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sez avant tout l'oppression morale, et toutes les autres servitudes tomberont avec elle.
a La liberté de vos croix, de vos temples, dépend d'une liberté plus haute, la liberté complète de la conscience et de la vérité.»
Ainsi parlaient les deux amis. Et maintenant, lorsque, après tant d'années écoulées, on relit attentivement leurs paroles, les larmes vous montent aux yeux en voyant la servitude morale dans laquelle gémit encore aujourd'hui l'Eglise en France.
La petite Belgique seule a suivi l'impulsion donnée par Lamennais; elle a secoué le joug qu'on voulait lui imposer et lui maintenir. Les évoques belges se sont souvenus des écrits prophétiques des puissants rédacteurs de l'Avenir. Ils ont donné l'exemple des grandes et belles luttes pour la liberté religieuse et ils ont sauvé l'Eglise. Aucune considération politique n'a pu entraver leur marche triomphale vers l'indépendance glorieuse de la foi.
Il n'en a pas été ainsi en France, hélas ! Selon l'antique usage de Dieu, sa force apparaît sous les apparences fragiles et dédaignées de la faiblesse. C'est avec les petits de ce monde que Dieu confond l'orgueil des grands. La petite Belgique, si faible, et comptant pour peu dans la balance des destinées européennes, donne l'exemple de la plus complète liberté religieuse, vaillamment conquise, dans la civilisation la plus avancée.
Certes, l'élan fut beau en France, au sortir de
la révolution de 1830; les champions de l'Eglise menaient bien le combat ; mais leurs efforts furent paralysés par la politique d'un gouvernement plein d'astuce qui ne voulait rien perdre de ses avantages. Le joug avait été secoué avec vigueur sur sa tête, car dès que les premiers numéros de Y Avenir parurent, on vit partout s'organiser la résistance à l'oppression.
A Montpellier, 6.000 personnes s'étaient assemblées autour d'une croix que l'autorité voulait enlever. L'évêque lui-même qui, d'accord avec le pouvoir civil, venait en procession pour en exécuter le décret sacrilège, tout en faisant à Dieu amende honorable, fut obligé de se retirer. La foule était menaçante et se renouvelait sans cesse autour de sa croix, et en faisait la garde d'honneur. Gela se passait le 20 octobre 1830, au moment même où Lamennais sonnait la charge et la victoire dans son journal.
Jamais hommes n'exercèrent une influence plus souveraine et plus efficace parmi les catholiques français. Lamennais et ses disciples, pleins d'une ardeur guerrière, électrisaient aussi bien les masses populaires que ie clergé. Leurs noms étaient sur toutes les lèvres, et quand ils passaient quelque part, on courait à leur rencontre pour les entendre et les admirer.
Un jour, Lamennais se présente à l'église Saint- Irénée, de Lyon, pour y célébrer la messe. Le sacristain, croyant avoir affaire à un prêtre quelconque, voire peut-être à un chevalier d'aventure,