‹ Lamennais et le Saint-Siège, 1820-1834; d'après des documents inédits et les archives du VaticanChapitre 15 sur 65 · I. EXAMEN DES DOCTHINES DE Lc( AVENIR » i · texte numérisé non relu

I. EXAMEN DES DOCTHINES DE Lc( AVENIR » i

formelle ' ; et il en déduisit le devoir absolu pour lui de se tenir à Rome à la disposition du tribunal chargé de le juger. Il écrivit donc à Pacca, au reçu du message pontifical :

0 J'ai eu l'honneur de me présenter chez vous ce matin, pour vous exprimer notre vive reconnaissance de toutes les bontés que vous avez eues pour nous, depuis notre arrivée à Kome, et dont le souvenir ne s'effacera jamais de notre cœur. Si des circonstances particulières s'opposent à ce que tous nos vœux, comme les enfants les plus dociles et les plus liumbles du Père commun, soient accomplis, nous avons du moins la consolation de savoir avec certitude que nos doctrines seront, par ses ordres, examinées avec un grand soin et fixées ensuite par son autorité infaillible, à laquelle nous sommes et serons toujours soumis, sans réserve aucune, avec autant d'obéissance que nous l'avons défendue avec amour. Et comme vous nous prévenez que l'examen ordonné par le souverain Pontife serait nécessairement long, M. l'abbé Lacordaire, dont le séjour ici serait désormais inutile, retournera prochainement en France ; tandis que M. de Montalembert continuera son

' Blaize, II, p. 102 : « iSous en avons obtenu tout ce que nous demandions et que nos ennemis voulaient empêcher : Texameu de nos doctrines et une audience du pape. » Lettre à Gerbet. i4 mars i832.

Noyage d'Italie. Je resterai seul à Rome pour fournir les explications indispensables et répondre aux questions que Ton jugera à propos de me faire \ »

Avant de se séparer, les trois pèlerins voulurent voir le pape ensemble. C'était un besoin pour leur cœur catholique, une précaution à prendre devant Topinion, pour voiler le secret de leur échec et de leur désunion. Ne pouvant recourir aux bons offices de l'ambassadeur de France, qui se refusait à les présenter, ils s'enhardirent à une démarche directe auprès du cardinal secrétaire d'État :

« Votre Eminence a sans doute connaissance du mémoire et de la déclaration que nous avons eu l'honneur d'adresser au Saint- Père. Sa Sainteté a daigné nous faire répondre qu'elle ferait procéder à l'examen de nos doctrines. Cependant, comme cet examen pourrait se prolonger un laps de temps considérable, il nous serait infiniment agréable d'être admis, dès à présent, à baiser les pieds de Sa Sainteté. Nous osons vous prier, Mon-

1 Arch. Vat. Dossier Lamennais. Les Affaires de Borne ne donnent pas le texte de cette lettre. — Le départ de Lacordaire était résolu dès avant la lettre de Pacca (voir Blaize. II, p. 98. Lettre du -xS février).

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seigneur, de vouloir bien obtenir pour nous cette faveur, que le souvenir de nos efforts, faibles mais sincères, pour la cause de l'Eglise, nous fait réclamer avec quelque confiance. Nous nous sommes présentés plusieurs fois chez Votre Eminence, sans réussir à la voir. C'est pourquoi nous sommes obligés de l'importuner aujourd'hui par écrit* ».

Bernetti répondit le 7 mars : « Les occupations de Sa Sainteté, en ces premiers jours de carême, ne permettent pas que la réception de leurs Seigneuries puisse avoir lieu cette semaine. Mais Sa Béatitude a daigné la fixer à mercredi prochain, i3 mars, une demiheure avant midi ; et elle a réglé aussi que leurs Seigneuries lui seraient présentées par le cardinal de Rohan ». En même temps qu'il écrivait ainsi aux pèlerins, le secrétaire d'Etat, par un court billet, avertit Rohan de sa mission d'introducteur.

Au jour marqué, l'audience eut lieu. Le journal de Montalembert nous en a conservé le récit écrit à l'instant même". Tout se passa comme Sainte-Aulaire mandait à Paris, « en compliments fortgracieux»". Suivant l'expres-

* Arch. Vat. Corr. part. La lettre originale est de l'écriture de Montalembert ; elle est signée par les trois pèlerins. Les Affaires de Rome ne parlent pas de cette pièce.

2 Lecanuet. Montalembert, I, p. 228.

' Arch. Aff. étr. Rome, 970, i° u58. Dép. du 3o mars iSiia.

itx) LAMENNAIS ET LE SAINT-SIEGE

sion de Lamennais, disant à Gerhet ses impressions, « il ne fut en aucune façon question d'affaires ». Bénis par le pape, les trois visiteurs se séparèrent : Lacordaire reprit le chemin de la France, MontalemlDcrt se mit à parcourir l'Italie, Lamennais se réfugia chez les théatins, à Saint-André délia Valle d'abord, puis à Frascati.

Il regardait Fentrevue obtenue de Grégoire XVI comme une victoire significative. La bonté simple du pontife l'avait touché ; sa réserve au sujet de V Avenir s'expliquait par les circonstances politiques du moment ; sans doute une pareille circonspection était déplorable ; mais la marche inévitable des événements allait y remédier; et les menées des ennemis n'y pourraient rien. « Le jour de la vérité est plus près qu'on ne croit, écrivait-il à Gerbet. Dites donc à nos amis de ne pas se laisser abattre ni tromper par les mensonges partis d'ici... Notre séjour ici n'aura pas été stérile : la Providence a tout conduit et continuera de tout conduire pour le plus grand bien... N'en doutez pas, plus le pauvre arbre que nous avons planté est battu de la tempête, plus ses racines s'enfoncent profondément^ »

Mais jusqu'à ce que vienne le triomphe que

^ Blaize II, p. io8. LeUre du ag avril iSSa. Voir aussi une lettre à Vuarin, 19 avril i83a. (Revue des Deux Mondes, i*"" novembre 1905. p. 191).

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