NEUVIÈME ENTRETIEN
'OUT ce que nous avons dit jusqu'ici se
(rapporte) aux deux principes qui constituent riiumanité, savoir : Famour supérieur qui est la loi de Tordre universel, et l'amour inférieur ou la loi des membres St Paul) (i), destructive de l'ordre universel. Tous les peuples ont connu ces deux principes et y rattachent les mêmes idées d'ordre et de désordre. Les ïndous avaient fait
(l) VtJeo alLim Icgem in membris vieis, repugnantem legi mentis meœ. et captivantem me in Icge peccali, quœ est in membris meis. Rom. vu,
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un Dieu de Tamour individuel Siva) (i) et l'appelaient le destructeur des formes. L'état de grâce est la prédominance dans Thomme de Tamour supérieur sur l'amour inférieur : ainsi, la loi chrétienne est Texpression de ce qu'il y a de plus profond, de plus intime et en même tempsj de plus élevé dans Thumanité. L'état de grâce se maintient par la lutte constante de l'àme contre les trois (sources de mal) que l'Apôtre a nommées orgueil de la r/e, concupiscence des yeux et concupiscence de la chair^ à l'aide de l'humilité, de la mortification spirituelle et de la mortification de la chair. Notre vie terrestre n'est ainsi qu*un long combat qui tend au triomphe de l'amour général sur l'amour individuel. Telle est la condition des fidèles dans fordre commun de la vie chrétienne.
« Mais Dieu sépare de la foule et range comme par bataillons sacrés des combattants d'élite qui portent au plus haut degré de puissance cette lutte et ce triomphe. Les ordres religieux ont été institués pour développer l'amour général ou la charité
(1) Ce n'est pas le lieu de discuter ici cette as«ienton.
au-delà des limites communes (et obligatoiresi et en répandre, pour ainsi dire, le surcroît dans le monde. Ainsi les uns se consacraient au service des malades, les autres à la rédemption des captifs, quelques-uns se dévouaient à l'étude, au développement de la science et prenaient pour eux les recherches les plus pénibles de l'esprit humain, charité sublime qui éclairait les hommes. D'autres enfin, et ceux-là suivaient la vocation la plus élevée, se livraient uniquement à la prière, la prière, aimant mystérieux qui aspire les faveurs divines et répand sur le monde les rosées du ciel. Les vœux d'obéissance, de pauvreté et de chasteté sont les bases de la vie religieuse. Ces trois vœux sont opposés ^aux trois formes de péché) : l'orgueil, (l'avarice et la sensualité). Nous avons vu que tout Chrétien est rigoureusement obligé à combattre ces trois principes du mal.
« Quelle est donc la différence de la vie du (simple) Chrétien à la vie religieuse ? Toute la dilBférence consiste dans lapratique plus rigoureuse et plus élevée, imposée par les vœux, et la plus grande perfection qui en est le fruit.. La vie reli-
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gieuse amasse de grands trésors de mérites, parce que les moindres actions, indifférentes et stériles dans la vie commune, sont (îd) sanctifiées et rendues méritoires par Pesprit d'obéissance. La vie religieuse reod facile et aîsée l'œuvre du salut, parce que Tàme, accoutumée à se vaincre dans les plus petites choses et comme familiarisée avec l'esprit de sacrîice, se trouve pleine de force et de grâce contre les grands obstacles. L obéissance est le premier vœu de la vie religieuse, car lobéissance est la première condition de l'ordre, et la condition indispensable de la vie en commun. Ce principe est si général et reçoit tant d'applications journalières qu'on ne saurait douter de sa nécessité. Mais le rœu d'obéissance repose encore sur d'autres considérations plus hautes et fuî sont plus dans Fesprit de la vie religieuse. Si l'humilité, comme nous l'avons vu, n'est qu'une cominuelle obéissance à la loi supérieure par la lutte habitaellederàme contre la loi intérieure, l'obéissance n'est autre chose qu'un vceu d'humilité. Be même que Forgueiî est au fond de tous nos vices, l'humilité doit être au fond de toutes nos venus!
En d'autres termes, rhumilité est l'essence de la vie chrétienne. Or rhumilité et Tobcissance étant une même chose, le V(jl*u d'obéissance est un lien plein de force qui nous attache à la pratique la plus pure du Christianisme. »