‹ Lamennais, d'après des documents inédits [microform]Chapitre 6 sur 87 · UN SYMBOLE DE FOI GÉOMÉTRIQUE. - CHANGEMENT DE SIGNATURE · texte numérisé non relu

UN SYMBOLE DE FOI GÉOMÉTRIQUE. - CHANGEMENT DE SIGNATURE

EVÊQUES ANTI-CONCORDATAIRES.

« ZÈLE EXAGÉRÉ; LOUABLE EXCÈS. » - « LEXCELLENT M, PICOT. » LES FILS DU TONNERRE. - UNE DATE INDIGESTE. LA CHÊNAIE, LE SEUL ENDROIT DE LA TERRE OU l'oN PUISSE VIVRE. » — « UNE FACHEUSE ÉQUATION ». « LE REPOS, LE REPOS ». - UNE ORDONNANCE DE M. GUIZOT L'UNIVERSITÉ. - « UN AVENIR GROS DE DÉSASTRES ». « TRADITION DE l'ÉGLISE SUR l'instITUTION DES ÉVÊQUES ». RETOUR DE L'ILE D ELBE. - FÉLI EN ANGLETERRE PATRICK ROBERTSON. - LES CENT-JOURS EN BRETAGNE « t-NE NOUVELLE ESPAGNE ». - „ UNE SOTTE PLANÈTE ..

DANS une lettre datée du 17 janvier 1809, Jean écrivait à Tabbé Brute, alors professeur au grand séminaire de Rennes : « Il faut que je vous fasse part d^une idée que nous avons eue, mon frère et moi, et que je croirais bonne, si vous l'approuviez et surtout, si vous vouliez la remplir. »

Cette idée consistait à donner une nouvelle édition « fidèle, complète » des discours de Tabbé Fleury «ur l'histoire ecclésiastique. Des notes accompagneraient le texte pour le modifier en rectifiant les erreurs gallicanes de Tauteur (i).

(i) Ce projet n'eut pas de suite.

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Féli, dès cette époque, était un ultramontain fervent: il ne ménageait guère les épithètes lorsqu'il s'agissait des écrivains entachés de gallicanisme, qu'ils se nommassent Bossuet ou plus simpleUl^Bt Fleury: ç^iii-ci était alors le point de mire de ses attaques. M. Brute lui-même trouvait 4c l'excès dans Si crîfîqiie. Nous lisons, en effet, ce passage dans une lettre qu'il adressait de Rennes à Fabbé Jean, le 17 novembre 1809 :

« Féli se fâche trop fort contre Fleury — on ne sait combien de fausseté, d'exagérations, de rétimWÊt4^préjugéSy dans cet homme ^ à qui Von a fait, je ne sais sur quoi fondé, une réputation de raison, ete..., m critique à demi protestante, etc.... Voilà le sage et judicieux Fleury bien bas, trop, je croîs. Heureusement, pour compensation des réputations perdues, celle du Cardinal Dubois va remonter sur l'horizon ; une petite note du dernier M' des Annales annonce le travail de M. E. que vous ne croyez pas, ni moi, trop à propos pour le présent. Oh! dam ! Féli, je me ferai f curiste, si vous ne le ménagez pas un peu plus. Je suis persuadé qu'il y a des corrections très importantes à

y faire, des abus très fâcheux de son autorité à prévenir, mais il faudrait comme cesser de croire à la sagesse, à la science, à la piété des meilleurs hommes, s'il fallait se refuser aux impressions profondes que Fleury fait sur l'esprit des lecteurs les plus religieux. »

Il est une circonstance atténuante dont Lamennais accordera bien rarement le bénéfice à seâ adversaires : la bonne foi. Cela se conçoit chez un homme, comme lui, taillé tout d'une pièce, d'une volonté d'autant plus inflexible qu'il se sentait une intelligence supérieure. Il ne pardonna pas souvent à son prochain de voir autrement qu'il ne voyait lui-même.

Dans cette même lettre, l'abbé Brute parle des excès de travail des deux frères qui, on le voit, se rendaient coupables de récidive.

« Vous avez remis St Léonard ( i ) à son adresse : je le prie de tout mon cœur de ne pas permettre que Féli en prenne plus que de raison. Je vous en conjure, veillez de près ce tendre frère, et sa

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(i) Les Œuvres de St Léonard de Port-M

aurice.

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santé avant tout ; je n'en suis pas content sur les dires du bon Lehen, — - mais vous, frère si bon frère, qui veillera sur la vôtre, c'est bien ici le cura te ipsum ! [i] ad invicem, tous les deux. »

Féli, nous l'avons déjà vu, s'était toujours senti le plus grand attrait vers la solitude, malgré son ardeur batailleuse. Son ami, l'abbé Brute, crut devoir combattre cette tendance.

« J'en suis à répondre de ma misère au cher Féli, écrivait-il à Jean-Marie, le 4 juillet 1809. Je n'ose commencer, je voudrais si bien lui prouver qu'il faut qu'il se sacrifie jusque dans les moelles et le mettre hors de toute espérance et assurance en ses plus chères pensées, je ne m'en sens pas capable et puis le cœur même en souffre, car j'ai trop de peine à me réduire moi-même contre toute ma répugnance à cette vie active où je crois que nous devons nous perdre et oublier, contre tous les plus doux attraits du fond de l'âme. Je ne sais commencer à lui écrire.

(i)Luc. m«i.

« D'études, il faut absolument tous deux étudier à fond l'Église. Je le sens plus vivement que jamais en lisant ces grosses Institutiones Historiœ Fcclesiœ du professeur catholique de Vienne que je vous prêtai. C'est presque le pur Fébronius, et il est trop à craindre que depuis Joseph ce ne soit renseignement dominant de l'Allemagne

« Étudiez, étudiez, étudiez, vous et Féli qui doit être tout revenu, sans y avoir été, de ces délicieux asiles que leurs saints habitants quittaient pour revenir dans les grandes villes en des temps comme ceux-ci

« Adieu tous deux et voilà peut-être ma lettre à Féli faite. »

Dans unpost-scriptum, le jeune professeur indiquait aux deux frères une foule d'auteurs antiultramontains, Fébronius en tête, qu'il les pressait d'étudier solidement pour les réfuter plus solidement encore. Le conseil ne fut point perdu.

Voici des lettres, sans date, adressées par Féli à M. Querret, alors professeur de mathématiques à rÉcole libre, fondée à St-Malo par Jean et d'autres

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ecclésiastiques, désireux de combler les vides faits par la Révolution dans les rangs du clergé. En 1S12, M. Querret devint principal de ce collège, oli Féli enseigna lui-même les mathématiques. Il gardll et poste fusqu^a 1823, époque à laquelle il fut remplacé par l'abbé Manei. Il mourut le 8 décembre 1840.

et Jeudi — Frédéric se propose, mon cher ami, d'aller vous rejoindre demain. Le temps horrible <|I1C nous avons depuis l'autre semaine, a retardé scm rtimit. Il 11 tin grand plaisir de profiter des leçons que vous voulez bien lui donner et je crois comme vôiia qu'elles ne seront pas perdues. Il serait bon, je crois, qu'il s'exerçât à construire des courbes sur leurs équations. Vous en jugerez. le ne puis, nm la saison, me plaindre encore beaucoup de ce que nous ne vous avons pas vu à ii Chênaie; mais voilà le printemps qui approcie, ft ce sera pour moi le moment ou des reproclies, ou des remerciements. Tout à vous, mon cher ami. »

« J'ai bien pris part à Taffliction que vous avez éprouvée. Si vous voulez, mon cher ami, nous nous verrons demain matin, à 8 heures, au séminaire. Vos livres sont arrivés et l'édition de l'histoire sainte est celle que vous désiriez. Je finis mon petit monologue en vous embrassant de tout mon cœur. — Samedi.

« Je vous envoie, mon cher ami, le livre italien dont je vous ai parlé. Il vous intéressera. N'oubliez pas l'article que vous m'avez promis, et faites-le de manière qu'il puisse être entendu un peu par tout le monde. Je vous embrasse de tout mon cœur. »

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La lettre suivante, du même au même, date vraisemblablement de 1814, comme semblerait l'indiquer le passage relatif à Wellington que la bataille sanglante et indécise de Toulouse (10 avril) empêcha de pénétrer plus avant sur le territoire français. Elle a pour suscription : « A

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M. Querret, professeur de mathématiques à St- Malo. »

« Entin, mon cher ami, me voilà : ce n'est pas grand chose, comme vous voyez; mais c'est quelqu'un qui vous aime bien et qui est tout honteux d'avoir tardé si longtemps à vous en assurer de nouveau. Je ne dirai pas que si je ne vous ai point écrit, vous ne m'avez point écrit non plus ; mauvaise excuse que cela. Je sais très bien dans ma conscience que vous pouvez à peine disposer éhm iil®meilt, et je plaiderai votre cause quand vous voudrez. La mienne ne serait pas tout à fait sinisée à défendre; une belle et prompte retraite serait peut-être le plus sage parti, d'autant plus que les retraites sont de mode cette année. Que vous seriez aimable, si vous en veniez faire une à laChesnais fi): allons, mon ami, imitez à votre tour le grand Wellington. Je ne dis pas que vous veniez à reculons, mais je voudrais qu'il ne tînt

(l) Féli écrivait le plus souvent, Chênaie, et Jean, Chesnaie ; mais ils n'étaient guère plus fixes là-dessus que sur leur nom même qu'ils transcrivaient tantôt d'une façon, tantôt d'une autre, comme on le verra. Nous les imitons un peu, mas trop nous en douter.

qu'à moi, que vous ne puissiez vous en retourner que comme cela.

« Qu'est-ce que ce traité des probabilités, par M. De Laplace? L'avez-vous lu? Comme il est extrêmement probable que je ne le lirai point, je serais bien aise d'apprendre de vous ce qu'il en faut penser, et surtout si sa théorie peut avoir quelque application utile. Je m'imagine qu'il aura essayé de soumettre au calcul les probabilités morales et historiques, et peut-être même les faits surnaturels, en sorte que son livre, ou ses formules, seraient comme le symbole delà foi géométrique! Il me semble que son sujet le conduisait jusquelà : s'il s'est arrêté en route, c'est plus de sagesse qu'à lui n'appartenait. Je regrette que les journaux ne nous fassent point connaître les ouvrages de sciences. On aimerait à suivre l'esprit humain dans toutes ses démarches, et même dans tous ses écarts; à l'observer sous toutes les formes qu'il prend, bien qu'il y en ait quelquefois de fort drôles ; enfin, c'est, à mon avis, un spectacle extrêmement curieux que ses grands efforts et ses petites ruses pour déguiser son ignorance profonde et sa

profonde impuissance. On rit alors, ou au moins on sourit, et Ton dit avec le poète : Homunculi quanti sunt cùm recogito, Vale et me ama.

« Je ne vous écris que deux mots, mon cher ami, parce que je suis tort souffrant et fort occupé. Au reste, je ne tarderai pas à me rendre en Bretagne. L'objet 4€ ce billet est de vous prier d'engager M"'^ votre nièce à suspendre la traduction cle Spediliri, ayant renoncé à ma collection. Je paierai, bien entendu, ce qui est traduit; mais il serait inutile d'alier plus avant. Mille amitiés bien sincères et bien tendres.

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