‹ Lamennais et GerbetChapitre 5 sur 56 · L . I M E N NA1 s E T G E R II E T · texte numérisé non relu

L . I M E N NA1 s E T G E R II E T

« Le moment est venu pour l'Eglise de se remettre en possession de la liberté qui lui appartient, de la liberté que lui garantit noire loi fondamentale. Que les évêques fatigués d'une longue oppression relèvent la tête et contemplent, dans les révolutions mêmes qui agitent la société, l'aurore de leur délivrance, la pleine jouissance de leurs droits, et ils l'obtiendront. Mais pour cela, qu'ils ne se trompent point, il faut qu'ils s'aident eux-mêmes, il faut qu'ils accomplissent, par un acte unanime et décisif, la séparation qui les affranchira; il faut, en un mot, qu'ils disent à l'Etat : Nous renonçons au salaire que vous nous accordiez et nous reprenons notre indépendance.

« Ministres de celui qui naquit dans une crèche et mourut sur une croix, remontez à votre origine; retrempez-vous volontairement dans la pauvreté, dans la souffrance, et la parole du Dieu souffrant et pauvre reprendra sur vos lèvres son efficacité première. Sans aucun autre appui que cette divine parole, descendez, comme les douze pêcheurs, au milieu des peuples et recommencez la conquête du monde. Une nouvelle ère de triomphe et de gloire se prépare pour le christianisme. Voyez à l'horizon les signes précurseurs du lever de l'astre, et, messagers de l'espérance, entonnez sur les ruines des empires, sur les débris de tout ce qui passe, le cantique de la vie. »

Tandis que le capitaine marchait ainsi de l'avant, entraînant après lui les plus vaillantes

troupes du clergé, l'abbé Gerbet rassurait les timides par la persuasion. 11 traite avec calme et sérénité de la Liberté de V Eglise, il écrit en même temps : « L'histoire de l'Eglise n'est qu'un long combat pour la liberté. Société universelle de vérité et de justice, elle a constamment à lutter en tous lieux,contre la force qui cherche sans cesse à prévaloir sur l'ordre intellectuel et moral. Cette lutte, qui n'est que l'antique et éternelle guerre de la matière et de l'esprit, a pris successivement, selon l'état de la société, des formes diverses, qu'il importe de remarquer, pour se former une idée juste de l'état actuel de l'Eglise...

« Catholiques, vous gémissez sur les maux de l'Eglise ; mais comprenez aussi, comme le comprirent vos ancêtres, que tous ces maux dérivent d'un seul, la servitude. Quand naguère on vous a dit que, dans un temple auguste, construit des mains de vos pères, la prière avait cessé, ce silence a consterné vos cœurs, et vous avez frémi toutes les fois que la renommée vous apportait, avec les cris d'une joie sinistre, le bruit d'une croix qui tombait.

« Ces déplorables scènes ne sont que l'image d'un sacrilège plus vaste, bien qu'il frappe moins vivement les sens. Entendez-vous dans presque toute l'Eglise le silence de la vérité captive, et dans tous les pays où une législation usurpatrice vous arrache l'éducation de vos enfants, ne savezvous pas qu'elle les envoie trop souvent là où on abat la croix dans leurs âmes ? Repoussez, repous*

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