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d'après des documents inédits
>' vous aura dit, sans doute, combien je m'estimerais heureux de pouvoir être utile ou agréable à vous, M. l'abbé, ou à quelqu'un de Messieurs vos alignes collègues.
; Je vous supplie de leur faire agréer à tous, en gênerai, et à chacun, en particulier, l'hommage de mon respect et de ma vive reconnaissance
« Je ne sais si M. l'abbé Combalot, qui est
b.en éloquent, aura pu l'être assez pour excuser -près de, M. l'abbé Gerbet un silence qui a pu paraître au moins bien extraordinaire, s'il n'a pas ^^te sauvage.
« Je suis avec vénération,
« Monsieur TAbbé, « Votre, etc.
« f L. C. F. Évêque de Pamiers (i). »
Cette lettre du vénérable prélat, si élogieuse pour son destinataire, nous laisse deviner les basses intrigues dont celui-ci était la victime. Si les catholiques dont il est question devaient rou-
(0 Publiée par Blaize, II. 127.
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gir uniquement pour n'avoir pas su détendre contre êe vîtes calomnies l'écrivain courageux qui s*étaît donné la mission, ou plutôt qui avait reçu du ciel la mission de combattre pour les intérêts de FÉglise et qui jusque-là n'avait jamais failli à sa tâche, que dire de ceux qui se Joignaient aux ennemis-nés de la Religion pour le maudire et le discréditer en s'efforçant de stigmatiser son zèle, asèle exagéré parfois, sans doute, et parfois intempestif, mais du moins louable dans son désintéressement? Heureuseinent pources obscurs blasphémateurs, dont plus bas nous retrouverons la prose, l'histoire dédaigne de rappeler leurs noms : ils doivent à ce mépris d'ailleurs flétrissant Toubli de leur lâcheté scélérate. Souvenons-nous toutefois que ce sont eux qui poussèrent l'infortuné dans Tabîme.
Le 1 5 Octobre, Lamennais adressait les lignes suivantes à M'»*» de Tréméreuc, bien vraisemblablement, — nous n'avons pu retrouter Fadresse complète de cette lettre. Les tristes jours dont il prévoyait l'approche, non sans terreur, on peut le croire, devaient être encore plus sombres qu'il
ne le craignait : ce fut une nuit froide et sans étoiles dont il ne sortit plus !
« A la Chênaie, le i5 Octobre i832.
« Je me flatte, Mademoiselle, que vous n'avez pas douté un instant du plaisir que nous ferait votre visite. Nous l'attendons avec impatience, et vous engageons à profiter des derniers beaux jours. Il en viendra bientôt de fort tristes dans tous les sens, et il est doux au moins de se voir auparavant. Ce que vous m'apprenez de la disposition des esprits autour de vous me console beaucoup. Nous recevons de partout les mêmes espérances, et cela me donne de l'espoir pour l'avenir. Prions Dieu et attendons ces moments avec patience.
« Mes compagnons de solitude, sensibles à votre
souvenir, vous prient d'agréer leurs hommages.
J'y joins l'expression des sentiments de respect et
d'attachement avec lesquels je ne cesserai d'être,
« Mademoiselle, votre dévoué serviteur,
« F. de la Mennais. »
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En dépit de la déclaration si prompte, si simple, si franche, si respectueuse dont parlait plus haut révêque de Pamîers, la calomnie continuait de s'attaquer à celui que Ion pourrait appeler désormais le Grand Vaincu. Relancé par elle jusque dans les profondeurs de sa solitude de La Chênaie, celui-ci, dans rintention de couper court à tous ces bruits malveillants, adressa au Souverain Pontile une nouvelle lettre souvent publiée, mais que toutefois Ton ne sera pas fâché de retrouver ici, à la suite de celle qui] écrivit peu après à la' même personne, sans nul doute, que la précédente (i), c'est-à-dire à M"^- de Tréméreuc.
« La Chênaie, le 20 Août i833;
« Vous trouverez ci-inclus, Mademoiselle, une copie de ma lettre au Pape. Vous pouvez la lire à qui vous voudrez, mais je vous prie très instamment de ne la confier à personne, je ne veux pas que maintenant au moins elle devienne publique et elle le serait en fort peu de temps si on la
(1) Cf. plus haut, page 59. - Voir Forgues 11, p. 3o3.
laissait transcrire. Prenez donc à cet égard toutes les précautions possibles. Je m'en rapporte à vous avec une entière confiance.
« J'ai reçu hier une lettre de M. Gerbet qui me dit vous avoir écrit au sujet de son frère. Il est on ne peut plus sensible aux marques d'intérêt que vous lui donnez. Je ne le suis pas moins à votre attachement si sincère et si vif et qui s'accroît au milieu des circonstances pénibles qui en font évanouir bien d'autres. Mon frère aura le plaisir de vous voir dans une quinzaine de jours au plus tard. Il est maintenant fort occupé de la retraite de ses Frères. Veuillez faire mes compliments à vos bons voisins de Pléneuf, Moncontour, etc., etc. Il jr a beaucoup à souffrir dans le temps où nous sommes pour tous ceux qui n'ont que Dieu en vue et qui ne veulent que lui. Espérons qu'après ces jours mauvais il en viendra de meilleurs. Je vous réitère. Mademoiselle, l'assurance de mon affectueux dévouement.
« F. de la Mennais. »
Voici maintenant la lettre au Pape.
d'après des documents inédits
«4 Août i833.
" Quelque répugnance que jëprouve à distraire V. S. des graves affaires qui sont l'objet de sa sollicitude, il est de mon devoir de m'adresser directement à Elle dans les circonstances personnelles où je suis placé.
« Lorsque le jugement de V. S. sur la manière dont moi et mes amis avions entrepris de défendre les droits des catholiques en France nous fut connu, à l'instant même nous protestâmes publiquement et dans toute la sincérité de notre ame de notre soumission pleine et entière à la
volonté du Vicaire de J.-C et V <; ^.•
'- ■"• "-• > et V. 6. daigna me
faire dire que ce témoignage solennel de notre obéissance filiale l'avait également satisfaite et consolée.
«Cependant je vois, T. S. P., avec une profonde douleur, pai un bref que V. S. a adressé a M. l'archevêque de Toulouse fi) et que les
fi) Le 8 Mai précédent.
journaux ont publié, qu'on a réussi à inspirer à V. S. des sentiments de défiance à notre égard : par quels moyens et sur quels fondements ? Je l'ignore. Quels sont ces bruits répandus dans le public et qui ont de nouveau contristé votre cœur? Plus sur ce point j'interroge ma conscience, moins je découvre ce qui a pu fournir contre nous le sujet d'un reproche. Ce que je sais avec toute la France, c'est que V Avenir a cessé de paraître ; que l'Agence catholique a été dissoute et les comptes rendus aux souscripteurs ; que nul d'entre nous n'a songé à entreprendre depuis rien de semblable et qu'ainsi nous avons prouvé notre obéissance à Votre Sainteté, non pas seulement par de simples paroles, mais par des actes effectifs aussi éclatants que le soleil.
« Toutefois, puisqu'on a rendu de nouvelles explications nécessaires, je me sens obligé de déposer derechef humblement aux pieds de V. S. l'exposition de mes sentiments qu'on a calomniés près d'Elle, et en conséquence je déclare :
« Premièrement, que par toute sorte de motifs, mais spécialement parce qu'il n'appartient qu'au
Chef de rÉglise de juger de ce qui peut lui être bon et utile, fai pris la résolution de rester à IVenir, dans mes écrits et dans mes actes, totalement étranger aux affaires qui la touchent ;
" Secondement, que personne, grâce à Dieu, n'est plus soumis que moi, dans le fond du cœur et sans aucune réserve, à toutes les décisions émanées ou à émaner du St-Siège Apostolique sur la doctrine de la foi et des mœurs, ainsi qu'aux lois de discipline portées par son autorité souveraine.
« Tels sont, T. S. P., mes sentiments réels établis d'ailleurs par ma vie entière. Que si l'expression n'en paraissait pas assez nette à V. S qu'Elle daigne elle-même me faire savoir de quels termes je dois me servir pour la satisfaire pleinement; ceu.x-là seront toujours les plus conformes a ma pensée qui la convaincront le mieux de mon obéissance filiale.
« Je suis, Très Saint Père, avec le plus profond respect, de Votre Sainteté,
« Le très humble, etc.
Le ton de cette lettre, au fond si résigné, si soumis, ne manque cependant pas d'une certaine nuance d'amertume. L'engagement qu on avait exigé de Lamennais de ne plus s'occuper de questions religieuses irritantes, il l'avait pris en le généralisant, puisqu^il promettait désormais de rester totalement étranger aux affaires qui touchaient l'Église. Non pas évidemment que la cause qu'il avait si vaillamment défendue jusque-là et pour le triomphe de laquelle il avait dépensé tant de sueurs et subi tant d'épreuves lui fût devenue tout-à-coup indifférente, mais puisqu'on lui criait un peu de tous côtés qu'il la compromettait par la façon dont il Tcmbrassait, il se décidait à quitter son ancien champ de bataille, pour n'y plus jamais descendre. Toutefois, s'il consentait à tuer en lui, non pas le prêtre, sans doute, ni surtout le chrétien, il était encore loin d'y songer bien que cela fût proche, mais l'écrivain religieux, il entendait réserver toute la liberté de sa plume pour les questions relatives à Vordre puretnent temporel, comme il l'écrivait ce même jour, 4 Août, à un prélat que Forgues pense être M«^ de Que-
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leo (ï). En deux mots, le catholique se soumettait sans réserves aux décisions du Chef de l'Eglise,
mais le citoyen français n'abdiquait pas ses droits ; il entendait les exercer avec pleine indépendance. Cette distinction parut subtile et indigne de la franchise de Lamennais : auiourd*huî, sinon en France, du moins ailleurs, peut-être ne paraîtraitelle ni l'un, ni F'autre. Pour nous, nous croyons, sauf meilleur a%-is, qu'un catholique, surtout un prêtre, doito.on seule m,eiit$oiiserlrc'ttix décisions doctrinales émanées du Saint-Siège, mais encore savoir, même en matières purement civiles etpolitîques, lui sacrifier ses opinions individuelles, toutes les fois qu'on le lui demande au nom de la paix de FÉglîse ou de la tranquillité de TÊtat Pour n'avoir voulu taire qu'à moitié ce sacritice, Lamennais ne le lit pas du tout, comme la suite ne tarda pas à le montrer.
Reconnaissons cependant que ses idées politiques, alors si bruyantes, parce qu'elles semblaient neuves et qu'il les exprimait dans lin langage absolument extraordinaire et merveilleux, abou-
(i) II. p. 3o5
tissaient toutes à ce qui passait alors pour une hérésie monstrueuse, une utopie sacrilège, et qui est bien près aujourd'hui de devenir un dogme : le socialisme chrétien.
Le grand tort de Lamennais fut loujours de devancer son époque : il n'y a guère que les hommes de génie à se donner de pareils torts ; presque toujours ils les expient cruellement. Lamennais ne lit pas exception à cette règle qui d'ailleurs paraît ne pas avoir d'exceptions.
Le solitaire de la Chênaie se condamnait au silence, sur toutes les questions religieuses : il le faisait sous l'impression de la mauvaise humeur. Mais tout porte à penser que le temps, la réflexion, les conseils de ses amis et surtout ceux du premier de tous, de son saint frère, eussent fini par faire rentrer dans cette âme avec le calme la raison chrétienne. Ce n'eût été qu une courte et vive tourmente, suivant l'expression del'Evêque de Pamiers, et l'on eût revu briller d'un éclat plus vif et plus durable que jamais le/anal providentiel.
Ce n'était pas le compte des ennemis de
Lamennais, de ces Gallicans toujours outrés de la
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campagne ultramontaine, inaugurée en France par les deux frères. L'occasion leur parut excellente pour se débarrasser de ces redoutables adversaires, et âhs lors on les vit s'acharner contre eux, contre leurs œuvres, dénaturant leurs actes, leurs paroles et ne reculant pas devant les calomnies les plus absurdes, les plus odieusement bouffonnes même, pour arrivera leurs fins.
Voîcû à tître de spécîmen, l'article que ÏAmi delà Religioncmpi'unxanàV Invariable cicFriboitrg
{ If/ et 20** livraisoiis)et publiait le 1 5 Octobre 1 833, dans son n" 2167% sous le titre : Révélation importantes tmc parfaitement justifié d'ailleurs; c'était, en effet, une révélation véritable qui! importait beaucoup à ses auteurs de taire passer pour véridique. La collection de ÏAmi de la Religion n'étant pas à la portée de tout le monde, on nous pardonnera d'exhumer ce morceau, si tristement curieux comme trait de mœurs... lâches et féroces. Nous le copions tel que nous le trouvons sur une feuille adressée sans nul doute à M. Jean de Lamennais avec la note qui raccompagne. Nous nous bornerons à compléter les noms propres
dont le journal ne donne que les initiales : petite habileté qui n'était qu'une perfidie de plus. Le correspondant de M. de Lamennais se contente parfois de résumer certains passages ; les citations d'ailleurs sont parfaitement exactes : nous les avons soigneusement vérifiées.