‹ Lamennais, d'après des documents inédits [microform]Chapitre 63 sur 87 · IV · texte numérisé non relu

IV

prie de suspendre votre jugement sur ma conduite dans cette circonstance, et de ne prendre aucun parti jusqu'à ce que vous ne m'ayez entendu ; il me semble que c'est de rigoureuse justice et cela ne se refuserait pas à un meurtrier que Ton croirait digne de la potence. Quand vous saurez tout, vous reconnaîtrez, je l'espère, que je n'ai pu sagement agir d'une manière différente que je ne l'ai fait : mais dès aujourd'hui je dois vous déclarer, afin qu'il ne reste aucun nuage dans votre esprit sur ma parfaite adhésion à l'Encyclique, que je crois ainsi que vous qu'on s'est égaré, en présentant la raison générale comme une autorité visible et enseignante et en attribuant au genre humain une infaillibilité qui n'appartient qu'à l'Église de J.-C. C'est là précisément (et vous l'observez très bien) le point principal improuvé par le Saint-Père, et ce qui caractérise le système contre lequel il s'élève avec tant de raison.

'< Mon corps dépérit et s'en va et par conséquent, si mes peines sont vives, du moins elles ne seront pas longues : mais tandis qu'il me res-

tcra tin souffle de vie et que je conserverai assez de forces pour prononcer une parole, soyez sûr, mon cher seigneur, que cette parole sera Texpression sincère de ma pleine soumission aux décisions du saint-siège et de mon attachement pour vous.

•« Ex toto corde tuus in X*° ft J. M. de la Mennais. »

Ce saint prêtre refusait d'éteindre la mèche qui fumait encore; de briser le roseau déjà rompu [i) : c'était là tout son crime. Nous ne savons s'il obtint l'audience qu'il sollicitait, toujours est-il qu'on ne revint pas sur la décision prise contre lui.

Trois jours après il écrivait à Tévéque de Vannes.

« Monseigneur,

«i Lorsque j'étais à Vannes, il y a environ un mois, dans les angoisses des examens, je ne me doutais nullement des peines nouvelles que j'allais

(l)Mat. XII. 20. haie XLII.

éprouver. Peu de jours après mon retour à Ploërmel, j'ai su, en effet, que M^' l'évêque de Rennes, à la prière de quelques-uns de mes confrères, séparait, quoiqu'à regret, ses œuvres purement diocésaines, c'est-à-dire, les maisons de Rennes et de St-Méen, de ma grande œuvre personnelle qui est celle des Frères ; ce partage s'est donc effectué et je n'aurai plus désormais qu'à m'occuper de mes petites écoles, de concert avec huit ou dix ecclésiastiques que M^' l'évêque de Rennes veut bien me laisser pour me soulager dans ce travail, qui, chaque jour s'accroît, en même temps que le chagrin use mes forces. En conséquence, il n'y aura plus à Malestroit d'autre enseignement que celui des lettres et des sciences mathématiques, pour ceux qui, se consacrant à soutenir et à étendre l'œuvre des Frères, doivent se préparer aux examens académiques. Je remplis un devoir, Monseigneur, en vous donnant connaissance de ces changements au moment même où ils ont lieu, et il m'est bien doux d'avoir à vous remercier, dans cette circonstance, de toutes les marques d'indulgence et de bonté

que j'ai reçues de vous : mon cœur n'en perdra Jamais le souvenir.

« Un article de VAmi de la migion que je viens de lire dans VUnivers Religieux renferme d'odieuses calomnies contre moi : fj répondrai publîquement sous peu de Jours ; mais je ne le ferai cependant qu'après en avoir conféré avec M*^' l'évêque de Rennes qui a une connaissance parfaite de ce qui s'est passé, et qui sait, par conséquent, mieux que personne, combien on est injuste à mon égard : mes confrères de Rennes m'écrivent qu'ils en sont indignés.... à la bonne heure ! « Je suis avec un tendre et profond respect,

« Monseigneur,

« Votre très humble et très obéissant serviteur.

« L'ab. J.-M. de Lamennais. »

Il nous répugne invinciblement de nous occuper de nouveau des insanités gallicanes de VAmi de la Religion, surtout renforcées par celles de VUnivers religieux. L'échantillon que nous avons

donné dans le chapitre précédent suffit pour édifier le lecteur sur laloyauté, la bonne foi de pareils adversaires. Moins heureux que nous, le pauvre M. Jean de Lamennais dut triompher de sa répugnance et réfuter des calomnies idiotes qui faisaient leur chemin, à la faveur du silence qu'il avait cru pouvoir observer jusque-là. Voir VAmi de la Religion, n"' 2327 et seq.

Féli, en apprenant que la Société de St-Pierre à laquelle il avait appartenu jusqu'alors et dont il avait été, on se le rappelle, le premier supérieur général était dissoute, écrivit à son frère, le même jour, les deux lettres ci-après :

« 8 Octobre 1834.

« Tu trouveras de l'autre part une lettre qui établit la réclamation que je suis en droit de faire, et que j'entends faire en effet, pour obtenir de la Congrégation le remboursement d'une somme de iSooo fr. qui m'est due par elle. Je suis fort décidé à suivre cette affaire par toutes les voies de droit, si MM. de Rennes refusent de la terminer à l'amiable !

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d'après des documents inédits

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« Je désirerais savoir s'il serait possible de placer David quelque part. Je crains qu'il ne perde son temps ici. S*î! doit cependant y rester, il faudrait m'envoyer les livres qui lui appartiennent, le linge et les vêtements d'hiver, qu'il a dû laisser à St-Méen.

« Tout à roi.

" Féli. »

— « La Chênaie, 8 Octobre 1834.

« J'apprends que la Congrégation de Rennes est dissoute, et que par conséquent on liquide ses affaires. Dans tous les cas, j'ai envers elle des réclamations à exercer. Je ne parle pas des dépenses fort considérables que j'ai faites ici et à Paris pendant cinq ans, pour l'entretien d'un grand nombre de jeunes gens qui lui appartenaient ou devaient lui appartenir. Quoifwe je n'aie jamais touché rien d'elle, je ne demande point le remboursement de ces dépenses qui s'élèvent au moins à 25ooo fr. Mais ce que je réclame, c'est une somme de plus de iSooo fr., et que je réduis

maintenant à i5ooo fr., fournie par moi, pour la réparation et l'achat de la maison de Malestroit. Une partie en a été touchée à Rennes, par suite de négociations de traites sur M. Lévêque à Paris. J'ai donné le reste en argent comptant. Je ne pense pas que l'on me conteste cette créance, ou qu'on essaie de m'en dépouiller. En tout cas, je sais le moyen de défendre mon droit, et j'en userai. Je crois devoir m'adresser a toi comme à l'administrateur légal des propriétés de la Congrégation. S'il y a d'autres voies à prendre, je te prie de me les mander sans retard.

« Ton frère, « F. de Lamennais. »

M. Houet avait un jeune frère nommé Julien (i), qui venait de terminer ses études à St-Méen et se préparait àentrer au grand séminaire. Par malheur, il ne parlait pas toujours, paraît-il, en termes assez énergiquement orthodoxes, ni assez... réservés de ce qui se passait, d'ailleurs loin de ses yeux et de

(l) 11 mourut professeur à Oullins, dans rétablissement des Frères Prêcheurs.

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sa compétence (i). Les ennemis acharnés de Lamennais lui firent un crime de ne pas lancer contre le bienfaiteur de son frère et le sien ses anathèmes de théologien imberbe. Cela même alla si loin que Tévêque de Rennes, cédant à Topinion, dut lui refuser l'entrée de son grand séminaire. M. Houet alors demanda pour son frère des lettres d'excorporation. M»"" de Lesquen les lui accorda; il lui adressa d'abord la lettre qui suit :

« Rennes, le 5 Octobre 1834.

« Conformément à votre désir, cher coopérateur, Je vais faire expédier Texcorporation dans le sens que vous demandez qu'elle soit faite. Je partage votre peine, mais je crois pouvoir en adoucir Tamertume, en vous assurant que ce parti est plus avantageux pour votre frère. Il est impossible qu'il n'y ait pas de grandes préventions contre lui, au grand séminaire et parmi le clergé de Rennes qui connaît l'opinion exaltée

(1) Ignoscenda quidem, scirent si

qu'avait ce jeune homme, lorsqu'il était à St-Méen. Il eût été plus conforme aux sentiments de mon cœur et à l'attachement bien sincère que je vous porte d'oublier entièrement le passé, mais je crois être dans la pénible obligation de donner cet exemple et de prendre cette précaution.

f< Je vous réitère, cher coopérateur, l'expression de mes regrets et de mes affectueux sentiments.

« C. L. Evêque de Rennes.

« Pour M. Houet, prêtre, professeur à St-Méen. »

Pendant que l'on poursuivait ainsi Lamennais et ses doctrines, on se demandait en Belgique s'il s'agissait bien, dans la dernière Encyclique, du système philosophique de Lamennais et l'on croyait en Allemagne que le document pontifical visait tout autre chose. Rohrbacher écrivait, en effet, à la date du 18 octobre 1834 :

■«■Oi

•■MB

« A M. Jean de la Mennais, à Ploërmel.

« Malestroit, le 18 Octobre 1834. « Mon très-cher Père,

« VUnion de Bruxelles, dans son N° du 12 fttc je reçus hier, a inséré sans aucune réflexion l'article de V Ami de la Religion (1) ; mais dans son N« du i3 que je reçois à Tinstant, se trouve Tobservation suivante :

« On se rappelle le passage de la dernière i< Encyclique d\i Saint-Père, dans lequel se trouve « condamné, à loccasion des Paroles d'un Croyant,

« le SYSTÈME DE PHILOSOPHIE NOUVELLEMENT INTRO-

« DuiT, etc. (2), passage qu'on a appliqué généralet ment en France à la doctrine du sens commun, « les uns d une manière absolue, les autres avec « plus ou moins de restrictions. Nous apprenons « de divers côtés que les catholiques allemands « regardent ces paroles comme étant dirigées con-

(1) II s'agit de l'un de ces articles dont nous avons vu précédemment un spécimen si tristement curieux.

(2) Ici le Journal cite en note les paroles de lEncyclique.

« tre la doctrine de feu le D"* Hermès, professeur « de théologie à l'université de Bonn.

« Cette opinion a été également exprimée à un « de nos amis par le nonce du St-Siège à Vienne. « Hermès a appliqué le système de Kant à '< la démonstration du catholicisme : cette intro- « duction du rationalisme dans la foi a déjà porté « les plus tristes fruits dans le clergé allemand, et <' elle inspire aux hommes les plus pieux et les plus « éclairés des appréhensions qu'ils ont essayé à « plusieurs reprises de communiquer au Souve- « rain Pontife.

M Nous n'avons pas cru pouvoir nous dispenser « de publier ces faits, tout en laissant à nos lec- « teurs le soin d'en apprécier les conséquences. »

« Voilà, mon Père, ce que dit le journal làdessus. Je m'empresse de vous le faire passer. Je compte venir vous voir demain l'après-midi ou lundi matin.

« Je vous salue, vous aime et vous embrasse de tout cœur, ainsi que toute la Communauté de Ploërmel.

« Rohrbacher. »

Pendant qu'il était en butte à toutes ces contradictions, Lamennais, retiré à la Chênaie, s'absorbait dans ses études, s'efforçant, mais en vain, d'oublier tout le reste. Lorsqu'il croyait réussir, une nouvelle vexation (ou ce qu'il appelait ainsi],' de nouveaux racontars qu'il jugeait exagérés ou même diffamatoires le venaient relancer jusque dans le silence des bois de sa solitude et réveiller en lui un ferment d'indignation, sinon encore de révolte, qu'il aurait voulu calmer à tout prix. Les œuvres fondées par lui ou avec son concours, il . les voyait menacées dans leur existence, uniquement à cause de mm nom. Pour ne point compromettre les amis qu'il comptait dans les rangs do clergé, il était contraint de bdser tout rapport avec eux, malgré les déchirements de son cœur aimant; et, ce qui lui fut encore plus cruellement sensible, quelques-uns, moins attachés, sans doute, à sa personne qu'ils ne l'avaient été à sa fortune, lorsque celle-ci était à son apogée, s'empressaient de prendre les devants et de renier leur ancienne amitié ; plusieurs même se joignirent à ses persécuteurs, car il eut des adversaires qui ne

méritèrent que trop ce nom par la haine féroce que déguisait gauchement le masque d'orthodoxie dont ils prétendaient la couvrir.

Toutes ces considérations n'ont d'autre but que d'expliquer, autant qu'elle est explicable, la défection du champion le plus intrépide qu'ait eu l'Eglise moderne et de l'ennemi le plus formidable que les incrédules et les impies, sans parler d'autres adversaires, aient rencontré de nos jours; mais cette défection, peut-être injustifiable, Dieu seul le sait, nous n'avons nullement l'intention de la justifier.

Les amis sincères qu'il savait ne pas compromettre, Lamennais continuait d'entretenir avec eux les relations les plus cordiales.

Il écrivait à M. Querret, le 3o Novembre 1834.

« Depuis mon arrivée, mon cher ami, je vous ai toujours attendu, ne doutant pas que vous me jugeriez fort empressé de vous voir et de vous embrasser. S'il vous en faut l'assurance écrite, la voilà; mais je crois plutôt que vous aurez été

retenu par des affaires. Venez le plus tôt possible et croyez au plaisir que vous me ferez en me procurant l'occasion de vous réitérer de vive voix l'assurance de mon inaltérable et tendre amitié.

« F. de la Mennais, • A la Chênaie, le 3o Novembre. »

Vient, quelque temps après, ce billet à la môme adresse :

•< Ne voyez point, mon cher ami, M. l'abbé H comme vous deviez le faire. J'ai pris le parti de" lu. ecnre, d'après de nouvelles circonstances que |e vous raconterai.

« Totiis Unis in X*».

« Jeudi. »

Totus tuus in X'». Cette formule chrétienne qui lu. éta,t s, fantilière, l'infortuné l'écrit, peut-être pour la dernière fois. '

La publication présente a pour but,' nous 1 avons d.t dès le principe, de fournir aux lecteurs

que ces questions intéressent, ainsi qu^aux historiens futurs de TÉglise de France au XIX« siècle, non tous les éléments de ce que nous appellerons l'affaire Lamennais, il s'en faut de beaucoup, mais simplement ceux que nous avons entre les mains, sans nous occuper de savoir si ces documents sont des témoins à charge ou à décharge ; il y en a vraisemblablement de Tune et de Tautre sorte, le lecteur du reste en jugera. Ces témoins que nous introduisons, nous les laissons parler chacun son langage (on a dû s'en apercevoir de bonne heure) ; ils racontent ce qu'ils savent, dans un style plus ou moins concis, plus ou moins clair et correct. Pour peu qu'ils restent dans le sujet, ils discourent à leur aise ; nous nous bornons à les ramener à la question, lorsqu'ils s'en écartent, ou plutôt nous refusons de les entendre davantage, lorsqu'ils s'occupent de tout autre chose que du débat actuel.

Voici une lettre de M. Coëdro, supérieur du Petit Séminaire de St-Méen, à M. J. M. de Lamennais ; elle en renferme une autre de cet abbé Leriche qui précédemment avait été chassé de la congré-

IJo

gatîon et du diocèse pour avoir tenu, au sujet de la dernière Encyclique, des propos que Ton jugeait mal sonnants. M. Lcrkhe s'accuse luimême ici de tous les crimes qu'on lui impute et sollicite son pardon de la meilleure grâce du monde. S'il n'hésite pas à condamner hautement des erreurs qull avait partagées d'abord avec tant d'autres, avec M. Coëdro lui-même, il prend soin toutefois de ne point citer le nom de son ancien Maître. N'oublions pas non plus que ce document, comme la plupart de ceux que nous citons, sinon tous, n'était point destiné à la publicité. Si MOUS ne craignions d'employer un langage trop tamilier, nous dirions que c'est ce qui explique pourquoi ces personnages nous apparaissent, le plus souvent, en robe de chambre, ooû m habit. Ne nous en plaignons pas trop.

M. Coédro écrivait de Rennes à l'abbé Jean :

« Rennes, le 6 Décembre 1834.

» Monsieur et respectable ami, « Les mêmes motifs qui vous ont engagé à

m'adresser copie de la lettre de M. Leriche me font aussi un devoir de conscience de vous faire part de celle que j'ai reçue de lui, la voici :

« Mon cher M. le supérieur, j'ai fait avant-hier, '.< auprès de l'abbé Jean, une démarche qui m'a ^< beaucoup soulagé ; mais, je le sens bien, je ne « serai parfaitement tranquille, qu'après vous « avoir prié vous-même, et je vous en prie instam- « ment, d'oublier tout ce que ma conduite a eu de « repréhensible, tout ce qu'elle a offert, je ne dirai « pas de peu religieux et de peu sacerdotal, mais « de peu chrétien.

« Comme vous et vos vertueux confrères, dont « je réclame l'amitié, tout indigne que je m'en re- « connaisse, je veux rester inébranlablement atta- « ché à la chaire de St-Pierre, dans la personne de « son vénérable et saint successeur Grégoire XVI. « Loin de moi toutes ces subtilités, toutes ces dis- « tinctions, qui décèlent beaucoup d'attachement « à son senspropre, et peu de simplicité dans la foi. « Roma locitta est, causa Jinita est[i), répéterai-je

(i) Cet axiome est excellent, mais on en a souvent abusé : on abuse de tout.

<( après vous, et ces mots, vous le savez, furent les « premiers qui sortirent spontanément de ma bou- « che, les premiers qui se rencontrèjrent sous ma K plume, à Fapparition si inattendue, si atterrante « pournous,delafameuseencycliqueAfirar/vo^(i). « Que Fenfant soumis de FÉglise trouve de bon- M heur dans sa soumission même î Au moment où

« vous adressiez à votre confrère cette lettre si hono- « rable pour vous que j'ai lue dans ÏAmi de la Reli- « gion, mû moi-même par un sentiment semblable « au vôtre, je déposais avec joie un humble erravi a aux pieds de M^' Févêque du Maps, à qui dans le « temps de ma plus grande ferveur, j'avais soumis « des observations philosophiques que je croyais « solides ou tout au moins édifiantes, iti perpétuas u œternitates. Non content de cela, j'avais demandé « à M»"- Févêque de Troyes, où pendant quatre ans « j'ai professsé avec quelque peu d'engouement (sic) « laseulevraîeptiilosophie,s'il jugeait àproposque

(l) Publiée, nous lavons vu, le i5 août i832. On y condamnait formellement la doctrine du sens commun sur laquelle la nouvelle école catholique basait sa philosophie et par suite le système apologétique inauguré |>«r elle. Les disciples de Lamennais avaient été atterrés en sentant se dérober sous leurs pas le sol qu'ils croyaient si ferme.

« je me rétractasse, mais sans doute que ma pre- « mière déclaration lui aura paru suffisante, puis- « que, dans la réponse toute pleine de bienveillance « qu'il a eu la bonté de m'adresser, il n'est nullement « question de nouvelle rétractation publique (i). « J'ai cru utile de vous marquer tout cela, pour vous « expliquer pourquoi vous ne m'avez pas vu imiter « le bel exemple que vous avez su offrir à tous ceux « qui, comme vous, s'étaient trompés de bonne foi. « L'excellent clergé du diocèse de Rennes n'aura « pas manqué, je pense, d'apprécier votre conduite « comme elle mérite de l'être, et se sera empressé « de vous redonner toute sa confiance qu'il vous « avait retirée justement (sic). Abjiciamus opéra <' tenebrarum et indiiamus arma lucis[2). <' Tout à vous en Notre Seigneur Jésus-Christ.

« Leriche ».

« Je regrette de n'avoir pu répondre plus tôt J'2lnTZ '''^^ ^'"'''' T"''"''' ''"P'"' '' ''''''^^' ""^ -P'"'°n

avec un égal enthousiasme. le. je crains bien qu'il ne comprenne pa. ouJll'n -r"'"' publiquement, il courait le risque d'apprendre au publ.c qu .1 s était trompé et que même. .. il existait. (2) S. Paul Rom. xiir, 12.

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LAM'EMNAIS

à votre lettre du 3i Novembre, mais M. Persehaie n'était pas à Rennes pour me donner les renseignements que vous me demandiez

« Recevez l'assurance, etc. «

t Coëdro. fl

Voici le brouillon d'une lettre écrite par Fabbé Jean au supérieur, ou mieux au directeur du

collège de JuMly. M. .Ifoiiei croît pouvoir k dater de cette année 1834, sans toutefois garantir l'exactitude de cette date.

« Vous savez, ^I. P,, que lorsque vous entrâtes à J'Hiilly), cm établissemeet avait été' proposé par M. Berryer à mon frère, qui consentit à vous le céd;er provisoiremciii sur rengagement d honneur et Je consdence que vous prîtes, vous, M. de Salinîs) et M. Laine 1 de k lui rendre plus tard; et c'est, comme vous le savez encore, d'après cet engagement formel et plusieurs fois réitéré, qu'il et les démarclies dont le résultat fut de vous

11) Koa* ra"o*c«$ pa» «firmer le dccMilraiMiit exact de c« »oi fort

iiuil 'êcrit-a

mettre en possession de ce collège. Aujourd'hui, mon frère serait disposé à me transmettre son droit, moyennant quelques arrangements qui ne sauraient être définitivement réglés que je ne sache de quelle manière vous entendez exécuter le traité mentionné plus haut. Veuillez donc, je vous prie, me répondre à ce sujet, et en attendant, recevoir l'assurance, etc. >

Nous allons retrouver, dans quelque temps, M. Houei à Juilly; comme M. Jean n'eut jamais, que nous sachions, la direction de ce collège, il est probable qu'il y eut un compromis et que l'on s'arrangea à l'amiable. C'est ce qui nous expliquera la présence, à nouveau, dans cet établissement, de ce prêtre vénérable, demeuré toujours profondément attaché à MM. de Lamennais.

Avant de clore ce chapitre, nous prions le lecteur de vouloir bien relire la page 237 du premier volume. Il y verra que le correspondant anonyme de M. Houet attribue la dissolution de la Société de St-Pierre au défaut de charité, d'unite\ à un grand et gros brin d'orgueil; enfin à un vent

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sec eisriée qui Imfii perâm lé respiration. Ces *|uelques mots rappellent toute une série d'intrigues dont nous ne voulons pas retracer Tliistoire; bien qu'elles se rapportent à notre sujet, puisqu'elles eurent pour victimes les deui frères Lamennais, maïs nous croyons savoir qu'elle sera écrite un jour par d'autres et nous osons nous en féliciter doublement.

A la suite de ces manœuvres qui le trompèrent tout le pfcmicr, févêque de Rennes, par une lettre du ?i Août 1834 1 , prit à Tégard de M. Jean, de Laniennais k disposition que nous avons vue p. iSg et suivantes.

M. Coëdro, longtemps ami des deux Ifères, crut devoir se faire pardonner cette amitié, en s'acharnant après leurs personnes et leurs œuvres. Le 3 Novembre 1834, après une nouvelle preuve de l'animosité de ce personnage à son égard, M. Jean écrivait à l'abbé Ruault, le digne associé de ses labeurs évangéliques. une lettre dont nous extrayons ces «iwelques lignes :

(i) Et non du 2 Septembre, comme le dit M. Houei. Voir tome I*'

« St-Servan, le 3 Novembre 1834.

« Mon cher ami,

<* J*ai une foule de choses à vous dire : commençons vite par le commencement. A la lettre de Coëdro que vous m'avez transmise, j'ai fait la réponse que voici et qu'il est bon de conserver.

" Dimanche, 3i Octobre 1834.

« Mon cher ami,

«« Je reçois votre lettre en date du 22. Ce M nouveau procédé m'étonne un peu, même après « les autres!... O mon Dieu, pardonnez à mon " pauvre Coëdro, comme je lui pardonne; le plus « à plaindre des deux, ce n'est pas moi ! Je vous « embrasse tendrement, quand même,

'■ Jean »».

C'est le lendemain, 4 novembre, que l'abbé Jean écrivait de Pleurtuit à M^' de Lesquen le billet inséré p. 126. Nous croyons qu'il fait allusion à l'interdit fulminé par le prélat contre

Je malheureux Féli, mesure qui acheva de le flrécipîîer hors de TÉglise.

Telle est cette lamentable histoire de la chute de Lamennais; tout concourut à hâter la perte de cet infortuné grand homme et à la rendre irrémédiable, aussi bien Iç zèle immodéré des bons que la perversité des méchants; — ceux-ci ne sont pas toujours les meilleurs auxiliaires du mal.

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