CHAPITRE II
Les luttes dans V « Avenir ».
J'éprouve un sentiment de tristesse invincible en considérant les lattes sans merci, hélas, sans résultats, que livrèrent les champions du journal Y Avenir, pour la cause de la liberté religieuse.
Lorsqu'au soir du combat, le voyageur attardé traverse le champ de bataille, qu'il voit d'un côté du saug répandu, de l'autre des cadavres meurtris et des membres déchirés, des morts, des morts, encore des morts pour une grande cause qui lui est chère, il se réjouit et chante, si la victoire les couronne, mais il s'affaisse sur lui-même, et le front penché vers la terre, il gémit et il pleure, si tous ces soldats dorment leur dernier sommeil dans le désespoir de la défaite. La perspective de tant d'efforts et de tant de nobles sacrifices inutiles l'emplit d'une sombre mélancolie et lui
fait envisager l'avenir avec angoisse. Je suis un voyageur du temps, qui chemine vers l'éternité, et ma route est sillonnée de mille espérances déçues et de mille ombres chères et sacrées
qu'éveille et anime le souvenir d'un passé glorieux. Je leur demande avec instance de vouloir bien me dire le secret de leurs souffrances et, levant leurs bras décharnés, pour toute réponse, ils me montrent un gibet dressé sur la montagne, et, sur ce gibet, la justice et la liberté expirantes entre la tyrannie et la servitude.
Ils ont combattu pour les sauver toutes deux; ils ont appelé les hommes, leurs frères, à leur secours, et les hommes, indifférents à leurs apoels, ont poursuivi leur route, sans entendre leurs voix. Et seuls contre tous, ils ont livré une lutte insensée, et saouls de combats sans issue, ils ont brisé leurs crânes sur la croix qui portait le juste, et ont expiré dessous. Les clameurs des forcenés ont applaudi à leur mort ; mais tout à coup le jour s'est fait sur leurs membres mutilés, et tous ont admiré leur vaillance et pleuré leur injuste destinée.
Oui, tous ont admiré leur vaillance et pleuré leur injuste destinée, même ceux qu'ils avaient blessés dans l'ardeur et la sainte folie de l'attaque .
Ilestbon de rappeler leur souvenir à ce jour qui décline et qui, après s'être levé dans les transports de la victoire, s'ensevelit dans la honte et la boue. Il est bon de revivre un passé, si plein d'éclat et