F. DE LA M EN NAIS
Pans, ce 12 avril 1828, rue de l'Est, n" 5.
Couvent de Bosco, 98 septembre 1*41
Mon cher David,
Vous savez quels sentiments de père je vous ai montrés depuis cinq mois, et comment je me suis conduit à votre égard. J'étais disposé à aller jusqu'au bout? voyant que vous répondiez à mes soins, à ma bonne volonté, et que votre retour à Dieu était sincère. Le compte de vos dettes que vous nravez remis hier soir ne m'avait point fait changer de pensées, et j'étais résolu à ce sacrifice, quelque considérable qu'il fût déjà pour nos ressources; mais la lettre de Mr votre père que vous m'avez communiquée ce matin, en date du 21 septembre, ne me permet pas d'aller plus avant sans manquer à mes devoirs. Il est évident que M.Cangardel ne veut pointabandonner les cinq mille francs qu'il vous a prêtés; il exige de Mr votre père des billets qui retombent nécessairement sur vous, avec des intérêts à 6 0,0. Il m'est impossible, dans ma situation, de payer huit mille francs à votre acquit; car, c'est à cette somme que s'élèvent vos dettes, sans compter encore près de mille francs de billets cautionnés par vous, et dont le paiement par les débiteurs directs n'est pas constant. Je regrette, mon cher ami, qu'avant votre entrée, vous ne m'ayez pas expliqué votre position sous ce rapport. Ce n'est même que d'aujourd'hui quelle m'est complètement connue. Vous me pardonnerez donc d'autant plus aisément le paru si dur pour moi auquel je suis obligé de m arrêter. Votre devoir est de retourner dans le monde et d'y travailler à acquitter vos dettes. Les connaissances etlafacilitéd'espritque vous avez, l'assistance de Dieu, le travail et l'économie vous permettront de vous libérer en peu d'années. Alors, si votre vocation a persévéré, je ne demanderai pas mieux que de vous rendre l'habit religieux. Je vous rends ici le témoi-
gnage d'avoir trouvé en vous toutes sortes de bonnes dispositions et une conduite non seulement irréprochable, mais religieuse. Le temps que vous avez passé parmi nous ne vous sera point inutile. Quoi que Dieu fasse de vous, vous conserverez le souvenir des impressions qu'il vous a fait sentir dans son sanctuaire; vous en resterez meilleur, plus fort contre le monde et l'adversité, plus capable enfin de mener la vie d'un homme et d'un chrétien. Il vous faut beaucoup de courage dans la circonstance où vous êtes placé; j'ai confiance qu'il ne vous manquera pas. J'ai préféré vous écrire, afin que vous ayez le temps de penser devant Dieu à l'objet de ma lettre, et de vous revêtir de la force dont vous avez besoin. Je vous remettrai de quoi vous rendre à Paris ou dans votre famille. Cette lettre pourra vous servir près d'elle pour leur expliquer les motifs de votre retraite. Je vous embrasse, et recommande à votre souvenir un homme qui ne vous a voulu que du bien, et qui regrette infiniment de ne pouvoir vous faire tout celui qu'il voudrait.
des Frères Prêcheurs.
Nancy, Il août 18 43.
Mon cher Ami,
J'ai reçu en leur temps les deux journaux de Toulouse que vous m'avez envoyés, et j'y ai lu, avec un vrai plaisir, la lettre et le discours de M. Cabanis. Son style, comme ses idées, révèle un homme de bien quia beaucoup déportée dans l'esprit; faites-lui mes compliments, quand vous le verrez, en attendant que je puisse moi-même faire mieux que de le complimen-
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ter. Mais quand sera-ce ? Les affaires succèdent les unes aux autres. Celle que m'avait suscitée le recteur de Nancy est aujourd'hui terminéepar une lettre publique de M*r le Coadjuteur; mais je n'en suis pas plus libre pour cela.
Quant à la lettre de M. Fauqué,elle est d'un homme qui n'est pas encore prêt, dont la vocation n'est point décisive: ne vous engagez donc point et ne m'engagez point envers lui, mais conseillez-lui d'activer ses études théologiques. Il verra et nous verrons après. Plus que jamais nous ne voulons recevoir que des hommes ayant une vocation éprouvée.
Ce que fait pour vous M. Cabanis est bien important, mon cher ami : vous voyez que Dieu ne vous abandonne pas, qu'il est fidèle dans ses promesses. Sovez sûr qu'un jour, si telle est sa volonté, et que vous y concouriez de votre part, tous les obstacles se lèveront, le retard n'ayant servi qu'à vous mûrir davantage, à vous préparer. Priez Dieu pour nous, et croyez à mon dévouement sincère.
Fr. L.
Paris, Ji février (846.
Mon cher Ami,
J'ai reçu votre lettre du SI janvier, et j'ai vu avec plaisir que vous étiez toujours content de votre situation et de tous les égards que Ton a pour vous. C'est la deuxième fois que vous allez voir Rome; vous y retrouverez quelques traces du séjour que vous y avez fait avec nos premiers frères, Je vous recommande bien d'y prier pour nous, particulièrement
LKTTh'KS W ÉDffES 3?7
aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul. Vous verrez enfin le bon Père Lamarche, et lui donnerez de nos nouvelles; il sera bien aise de vous revoir et de vous entendre parler de notre rétablissement en France qui se soutient toujours et grandit peu à peu.
Je vais quitter Paris pour me rendre à Strasbourg, ensuite je passerai l'été à Chalais.
Adieu, mon cher ami, je me borne à ce peu de mots, aute de temps, et vous x*enouvelle l'expression de mes sentiments dévoués et affectueux.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire, des Frères Prêcheurs.
Notre-Dame de Chalais, 9.6 juin 1846.
Mon cher Ami,
Votre lettre du 14 juin, envoyée à Liège où je ne suis point allé, vient de me parvenir. Je vous remercie des détails précieux que vous me donnez sur l'audience que vous avez eue du Saint-Père; les paroles que vous me transmettez de sa part sont les dernières que j'aie reçues de lui, et par conséquent elles me sont infiniment chères. Elles mettent le sceau à toutes les bontés qu'il me montra dans le cours de son règne. Je vous remercie aussi des deux Brefs que vous avez obtenus pour Chalais, et des objets que vous m'avez apportés de la part du R. P. Lamarche. Une lettre du P. Besson a dû vous prier de remettre le tout à M. Cartier, rue de Vaugirard, n° 67, sauf la lettre du R. P. Barberi, que je désire avoir directement, afin de pouvoir y répondre sans retard. L'adresse que je vous donne est celle de notre pied-à-terre à Paris, à quoi se réduit présentement l'établissement que j'avais projeté d'y former.
Je regrette que vous n'ayez point vu Chalais, comme vous vous le proposiez, ce sera pour une autre fois, s'il plait à Dieu. Vous verrez, je l'espère, en y venant, une maison vraiment édifiante et un lieu charmant. Nos Pères s'y plaisent infiniment et y sont bien heureux. Je ne doute pas que Dieu ne récompense un jour votre persévérance et qu'il ne vous fasse la grâce de revêtir lhabit de saint Dominique. Il a eu ses desseins en vous retenant dans le monde, et si obscurs qu'ils nous soient, nous devons les adorer, mais sans perdre la confiance dans l'avenir.
Je vous serai obligé, mon cher ami, de présenter mes hommages à M. le Comte et à M31' la Comtesse Siméon, et à M. le Vicomte Siméon, et de me rappeler au souvenir de vos élèves. C'est à peu près à cette époque que je visitai, lan passé, le château de Villebon, et je me rappelle toujours le bon accueil qui m'y fut fait.
Je quitterai Chalais à la fin de septembre, et, après avoir passé le mois d'octobre à Nancy, je consacrerai à Paris les trois premiers mois de l'hiver.
Je vous renouvelle, mon cher ami, avec mes remerciements, l'expression de mes sentiments affectueux
et dévoués.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Chalais, U juillet t&ff.
Mon cher Ami,
J'ai reçu vos deux lettres et j'ai écrit tout récemment à M. l'abbé Laine. J'avais d'abord omis de le faire parce qu'on m'avait annoncé de Paris que l'env-.i était déjà exécuté. Du reste, le temps perdu est peu de chose.
La mort prématurée de M. Cabanis ne m'a point étonné, et sa mort chrétienne encore bien moins. Il m'avait frappé par l'expression de ses sentiments. C'est une perte très grande pour les catholiques; mais pour lui, il a quitté ce monde qu'il connaissait trop bien pour le regretter beaucoup. Si, par hasard, vous avez conservé quelques relations avec la veuve, veuillez lui présenter l'hommage de mes souvenirs respectueux.
Nous nous préparons à célébrer la fête de saint Dominique. Hier, nous avons planté une grande croix sur le pic le plus élevé de Chalais,afin de nous servir de paratonnerre. Elle a remplacé un pavillon insignifiant que la foudre avait détruit l'an dernier à pareille époque.
Veuillez, mon cher ami, présenter mes hommages à M^laComtesseSiméonetàM^de Nivière, ainsi qu'à leur gouvernante. Mes amitiés à Léon. Je vous renouvelle l'expression de mon sincère attachement.
Fr. Henri-Dominique Lacordaike,
des Frères Prêcheurs.
Paris, le 8 mars i849.
Mon cher Ami, Votre lettre du 26 décembre m'est parvenue au milieu de ma station de Dijon, et mes occupations d'alors, enchaînées à d'autres qui les ont suivies, ne m'ont pas permis de vous répondre plus tôt. Je profite d'un moment de loisir pour vous remercier des bonnes nouvelles que vous m'avez données de votre séjour à Liège dans la famille de Moftarts. Je suis bien aise et peu étonné que vous vous y plaisiez. Je
m'y attendais, comme j'attendais aussi qu'on serait content de vous.
Mon séjour à Dijon a été très favorisé par la Providence. L'un des fruits de ma station a été l'établissement d'une troisième maison de notre ordre à Flavigny, petite ancienne ville très agréablement située, et où Ton nous a cédé presque gratuitement une maison qui avait servi de petit séminaire du diocèse. Le clergé a favorisé de tout son pouvoir cette fondation, et, dès le 6 décembre, j'ai pu y installer le noviciat. Les études seules sont restées a Chalais. Cela nous donne de la marge pour un assez grand nombre d'amis, et nous a permis de demander à Rome l'érection canonique de la province dominicaine de France. Je ne sais si le cours des événements permettra le succès de cette démarche. Voilà les biens du clergé à la veille d'être confisqués par les États romains; tout comme un bouleversement profond, dont il est impossible à la prudence humaine de prévoir l'issue. Il faut prier Dieu et attendre.
Ma station de Xotre-Dame s'est ouverte heureusement. L'auditoire est plus considérable que jamais et très bienveillant.
Veuillez, je vous prie, présenter mes hommages à M. et Mme de MofTarts, à M. et M"€ de Rosen, dont je me rappelle toujours le bon accueil dans cet hiver déjà si loin de 1847.
Je vous renouvelle, mon cher ami, l'expression de mes sentiments très distingués et de mon dévouement.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Paris, IU décembre 1HAU.
Mon cher Ami,
Je ne vois pas bien comment votre admission au sacerdoce sans les études théologiques préalables vous rapprocherait du but que vous poursuivez. Prêtre ou non, il vous faudrait, le moment venu, accomplir ces études, et vous n'en seriez pas avancé d'un pas. Je ne sais ce que Msr l'Evêque de Liège décidera ; mais, pour moi, je ne puis intervenir dans sa détermination. Il jugera dans sa sagesse ce que le bien de son diocèse et la bonne discipline peuvent lui permettre ou exiger de lui.
Nous sommes installés aux Carmes depuis tout à l'heure deux mois. C'est une bien grande bénédiction de Dieu à notre égard que nous n'avons point méritée. Notre église est très suivie, et quoique, depuis 1790, on n'eût pas vu à Paris des religieux officiant publiquement, tout se passe avec la plus parfaite tranquillité. C'est à peine si le National a. réclamé pour empêcher la prescription. Notre communauté se compose de treize religieux de chœur.
Veuillez dire à mon frère que j'ai reçu sa lettre et que je l'en remercie. Mille hommages respectueux à la famille de Mofïarts.
Je vous renouvelle, mon cher ami, l'expression de mes sentiments dévoués.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Paris, Hl août ÎS50.
Mon cher Ami,
J'ai été bien satisfait de tout ce que vous me dites de vous, de vos pratiques et de vos bonnes résolutions. Je crains seulement que vous n'exagériez sous le rapport des jeûnes. On les supporte quelquefois facilement pendant quelques années, puis ils usent peu à peu la santé. Il me semble que c'est bien tard d'atten dre une heure de l'après-midi avant de prendre quelque chose. Mais, sauf les excès, vous avez bien raison de vous adonner à la mortification et à la prière : ce sont les deux grandes sources de la vie spirituelle, et chacune fortifie l'autre. Ce qui manque à trop de membres du clergé, comme vous le remarquez, c'est la mortification. Ils vivent trop sans réprimer le corps, et l'âme s'engourdit de la sorte, lors même qu'elle n'est pas subjuguée par les appétits inférieurs. Relativement à la prière, j'aimerais que toutes les semaines vous récitiez une fois le psautier, en le partageanten sept parties, ou du moins en quinze jours, ce qui ferait dix psaumes par jour.
C'était une pratique très célèbre au moyen âge, très nourrissante, et il est bien à regretter que les fidèles l'aient abandonnée pour courir après des prières sans force et sans autorité trop souvent.
Nous avons célébré la Saint-Dominique dans toutes nos maisons avec une grande joie et cordialité. Le P. Jandel est à Rome où il a été appelé par le Saint- Père et je vais moi-même l'y rejoindre. Je pars demain au soir.
Veuillez dire à Mme de Moffarts la part que j'ai prise à la perte qu'elle vient de faire, et que je lui garde toujours un bon et respectueux souvenir.
Mes amitiés à mon frère et à ma belle-sœur.
Adieu, mon cher ami, priez pour moi et pour nous
tous. Je vous renouvelle l'expression de mes sentiments d'attachement.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
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Paris. 4 février 1851.
Mon cher Ami,
J'ai reçu en son temps votre lettre du 27 décembre dernier, et je vois avec plaisir que vous persévérez toujours dans les sentiments d'attachement à notre ordre. Nous avons eu de Rome de bonnes nouvelles. Le R. P. Besson, prieur du couvent de Sainte- Sabine, que vous connaissez, y a établi l'observance sur le pied où elle est en France ; il a vingt religieux autour de lui. Le Rdme Vicaire général a envoyé une circulaire à toutes les maisons de l'Ordre pour yinviter à former dans chaque province un couvent d'observance, et il paraît qu'il a rencontré de nombreuses adhésions. Le Saint-Père a voulu recevoir en corps tous les Pères de Sainte-Sabine, et il paraît fort satisfait de la marche imprimée aux choses par le P. Jandel. Tout nous fait donc espérer que Dieu se servira de nous non seulement pour la restauration de l'Ordre en France, mais pour sa résurrection en Italie et son avancement dans le reste de la Chrétienté. C'est une grande grâce que nous n'avons aucunement méritée.
Nous avons eu neuf professions en 1850, nous en avons douze cette année. Cette augmentation ne nous permet plus de conserver à Paris l'ensemble de nos études. Nous en reporterons une partie à Chalais dès la fin de Tannée scolaire, après l'Assomption. Je suis heureux de rentrer en possession active de cette belle
solitude que nous avons restaurée à grands frais, et qui depuis quinze mois n'a plus que quelques Pères et un religieux pour la garder. Nous laisserons à Paris la philosophie seulement.
Veuillez dire à mon frère que notre belle-saur Marie est en parfaite convalescence, et que, par une suite singulière de sa guérison, elle est grosse depuis quatre mois, après de longues années de stérilité.
Je suis surpris de ce que vous me dites au sujet de la Mère Makrina, rien de semblable n'est arrivé à mes oreilles et si elle avait pu être convaincue d'imposture, il est manifeste que la Russie, surtout à l'époque du séjour de l'empereur à Rome, en serait venue à bout. Je regarde donc tous ces bruits comme dénués de fondement et l'œuvre de la malveillance schismatique et absolutiste.
Le P. Aussant vous dit mille choses.
Veuillez présenter mes hommages aux familles de MofTarts et de Rosen et les remercier de leur bon souvenir.
Je me recommande à vos prières et je suis bien à vous en N.-S.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
l'rov. des Frères Prêcheurs.
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Pa r is , / 7 m a rs 1 8ô 1 .
Mon cher Ami,
Je croyais vous avoir dit clairement que tous mes Pères étaient occupés par le carême et le jubilé. ei que je ne pouvais disposer d'aucun d'eux pour Liège, .le me borne à vous le répéter, pour ne pas vo-.js laisser dans l'incertitude.
M^r l'Evêque d<? Liège, en route pour Romt, est
LETTRES IX EDITE S 335
venu me voir. Il m'a paru bien disposé pour vous, sans rien me dire de décisif.
Tout à vous.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Flavigny , 5 mai 18o2.
Je vous remercie, mon cher ami, des détails que vous m'avez donnés sur la mort de Msr l'Evêque de Liège par votre lettre du 10 avril dernier. Vous avez perdu en lui un protecteur, et la religion un digne pontife. Heureusement, une de ses dernières actions a été de vous faire conférer Tordre du sous-diaconat, et de vous mettre ainsi à l'abri de toutes les éventualités, quel que soit son successeur. C'est une grande grâce que Dieu vous a faite*
Pendant ce temps-là, je rentrais en France après avoir achevé la visite de nos œuvres de Hollande et d'Angleterre, et je me préparais à la célébration de notre premier chapitre provincial, qui s'est tenu le 24 avril et les jours suivants jusqu'au 2 mai. C'était une très grande affaire pour notre province, et heureusement tout s'est bien passé et d'un commun accord. Nos abbés sont partis pour Rome, où ils doivent être approuvés par le Rdme Vicaire général.
Les nouvelles que vous me donnez de la persévérance de mon frère dans la bonne voie où il est entré m'ont donné une grande consolation. De quatre frères que nous étions, nous voici déjà trois chrétiens; il n'en manque plus qu'un au rendez-vous. J'espère de la miséricorde divine qu'il y viendra.
Je ne puis rien dire de ma prochaine visite à dos couvents de Belgique, il n'est pas probable que ce
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soit avant l'automne, et j'ignore si je pourrai me rendre à la bonne invitation que M. et Mme de Moffarts veulent bien me renouveler par vous. Remerciez-les toujours en leur présentant mes hommages, ainsi qu'à Mne la Baronne de Rosen.
Adieu, mon cher ami, priez pour moi, et agréez l'expression de mes sentiments dévoués.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire, Prov. des Frères Prêcheurs.
Paris, 25 février 1853.
Mon cher Ami.
Vous voilà diacre. Je me réjouis avec vous de cet heureux avancement dans les voies de l'apostolat. Encore un pas et vous aurez l'honneur d'être consacré à Dieu par les liens et les grâces du sacerdoce dont Xotre-Seigneur est le chef éternel. Ce sera un grand fardeau, mais un puissant moyen que Dieu mettra dans vos mains pour travailler au salut des âmes. Je suis persuadé que vous en userez avec ferveur, que vous serez un bon prêtre, un prêtre selon le cœur de saint Dominique dont vous êtes l'enfant, et qui a présidé à votre destinée spirituelle.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez de mon frère et de sa famille. Faites-leur mes amitiés.
Veuillez présenter mes compliments et mes hommages à M. le Baron et à Mme la Baronne de Moffarts. ainsi qu'à Mmo la Baronne de Rosen . Je suis bien sensible à leur bon souvenir.
Je ne vous dis que ce peu de mots, parce que je suis
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très pressé et que je n'ai d'ailleurs rien de bien particulier à vous mander.
Priez pour moi qui suis toujours tout à vor.s en N.-S.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire, Prov. des Frères Prêcheurs.
Flavigîiy, S juin 1853.
Mon cher Ami,
Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous m'avez données dans votre lettre du 24 avril dernier sur les deux discours du R. P. Souaillard, à Liège, et sur le bon accueil que lui a faitla famille de Moffarts. J'ai vu aussi avec plaisir que vous aviez prêché dans la chaire de Strée, et que vous vous proposiez d'y paraître pendant les cinq dimanches du mois de Marie. C'est un grand et difficile ministère. Il me semble que vous avez ce qu'il faut pour y réussir, soit du côté naturel, soit du côté surnaturel ; mais l'exercice est nécessaire à ceux là mêmes qui ont été le mieux doués par Dieu. Nul n'est éloquent, et même parleur convenable, sans beaucoup d'études et d'essais. Beaucoup déjeunes ecclésiastiques avortent en chemin, parce qu'une fois lancés, comme l'on dit, ils n'apprennent plus, ne lisent plus, ne méditent plus, ne mènent qu'une vie tiède et nomade, et s'affadissent ainsi en peu d'années. C'est qu'il est difficile de partager sa vie en deux choses aussi diverses que l'activité de la chaire et le repos laborieux de la cellule. Presque toujours l'activité l'emporte et s'use rapidement elle-même. Parlez peu, préparez-vous beaucoup, lisez et relisez sans cesse les saintes Ecritures :
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la Bible et la « Somme » de saint Thomas ; avec ces deux livres, on peut aller au-dessus de tout.
Veuillez témoigner à Mme la Baronne de Moffarts ma reconnaissance de ce qu'elle veut bien songer à nos sacristies et travailler quelque peu pour elles. Je ne sais si je pourrai moi-même recueillir à Strée le fruit de son travail et de sa bienveillance : car, à cause de notre installation à Oullins pendant les vacances prochaines et de diverses circonstances, peut-être ne pourrai-je pas, cette année, faire en personne la visite de nos couvents de Belgique. Si le contraire arrive et que la saison le permette, je prendrai volontiers la route de Namur au lieu de celle de Bruxelles.
Veuillez, mon cher ami, présenter mes humbles hommages à Mmc la Baronne de Rosen, à Mmc la Baronne de Moffarts et à toute leur famille dont je ressens, quoique de loin, la sincère et continuelle bienveillance, et recevoir pour vous-même l'expression de mes sentiments affectionnés.
des Frères Prêcheurs.
Ton Imite. 9 janvier 1854.
Mon cher Ami.
Je vous remercie des bonnes nouvelles que vous m'avez données de votre première prédication. J avais prie pour elle, ainsi que vous me le demandiez, et je Miis heureux qu'elle ait réussi. Vousavez.ce me semble, tout ce qu'il faut pour annoncer avec huit la parole de Dieu, une foi terme, une piété sincère, un désinteiii réel, le désir de faire connaître et aimer
Dieu, et enfin des dons naturels très suffisants pour correspondre à ceux de la grâce ; travaillez beaucoup, et le talent qui vous a été confié s'enrichira avec la peine que vous prendre/.. Aucune facilité ne dispense du travail: il est la clef de l'éloquence et du savoir, aussi bien que de la vertu.
Notre maison est fondée à Toulouse. Elle prospérera, je l'espère, à l'ombre du tombeau de saint Thomas d'Aquin et des souvenirs de saint Dominique. Ce sera la dernière de mon provincialat, qui expire le 15 septembre prochain. Je vois arriver avec joie ce terme de mes longues sollicitudes, et il me semble que nos Pères auront un sûr fondement pour l'avenir, dont leurs propres vertus font une grande partie.
Veuillez présenter mes hommages à Mme la Baronne de Rosen, à M. et Mme de Moffarts, que je remercie de leur bon et constant souvenir. Il n'est pas probable que je vous revoie, ni eux, de longtemps, puisqu'avec mon provincialat cesseront les motifs de mes voyages en Belgique.
J'ai vu ici Mme Cabanis et quelques membres de sa famille. Notre maison est tout proche de la leur. Ils se louent beaucoup de la fidélité que vous avez mise à remplir vos engagements à leur égard.
Permettez-moi, en finissant, de vous adresser une petite requête. Vous avez la bonté, quand vous m'écrivez, d'affranchir vos lettres, et je regarde ce soin comme une aumône pieuse que vous faites à l'Ordre; mais votre intention est souvent frustrée, à cause du papier très fort et pesant que vous employez. Même quand il n'a pas d'enveloppe, on annule quelquefois à la frontière le timbre que vous avez inutilement payé. Pardonnez-moi ce petit détail domestique, où vous reconnaîtrez la simplicité de mes rapports avec vous.
Je vous remercie des nouvelles que vous me donnez
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de mon frère et des siens, et vous renouvelle, mon cherami, l'expression de mes sentiments affectionnés.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire, des Frères Prêcheurs.
4fc-
Sorèze, Tï décembre 1854.
Madame,
Je suis bien sensible à la marque du souvenir que vous avez bien voulu me donner par votre lettre du 19 de ce mois, et aux nouvelles que vous me transmettez de votre famille. Mes prières sont peu de chose ; toutefois c'est de grand cœur que je m'unirai à vous pour implorer les grâces de Dieu sur ce que vous avez de plus cher. Le mariage de votre fille aînée est une affaire considérable pour elle et pour vous. Les qualités solides et chrétiennes de celui qui !a recherche sont un augure heureux de l'avenir, et quoique la richesse ne soit pas en elle-même une source de bonheur, cependant jointe à d'autres dons et bien employée, elle permet d'accomplir des œuvres que la plupart des hommes ne peuvent encourager. C'est donc, même pour la vie spirituelle, quand elle est puissante dans le cœur, un instrument de plus.
Les nouvelles que vous me donnez aussi, Madame, de M. l'abbé David m'ont intéressé. Je vois avec plaisir qu'il continue de s'appliquer au ministère apostolique, et qu'il a des chances d'y parfaitementréussir avec le temps et le travail. Il m'a écrit quelques pages ces jours-ci et je compte lui répondre prochainement.
Veuillez. Madame, remercier Mme de Rosen et M. de Moffarts de leur bon souvenir et leur présenter mes hommages. .le suis bien aise et plus aise que jamais
de vous revoir; mais je me souviens toujours de l'accueil que vous m'avez fait.
Je vous prie d'en agréer l'assurance, ainsi que l'hommage des sentiments respectueux avec lesquels je suis, Madame, votre 1res humble et très obéissant serviteur.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Kâfe-
Sorèze, W janvier 1855.
Mon cher Abbé,
Merci de votre lettre du 20 décembre. J'y ai vu avec plaisir que tout allait bien pour vous et autour de vous. II est vrai que vous avez votre petite part d'épreuves. Etranger à Liège, vous ne devez pas naturellement rencontrer dans vos prédications la faveur de vos confrères ; mais cela ne doit pas vous arrêter, tout en vous inspirant de la réserve et de la retenue pour ne pas abuser de vos succès. Si vous restez longtemps encore en Belgique, vous finirez par l'emporter sur la froideur de vos adversaires, et si vous n'y restez pas, vous aurez appris à parler en public et à vous conduire sagement, ce qui n'est pas peu de chose.
J'ai prié pour l'affaire que vous m'avez recommandée, et je voudrais qu'elle réussisse, surtout si elle doit amener dans votre position un avancement notable, ce qui est douteux, à cause de bien des raisons que je ne veux pas vous dire. Il faut vous laisser aller à la Providence et ne former aucun projet, que celui de lui obéir.
Frédéric va bien, quoiqu'un peu paresseux. Ses
places sont généralement bonnes. Ce soir partira le relevé trimestriel de ses notes. Il n'a pas encore écrit à ses parents pour la nouvelle année. Je ne m'en étais pas aperçu, et lui en ai fait des reproches. Il doit écrire pour ce soir de manière que tout partira en même temps.
Tout va bien ici. J'ai fait de très grandes réformes, qui étaient bien nécessaires et qui ont été acceptées sans coup férir. Si un jour vous venez nous voir, vous trouverez une belle maison et vous y serez bien accueilli.
Mes hommages, je vous prie, à toute la famille de Moffarts, et tout à vous bien cordialement.
Sorèze, in mai Î8SS.
Mon cher Ami,
Il est bien vrai que notre église de Toulouse a été rachetée par la ville, ainsi que les bâtiments qui en dépendent. Ceux-ci seront affectés aux facultés des lettres et des sciences, et quant à l'église, elle sera rendue au culte sous une forme qui est encore incertaine. Le temps en décidera. 11 n'est pas le moins du monde question de nous la remettre, et d'ailleurs, dans l'état où elle est, nous ne saurions qu'en faire, vu ce qu'il faudrait de dépenses pour la réparer et l'orner. <Juoi qu'il en soit, c'est beaucoup de voir cette relique arrachée aux soldats el aux chevaux. lût ou tard les desseins ultérieurs de Dieu s'accum pliiu.it, nous ne devons pas nous en préoccuper, ei même je v->us avoue ne pas désirer que notre < >rdre -"it en possession d'un si vaste et si magnifique temple.
J'ai appris avec plaisir que Msl l'Evêque de Liège vous rendait justice. Vous ne devez pas vous étonner de ces tracasseries ; le bien ne se fait qu'au prix d'épreuves sans cesse renaissantes et destinées à nous purifier. Continuez donc avec courage; Dieu vous soutiendra et vous récompensera.
Quant à votre entrée dans notre Ordre, lorsque le temps en sera venu, je n'y ai assurément aucune opposition: mais, vous le savez, je ne suis plus provincial, je ne le serai probablement jamais, et ainsi tout dépendra d'une autre volonté que la mienne. Si Dieu vous appelle, comme semble le prouver votre persévérance, il saura bien vous ouvrir les portes.
Frédéric va bien. Il travaille mieux que dans les commencements etest un des bons élèves de la classe. Je pense qu'il sera en bonne voie de faire de bonnes classes, dès Tan prochain. Bien des choses à mon frère et à ma belle sœur, quand vous les verrez.
Je me recommande à vos prières, et vous renouvelle l'assurance de mes sentiments affectionnés.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire,
des Frères Prêcheurs.
Sorèze, 21 novembre i885.
Mon cher Abbé,
Votre lettre du 19 août, en m'annonçant le mauvais succès de vos espérances, ne m'a pas surpris. Elle m'a donné lieu de réfléchir à votre situation, et je viens vous ouvrir une voie qui peut-être répondra au désir persévérant que Dieu a mis dans votre cœur.
Le tiers-ordre enseignant de Saint-Dominique, qui a ici son chef-lieu, est en bonne route. Il vous offrirait
à la fois la réalisation de votre vœu de vivre et de mourir dans l'Ordre des Frères Prêcheurs, et comme vous pourriez y occuper un emploi, même en faisant votre noviciat, il vous mettrait à même de pourvoir aux besoins des parents qui sont à votre charge. Je ne vois à cela qirun obstacle : c'est que vous préféreriez le grand Ordre. A la bonne heure. Mais à quoi vous mènera cette préférence s'il vous est interdit, à cause des nécessités de votre famille, d'y entrer jamais, ou d'y entrer lorsque vos forces seront épuisées ?
Etes-vous bien sûr d'ailleurs de votre vocation pour la chaire ? X'êtes-vous pas habitué à l'enseignement et à la direction de la jeunesse ?
Bref, mon cher ami, je livre cette pensée à vos réflexions. Vous verrez si elle vient de Dieu ou si elle est une chimère.
Frédéric va bien, et moi de même, malgré des occupations très variées et très nombreuses. Je vous renouvelle, en finissant, l'expression de tous mes sentiments affectionnés.
Fr. Henri-Dominique Lacordaire, des Frères Prêcheurs.
Sorèze, tS janvier i8S6.
Mon cher Ami,
La décision que m'apporte votre lettre du 7 janvier ne me paraît point déraisonnable. Puisque vous pouvez patienter encore, il est clair qu'il vaut mieux en finir avec vos affaires de famille et arriver tout à fait libre sous ce rapport. La seule question est de savoir si deux années vous suffiront: mais enfin deux ou trois, selon qu'il plait à la Providence. Ainsi que vous
eussiez fait d'ailleurs, comme je n'avais agi que sous l'inspiration de votre bien spirituel, vous ne pouviez me causer aucun mécontement. Restez donc en paix à cet égard, et allez devant vous avec confiance et persévérance.
Veuillez faire mes amitiés à mon frère et à ma bellesœur, quand vous les verrez, et leur dire que Frédéric, sauf çà et là des échappées de caractère, se conduit et travaille. Il est à la tête de sa classe, la septième, avec un de ses camarades, qui seul l'empêche de primer constamment.
Je me recommande à vos prières, et vous renouvelle l'expression de mes sentiments affectionnés.
des Frères Prêcheurs.
Sorèze, %8 janvier 18X8 .
Monsieur et cher Abbé,
Je vous remercie de la lettre que vous m'avez adressée pour le nouvel an. Je vois avec plaisir que vous continuez sérieusement le ministère des âmes. C'est là la vie du prêtre. Plus vous irez, plus vous ressentirez de consolation dans cette admirable voie que Notre-Seigneur vous a tracée. Ce que vous me dites de mon frère et de sa famille m'a causé de la joie. Frédéric, depuis deux mois, va beaucoup mieux pour la discipline. Il a mérité d'être nommé caporal de sa classe, ce qui est pour lui un grand engagement de bien faire.
L'état du pays où vous vivez me paraît bien triste. En France, la religion a bien des ennemis, mais elle
gagne pourtant, tandis qu'en Belgique c'en est au point, ce semble, où nous étions de 1814 à 1830. Pauvre Europe ! Par quelles épreuves elle doit passer encore avant de connaître qu'il n'y a pas de société possible en dehors du christianisme !
Notre Ordre se développe peu à peu, et le tiers-ordre en particulier s'affermit visiblement. Mais c'est une œuvre bien jeune encore, et qui a besoin d'une protection particulière de Dieu. Je la recommande à ves bonnes prières.
Veuillez présenter mes hommages àMme la Baronne de Rosen, à Mme de Moffarts et à tous les amis qui me connaissent. Je vous renouvelle pour vous-même l'expression de mes sentiments très distingués et dévoués.
Sorèze, 18 février 1860.
Monsieur l'Abbé,
Avant de répondre à votre lettre du 6 de ce mois, j'ai voulu écrire à Paris au sujet des manuscrits que vous y avez envoyés. 11 m'a été répondu que l'éditeur avait fait des difficultés, mais que le R. P. Monsabré s'occupait activement de vos intérêts, et qu'il espérait venir à bout de vous satisfaire. Il vous écrira dès qu'il aura conclu avec M"*6 Poussielgue-Rusand, éditeur de la Bibliothèque dominicaine.
Je vous remercie de vos félicitations au sujet de mon élection à l'Académie française. J'y ai vu surtout un hommage rendu à la religion et qui rejaillit sur mon Ordre. C'est un événement assez singulier que l'Académie française ouvrant ses portes, en plein dix-
neuvième siècle, à un Dominicain. Il n"y a que Dieu pour faire de ces choses-là.
Si vous voyez mon frère, vous m'obligerez de lui faire mes amitiés. Veuillez aussi présenter mes hommages à la famille de Mofïarts et à Mme la Baronne de Rosen, qui ont bien voulu vous charger de leurs souvenirs pour moi.
J'ai été bien aise d'apprendre que vous poursuiviez le ministère de la prédication, et que vous étiez satisfait de la bénédiction que Dieu répand sur vos travaux.
Veuillez agréer tous mes remerciements, Monsieur l'Abbé, ainsi que l'expression de mes sentiments très distingués.
des Frères Prêcheurs.