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de vos confrères, et de graves raisons, les preuves les plus évidentes de ma désobéissance aux décrets du Saint-Siège, ont pu seules, j'ai le droit de le supposer, vous déterminer à tenir à mon égard une pareille conduite. Et cependant, après la gravité de l'accusation, rien ne m'a plus étonné que la faiblesse des preuves sur lesquelles vous Tappuyez. Les voici : si vous en avez d'autres, veuillez me les faire connaître. J'ai dit : 1° Qu'après ce Pape, il en viendrait un autre; — 2" Qu'il était singulier que Grégoire XVI improuvât une doctrine approuvée par Léon XIL Telles sont les preuves de mon insoumission : vous n'en avez point allégué d'autres. Je pourrais me contenter de vous dire qu'il serait bien difficile, en pressant ces paroles, d'en faire sortir une proposition hérétique, raisonnablement imputable à leur auteur. Mais comme je tiens à vous convaincre pleinement de la sincérité de ma foi, je veux entrer dans quelques détails tout-à-fait propres à ce but. D'abord, Monsieur, je ne sache pas avoir jamais dit qu'après ce Pape il en viendrait un autre, par la raison que c'est chose si généralement crue qu'il
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serait quasi niais de Taflirmer. Mais supposé que je Taie dit, ce dont je déclare douter jusqu'à ce que vous m'ayez appris ow, quand, et devant qui, je ne vois pas ce qu'une pareille proposition a d'hétérodoxe. En attendant que vous me l'ayez montré, je passe à la seconde. Pour celle-ci, elle est certainement de moi, au moins pour le fond, et j'avoue qu'ainsi prise isolément, elle peut présenter, non certes une hérésie, mais une inconvenance. Du reste, cette îmconvenance eût complètement disparu, même à des yeux prévenus, si celui qui a cru devoir vous faire connaître ma manière de penser, eût remarqué, conformément à la vérité, que cette phrase, dite en famille et sans aucune intention, avait été suivie immédiatement de celle-ci qui lui servait de correctif : « Mais l'approbation de L4Qn XII (l'^fut tin acte ' d'homme privé, tandis que Vimprobation de Grégoire XVI est un acte pontifical, » Vous ignoriez sans doute ces paroles, lorsque vous vous étespermis celles qui font l'objet de cette lettre ; autrement, faîme à le croire, elles ne vous fussent pas
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échappées. C'est un exemple. Monsieur, des inconvénients inséparables d'une trop grande facilité à prêter l'oreille aux discours des rapporteurs,, comme aussi de l'intempérance du zèle qui les: répète aveuglément. Quoi qu'il en soit, en voilà suffisamment, ce me semble, pour calmer vos inquiétudes à mon sujet et mettre un terme à vos plaintes.
« J'improuve ce que le Pape improuve, je condamne ce qu'il condamne. »
La lettre suivante de Jean à M. Coëdro nous laisse deviner les préventions fort peu justifiées d'ailleurs qui animaient le clergé rennais contre lui et ses vaillants missionnaires.
« A Monsieur Coëdro, à Rennes. « Ploërmel, le 27 Août, à 1 1 h. du soir, 1834.
« Cher ami,
« Avant de me jeter sur mon lit pour y donner quelques heures de repos à mon pauvre corps qui n'en peut plus de fatigue, il me vient dans la
pensée de mettre par écrit ce que Je dirais à Touverture de la retraite, si la Providence m'avait condamné à être évoque de Rennes; c'est une chose curieuse et qui vous distraira un instant. Voici :
« Messieurs,
« Au moment où la retraite commence, je dois « ouvrir mon cœur devant vous, et vous donner, « sur un point très grave, des explications que de « tristes circonstances ont rendues nécessaires. Je «« n'ignore pas que plusieurs d'entre vous peuvent « avoir des préjugés, et je ne leur en fais pas un « reproche, contre celui que j'ai chargé de faire la « plupart des instructions de la retraite et contre ses « confrères ; moi-même f aï eu des înquîétudes à «t cet égard ; mais elles ont été bientôt dissipées lors- « qu'ils m'ont déclaré qu'ils étaient soumis sans « distinction et sans restriction, comme vous devez « fêtre tous, et comme je le suis moi-même, à l'En- « cyclique de Notre Saint-Père le Pape Grégoire « XVI, dont les intentions ont été clairement ma- « nifestéespar son Bref à M^M 'Archevêque de Tou-
« louse. Je ne souffrirai pas que dans mon diocèse « on enseigne et on professe une doctrine opposée à « celle qui est déclarée seule vraie parle successeur « de Saint Pierre, du haut de la chaire éternelle; c( donc. Messieurs, vous devez avoir une pleine « confiance en tous ceux à qui j'ai dit : Alle:{ et « enseigtîe:^. Ce que j'ajouterais à ce peu de mots « serait inutile... M. Coëdro, montez en chaire! »
« Et voilà M. Coëdro en chaire qui dit : Au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Espritj Amen^ en faisant sur lui-même le signe de la croix, de cette croix adorable que j'embrasse avec amour, de ce bois sacré dont j'ai le bonheur de posséder une relique qui me devient chaque jour plus chère !
« Sur ce, je suis sans avoir l'honneur d'être (sic)
« Votre ami
« Jean.
« Vous direz que ma tête travaille ; il y a de quoi ! Ne me grondez pas ! »
Cette lettre n'est pas seulement celle d'un homme de foi, nous dirions presque, si nous
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Tosions, que c'est la lettre d'un martyr. Plus, en effet, l'on étudie de près cette grande et noble figure, plus l'on se sent pénétré d'admiration pour tant de courage et d'héroïsme. La vie entière de M. Jean de Lamennais fut un douloureux calvaire ; les croix lui tombaient de tous côtés sur les épaules ; en dépit de leur poids écrasant, de leurs cruelles meurtrissures, il les porta toujours vaillamment, les regards sans cesse tournés vers le divin Crucifié, son modèle.
Afin de se soustraire aux vexations sans nombre dont on accablait chaque jour tous ceux qui tenaient de près ou de loin à l'école de Lamennais et cela, en dépit de leur soumission absolue, sans réserve, à l'Encyclique, M. Houet se résolut à quitter le diocèse, mais W de Lesquen désira le conserver, comme aussi ses confrères de St- Méen. M. Jean qu'il appelait son Père lui fit, de son côté, un devoir de rester à son poste; il écrivit alors à l'évêque. la lettre suivante :
« St-Méen, le 20 septembre 1834.
« Monseigneur,
« Je m'empresse de vous annoncer moi-même ma résolution de rester dans votre petit séminaire. Il m'en a coûté pour la prendre, mais j'ai cru devoir sacrifier mes répugnances trop humaines au désir bienveillant de votre Grandeur, aux instances réitérées de mes anciens confrères et aux conseils d'un Père dont le malheur n'a pu qu'accroître mon respect et mon attachement. Cependant, Monseigneur, je répondrais mal, ce me semble, à la con^fiance dont vous me donniez hier des marques si touchantes, si je vous dissimulais qu'étant dans Tintention de quitter la Congrégation, avant les événements qui l'ont changée, je ne veux y prendre aucun engagement, sans avoir éprouvé de nouveau ma vocation dont l'incertitude m'a porté à différer durant sept années de faire des vœux perpétuels.
« Du reste. Monseigneur, quelle que soit l'irrésolution de mes pensées, je vous prie de croire
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que je n^en travaillerai pas avec moins de zèle au bien de TEtablissement précieux où votre Grandeur veut bien m'employer, et que je ferai tout pour mériter la continuation de sa bienveillance. J'ai fait peu; je tacherai de faire davantage.
« Agréez. Monseigneur, avec ce témoignage de ma contiance, Fassurance des sentiments respectueux avec lesquels j^ai Fhonneur d'être, etc.
« Mathurin Houet, prêtre.
' ^''^' ' - ^'^tre Grandeur ma parlé d'une déclaration de M. Coëdro, relative à la dernière Eecyclique de Grégoire XVI : je l'ai relue : jV adhère d'esprit et de cœur. «
M^^ de Lesquen répondait, cinq jours plus tard, par cette lettre tout entière de sa main :
« Rennes, le 2 5 septembre 1834.
« Je me félicite, cher coopérateur, du parti que
vous avez pris, et je sertis ffnté de m'affliger de
la restriction que vous y mettez, si je n'espérais
pas que votre bon cœur, aidé dii secours de la
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grâce, vous fera triompher de votre répugnance.
« Au reste, comme je ne veux point que ma satisfaction soit aux dépens de la vôtre, je saurai imposer silence à mes regrets, si vous cherchez et trouvez le bonheur ailleurs. Je ne doute pas du zèle que vous aurez à former le cœur et Tesprit des jeunes gens que vous serez chargé d'instruire. Vos irrésolutions n'exerceront aucune influence sur vos devoirs, j'en suis convaincu d'avance. Votre souuiission pleine et entière au Père commun des fidèles ne m'étonne sous aucun rapport. Votre piété m'était trop bien connue, pour que je formasse le plus léger soupçon à cet -égard. Quand Rome a parlé qui oserait chercher de misérables subterfuges?
« Je vous réitère, cher coopérateur, l'assurance de mon atîectueux et inviolable attachement.
« Y G. L. Évêque de Rennes. »
Les lettres qui suivent ont trait à la mesure que Tévêque de Rennes crut devoir prendre à cette époque, en éloignant M. Jean de Lamennais de la direction des-maisons de Rennes et de St-Méen.
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d'après des documents inédits
cœur véritablement paternel. Longtemps il avait refusé Tépiscopat; nous avons même retrouvé tout récemment à Ploërmel une lettre de lui où il se reproche d'avoir cédé aux instances qui lui furent faites à ce sujet ; lettre pleine de larmes et de regrets qui dénote les trésors de tendresse et d'humilité chrétienne renfermés dans son cœur. Mais comme, en sa qualité d'évêque, il se savait le défenseur-né de Forthodoxie dans son diocèse et que certains conseillers, plus zélés que prudents, ne cessaient de lui répéter sur tous les tons que la foi s'y trouvait en péril, il usa de procédés rigoureux que son cœur désavouait et qui d'ailleurs eurent les conséquences les plus fâcheuses. La vérité, à cette époque, avait autant de peine à parvenir à l'oreille de certains prélats qu'elle en eut toujours, dit-on, à parvenir à celle des rois. En apprenant la mesure dont il venait d'être l'objet, M. J. de Lamennais écrivit à Tévêque de Rennes la lettre suivante :
Mi».! *
« Ploërmel, le 5 octobre 1834.
« Mon très cher, et toujours et à jamais bien aimé Seigneur,
« A mon retour de la bataille des examens de Vannes, je reçois votre lettre du 3i août, et j'ai peine à en croire mes yeux en la lisant. Oh, qu'il est douloureux ce coup nouveau qui vient frapper mon cœur déjà brisé 1 Quoi, faut-il donc que je vous aie affligé, vous pour qui j'ai une amitié si tendre, une vénération si profonde ! Je vous en demande pardon : c'est assurément un tort involontaire que j'ai eu, mais, c'est un tort, puisque je n'ai pas veillé avec assez de soin sur mes paroles, pour qu'il ne m'en échappât aucune qui pût vous blesser : refusercz-vous à votre vieil ami un pardon que vous accorderiez à l'instant même au pauvre pécheur qui, à genoux à vos pieds, vous dirait en pleurant : Mon pèrCypardonne\-moi, car je n'ai su ce que je faisais ?
« Quoique je sois accablé d'occupations diverses, je me rendrai lundi prochain à Rennes pour vous voir et m'expliquer avec vous; je vous