu, dans Fœuvre de la Rédemption dont nous profanons le mérite infini. Ainsi nous sommes toujours à la recherche de nous-mêmes, immolant tout à nous, faisant de toute chose pâture pour notre amourpropre. Nous ne l'avouons pas : mais au fond nous voulons être adorés; nous aspirons sans cesse aux honneurs du culte, mais en dissimulant notre ambition; nous cherchons à monter sur rautel, mais en rampant, n'ayant pas la franchise de ces rois antiques, dont la superbe montait